Solennité de l’Épiphanie du Seigneur

Porter la lumière du Christ dans la ville

Chers frères et sœurs,
il est beau et très significatif
qu’une profession perpétuelle soit célébrée
dans nos Fraternités Monastiques de Jérusalem
le jour de l’Épiphanie du Seigneur.
Cette fête éclaire en effet magnifiquement
le sens de notre présence de moines et de moniales au cœur des villes.

La liturgie de la Parole de ce jour
a commencé par une proclamation
du prophète Isaïe qui nous interpelle :
«Debout, Jérusalem ! Resplendis :
elle est venue ta lumière,
et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. (Is 60,1).
Isaïe pose un regard prophétique sur la ville sainte.
Jérusalem, la ville choisie par Dieu pour y faire sa demeure.
Jérusalem, ville des hommes devenue temple de Dieu.
Jérusalem, la ville aux multiples visages :
à la fois pécheresse et infidèle
qui se détourne du Dieu d’Israël pour adorer des idoles
et aussi ville sainte, sanctifiée par Dieu lui-même
qui rachète Jérusalem,
qui oublie et pardonne son péché,
qui la choisit comme épouse.
Isaïe prophétise donc que Jérusalem
va briller de la gloire du Seigneur
et que toutes les nations vont converger vers cette lumière divine.
Isaïe annonce ainsi la vocation ultime de la ville sainte
qui est de rassembler tous les hommes de la terre
dans une adoration commune du Dieu unique.
Dans un autre passage, Isaïe confirme cette prophétie :
Jérusalem, «élargis l’espace de ta tente, (…)
tu vas éclater à droite et à gauche (…).
Ton créateur est ton époux, (…)
le Saint d’Israël est ton rédempteur,
on l’appelle le Dieu de toute la terre» (Is 54,2-5).
Isaïe nous aide à voir la marche de l’humanité
comme un grand pèlerinage qui rassemble les hommes,
et à contempler les villes et les mégapoles des temps modernes
comme des signes avant coureurs
du grand rassemblement eschatologique de l’humanité
dans la Jérusalem Céleste.

Saint Paul, dans sa lettre eux Éphésiens,
va expliciter ce que les prophètes de la première alliance annonçaient.
Tous les hommes sont appelés à ne former
qu’un seul corps dans le Christ
et à vivre ensemble près de Dieu.
Tel est, selon l’apôtre, le mystère qui était caché depuis toujours.
Le Christ est donc à la fois
celui qui rassemble
et celui  vers qui on se rassemble.
Il est l’alpha et l’oméga,
le principe et la fin.
Il est «la tête dont le corps tout entier
reçoit concorde et cohésion» (Ep 4,15-16).
Juifs et païens sont désormais appelés
au même salut dans le Christ-Jésus.
«Car c’est lui qui est notre paix,
lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un,
détruisant la barrière qui les séparait (…)
pour créer en sa personne
les deux en un seul Homme Nouveau,
faire la paix, et les réconcilier avec Dieu,
tous deux en un seul Corps, par la Croix :
en sa personne, il a tué la Haine» (Ep 2,14-16).
La vocation de rassemblement de la ville de Jérusalem
trouve son accomplissement dans le Christ
en qui tout est unifié.

La naissance de Jésus transforme l’espérance en réalité.
C’est ce que proclame l’Évangile de ce jour.
Avec la venue des mages d’Orient à Bethléem,
le mystère caché depuis des siècles
commence à se dévoiler :
les peuples païens sont en marche vers le Christ.
Un des mages offre à Jésus de l’or
et, en retour, Jésus lui fait le don de la foi,
une foi purifiée comme l’or au creuset.
Une foi qui est connaissance de Dieu et de ses mystères.
Un autre mage lui offre de l’encens
et, en retour, Jésus lui fait le don de la charité,
un amour dont le parfum enchantera le monde.
Enfin le dernier mage offre à Jésus de la myrrhe
et, en retour, Jésus lui fait le don de l’espérance,
car, si avec la myrrhe on embaume les morts,
l’espérance ouvre à la vie éternelle par la pâque du Christ.
Après une telle rencontre, les mages
peuvent repartir par un  autre chemin,
celui de la foi, de l’espérance et de la charité
qui configure au Christ
qui est «le chemin, la vérité et la vie» (Jn 14,6).

Ce qui est frappant dans notre Évangile,
c’est que, paradoxalement, Jérusalem
n’accueille pas d’emblée le Messie qui vient de naître.
Les pouvoirs politiques s’inquiètent
et s’en réfèrent aux autorités religieuses
qui craignent pour leur institution.
Les deux pouvoirs sauront même
se coaliser pour mettre à mort le Christ.
C’est qu’accueillir le Christ dans sa vie
est un bouleversement,
c’est s’ouvrir à un monde nouveau
où le ciel rejoint la terre,
le divin l’humain,
l’éternel le temporel.
Jérusalem qui refuse son Sauveur
est à l’image de nos cités contemporaines
qui ignorent même l’existence d’un sauveur.

Moines et moniales de Jérusalem,
notre vocation est de faire découvrir à la ville
qu’elle porte un mystère qui se révèle dans le Christ :
être une Jérusalem nouvelle
parée pour épouser son Créateur et Rédempteur ;
être une Jérusalem ouverte où tous les peuples,
races et langues se rencontrent dans la paix.

Moines et moniales de Jérusalem,
notre vocation est de conduire la ville
à Celui qui fait son unité : le Christ.
Nous avons donc à rendre accessible le Christ
à nos frères et sœurs citadins.
Et c’est le sens des vœux religieux.
En choisissant le célibat consacré,
notre vie renvoie à un autre,
l’Époux de l’humanité dont l’amour
est solide comme le roc.
Par le renoncement à tous biens
possédés personnellement,
notre vie renvoie à un autre,
trésor inaltérable de notre âme qui est vie éternelle.
Par la remise de notre volonté propre,
notre vie renvoie à un autre
dont la relation avec lui est expérience de liberté et de salut.

Plus que l’or, l’encens ou la myrrhe,
c’est toute ton humanité, cher Michel-Marie,
que tu es invité à offrir à Dieu.
C’est lui qui fera le reste.
L’essentiel est de te tourner vers Dieu tel que tu es,
avec ce qui est bon
mais aussi avec les obscurités.
Au cœur de cette ville de Rome,
laisse le Christ se dire par toi,
sois témoin de Celui en qui tu as mis ton espérance.
Nous tous, frères et sœurs,
plus nous serons habités par le Christ,
dans une relation vivante avec lui,
plus nous aiderons notre ville
à être une Jérusalem qui accueille son Seigneur.

Seigneur, ta lumière s’est levée dans la nuit de ce monde.
Fais de nous des porte-flambeaux de ta lumière.
Transforme nos vies par ta présence,
et fais de cette ville de Rome
vers laquelle convergent tant de peuples
une ville-Dieu où «tout ensemble fait corps» (Ps 121).
 

Méditer la Parole

6 janvier 2013

La Trinité-des-Monts, Rome

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isae 60,1-6

Psaume 71

phsiens 3,2-6

Matthieu 2,1-12