Chaire de saint Pierre

Aujourd’hui l’Église nous donne de contempler
un visage : celui de l’apôtre Pierre,
choisi parmi les Douze par Jésus pour être la pierre
sur laquelle l’Église se bâtit.
Il est le pasteur du troupeau,
celui qui ouvre la marche à la suite du Christ,
celui qui guide les pas des fidèles,
celui qui réconforte, exhorte
ou raffermit la foi de ceux qui doutent.
Sa mission, il n’a pas eu à la conquérir,
elle lui a été donnée par le Christ.
Elle est un don de Dieu.
Sûrement Pierre n’a-t-il pas compris,
dès les premiers abords, les paroles de Jésus,
ce qu’elles signifiaient en profondeur.
De simple pêcheur de Galilée,
lâchant ses filets dans le lac de Tibériade,
au premier évêque de Rome, la ville éternelle,
quel chemin parcouru !

Mais paradoxalement, ce chemin de Pierre
a été un chemin de dépouillement.
Et parallèlement, l’action de Jésus en lui
n’a été que relèvement et remise en confiance.
Jésus a éprouvé la foi de Pierre
pour lui permettre d’accueillir son ministère
non pas selon son désir humain
mais selon la volonté de Dieu.
«Quand tu étais jeune…, tu allais où tu voulais ;
quand tu auras vieilli, un autre te ceindra
et te mènera où tu ne voudrais pas» (Jn 21,8).
En quelques mots, Jésus a résumé toute la vie de Pierre,
qui doit être aussi celle de tout chrétien,
c’est-à-dire vivre un dessaisissement total de soi
pour se laisser enrichir par Dieu seul.

Face à Jésus, Pierre a vu les limites de son humanité.
C’est une brèche qui s’est ouverte
par laquelle Jésus a pu l’attirer à lui.
N’a-t-il pas fallu que Pierre ait peiné
toute une nuit de pêche sans rien prendre,
qu’il se soit vidé de lui-même, de sa suffisance
pour qu’il découvre sa pauvreté de pêcheur
face à l’évidente efficacité
de la parole sortie de la bouche de Jésus :
«Avance en eau profonde» (Lc 5,4).
Il a fallu aussi que Pierre mette Jésus à l’épreuve
en lui demandant de pouvoir marcher sur les eaux
pour s’apercevoir de son peu de foi :
«Pourquoi as-tu douté ?» (Mt 14,31).
Il a suffi d’une seule question posée au Maître
au sujet du nombre de pardons
à accorder à celui qui vous offense
pour mesurer les limites de son amour :
«Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,
mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois» (Mt 18,22).
Il a suffi encore d’un cri du cœur :
«Je donnerai ma vie pour toi» (Jn 13,37)
pour que les larmes coulent de ses yeux
face à son refus de porter sa croix avec le Christ :
«En vérité en vérité je te le dis,
le coq ne chantera pas
que tu ne m’aies renié trois fois» (Jn 13,38).

Face à toutes ces limites, ces faiblesses de Pierre,
Jésus aurait pu désespérer de lui.
Mais Jésus ne désespère jamais de nous.
Il prie pour que notre foi ne défaille pas,
il nous jette un regard plein de tendresse
quand nous refusons son amour.
Il nous tend sa main
quand nous nous enfonçons dans le doute.
Une seule question importe à ses yeux.
Celle qu’il pose aujourd’hui à ses disciples :
«Et vous, que dites-vous ?
Pour vous, qui suis-je ?» (Mt 16,15).
«Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant !»,
a répondu Pierre en premier.
Malgré ses pauvretés humaines,
Pierre est riche d’un trésor inestimable.
Et ce trésor de la foi, il le partagera
par le don de toute sa vie au service de l’Évangile.
Nous en sommes les héritiers.


Cette contemplation de la foi de l’apôtre Pierre
n’est peut-être pas fortuite dans le cœur de Dieu
en ces jours où deux hommes de grande foi s’effacent.
Le premier s’appelle Benoît XVI.
Le successeur de l’Apôtre sur la chaire de Pierre
n’a eu de cesse de nous conduire
à cultiver notre amitié avec Jésus,
à fonder notre vie sur sa parole,
à l’écouter dans le silence et à l’adorer.
Avec humilité et courage, il choisit de se retirer
dans la prière pour qu’un autre successeur de Pierre
continue la mission du pasteur
d’affermir ses frères dans la foi.

Le deuxième à s’effacer s’appelle frère Pierre-Marie
que le Seigneur a rappelé à lui
en la veille de cette fête.
Ces deux hommes ont en commun d’avoir vécu,
comme jeunes prêtres, le concile Vatican II.
De manière différence, ils ont été les acteurs
de sa mise en œuvre depuis 50 ans.
Avec quelle joie frère Pierre-Marie
nous partageait l’enthousiasme
vécu durant ces années du Concile !
Une espérance jaillissait.
un souffle nouveau de l’Esprit surgissait.
En tant que prêtre de l’Église du Christ,
frère Pierre-Marie a toujours eu à cœur
d’éveiller les croyants à cette joie
de croire en Dieu.
Combien par ses homélies, ici même,
il a éveillé nos cœurs
à Celui qui frappe à notre porte intérieure.
Combien par son regard de foi,
il a ouvert nos yeux
au mystère de Dieu à l’œuvre dans le monde.
Ce monde que frère Pierre-Marie a tant aimé,
à la suite de Jésus, et qu’il a choisi d’épouser
en étant moine dans la ville.
Le sacerdoce de frère Pierre-Marie
a trouvé son accomplissement
dans la radicalité évangélique de la vie monastique
Comment dire au monde : Aimez-vous les uns les autres,
comme Jésus nous l’a enseigné,
si on n’expérimente pas soi-même
les exigences de l’amour fraternel en communauté ?
Comment inviter à prier si on ne met pas soi-même,
au cœur de sa vie, une relation à Dieu
dans le secret de l’oraison et de la lectio divina ?
Ces questions ont orienté la vie de frère Pierre-Marie
dans le choix de témoigner du Christ
par la chasteté, la pauvreté et l’obéissance.
Notre liturgie reçue de la tradition de l’Église
à la lumière de Vatican II
et fruit de l’expérience spirituelle de frère Pierre-Marie
est le plus beau reflet de sa foi :
celle de croire que notre vie est appelée
à s’accomplir par la louange éternelle dans le Royaume.

Deux hommes de foi s’effacent
mais le trésor qu’ils nous laissent est magnifique.
Enfants du Concile, héritiers de l’audace de nos pères,
à nous de porter désormais au monde la joie d’être tout au Christ.
«Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi» (Ga 2,20) :
Que ce souhait si cher à frère Pierre-Marie
trouve désormais son accomplissement dans sa Pâque ultime.
 

Méditer la Parole

22 février 2013

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Matthieu 16,13-19