Saint Jour de Pâques - C

La foi des premiers disciples devant le tombeau vide

Voici le tout premier signe de la Résurrection…
et c’est un vide !
Voici la toute première annonce de la Résurrection…
et c’est le silence de ce tombeau vide !
Voici la première lumière de la Résurrection…
et c’est une pâle lueur au fond du tombeau
dans le noir, ce linceul blanc,
lueur presque imperceptible dans la pénombre de l’aube.
Pierre, essoufflé par sa course,
s’avance à tâtons dans le tombeau
vers cette lueur du linceul (Jn 20,4).
Ses mains palpent le linge comme des mains d’aveugle
qui cherchent à reconnaître un visage.
Ses yeux s’habituent peu à peu à l’obscurité du tombeau,
à l’obscurité de la foi,
et le linceul murmure peu à peu son incroyable secret :
Non, le linceul n’a pas été ouvert !
Les mains de Pierre vérifient en tremblant,
les bandelettes n’ont pas été dénouées !
Le suaire qui enveloppait la tête
n’a pas été déplacé à l’intérieur du linceul !
Non, non le corps n’a pas pu être enlevé
par des mains d’hommes !

Que s’est-il passé ?
Le disciple bien-aimé s’est approché, lui aussi,
et il contemple,
il contemple ce linceul inviolé mais vide !
Alors, au fond de son cœur,
la pâle lueur du linceul devient illumination (Jn 20,8).
Le vertige devant l’inexplicable
devient  éblouissement de la foi.
Le vide du tombeau devient signe
d’une présence transcendante.
Silence, mais silence assourdissant du tombeau vide !
Les disciples se taisent encore mais déjà les pierres crient. (Lc19 ,40)

Comme il est frappant, frères et sœurs,
que la première lueur de la Résurrection,
– cet événement qui transforme toute la Création,
toutes nos existences –,
que la première lueur de la Résurrection
apparaisse de cette façon-là,
à travers ce signe en creux,
ce vide du tombeau, ce silence.

Plus Dieu agit avec puissance,
plus cette action est silencieuse, cachée, mystérieuse,
hors de prise de l’intelligence créée.
C’était déjà vrai de l’Incarnation du Verbe
dans le silence de la grotte de Bethléem,
mais c’est encore plus vrai aujourd’hui de la Résurrection
dans le silence de la grotte du tombeau.
Ici se déploie au maximum et pour l’éternité
la toute puissance divine.
Et quel est le premier écho pour nous
de cette explosion d’amour et de vie :
le silence du tombeau vide !

Essayons, frères et sœurs, de comprendre un peu
pourquoi ce signe si discret, ce vide, ce silence.
C’est le signe le plus humble, le signe le plus chaste.
Le tombeau vide reste au cœur de l’histoire des hommes
et jusqu’à la fin des temps,
comme un appel.
Un appel lancinant mais humble.
Un appel qui s’adresse à l’écoute attentive
du cœur de l’homme dans la foi.
Le linceul aujourd’hui encore murmure,
comme «le bruit d’un fin silence» (1 R 19),
la victoire du Ressuscité.

Signe le plus humble,
mais c’est aussi le signe le plus fort qui pouvait être.
Le vide et le silence nous préviennent d’emblée
qu’aucun mot,
aucune image ne peuvent décrire adéquatement
le mystère de la Résurrection.
Le Ressuscité n’est pas revenu à une vie terrestre
que nous pourrions décrire ;
l’humanité de Jésus est entrée dans une vie inimaginable,
une vie réelle, immensément réelle,
mais hors de portée de notre compréhension.
Et c’est pourquoi le premier langage
qui pouvait dire cette Présence nouvelle,
transcendante, excessive,
le premier langage qui pouvait dire cela
c’était ce vide du tombeau, ce silence.

Prenons une image, frères et sœurs,
pour comprendre pourquoi la Résurrection de Jésus
est si discrète au départ,
alors qu’elle est bien destinée à transformer le monde entier :
Quand on veut allumer un feu,
on enfonce la flamme
le plus profondément possible sous le bois.
La flamme semble disparaître, elle semble mourir.
En fait le feu prend déjà,
tout au fond, mais à ce moment-là on ne le voit pas encore,
on ne l’entend pas.
Or soudain, dans ce silence et ce vide,
apparaît la première lueur à peine perceptible,
c’est le premier signe, signe discret mais indubitable
de la victoire du feu.
Ainsi la Résurrection commence par un signe discret
comme une lueur dans l’obscurité du matin.
Mais en fait l’embrasement de la Création
a déjà commencé, mais de l’intérieur,
comme commence l’embrasement d’un feu.

Le Christ comme une flamme divine
a été enfoncé au plus bas,
jusqu’aux enfers même.
L’Amour divin a semblé anéanti,
éteint par la souffrance et par la mort.
En fait il a commencé par illuminer le monde des morts
Il a commencé par cet embrasement souterrain invisible,
imperceptible.
Et au matin de Pâques apparaît
la première lueur de cette victoire,
une victoire en marche jusqu’à la fin des temps.
Désormais, à partir de ce jour-là comme un feu intérieur,
la vie mystérieuse du Ressuscité se répand dans le monde
et à travers les siècles ;
de proche en proche, par la foi,
les cœurs s’embrasent au contact du Ressuscité.
Nous en avons été témoins cette nuit
à travers les nouveaux baptisés.
Minute après minute, des hommes,
à la fin de leur vie aussi,
rencontrent face à face le Ressuscité.
Oui, le feu de la Résurrection ne cesse jamais de se répandre actuellement dans les âmes.
Et, à la fin des temps, quand ce feu se sera proposé à tous,
quand il aura frappé à la porte de tous les cœurs,
quand il aura parcouru toutes les générations,
le monde des vivants et le monde des morts,
alors il éclatera au grand jour.
Après avoir embrasé le monde des morts,
puis les âmes des vivants,
il jaillira jusque dans les corps glorifiés.

Aujourd’hui, frères et sœurs, le Ressuscité vient nous toucher,
encore d’une façon discrète, intérieure,
mais à la fin, le Ressuscité,
le Christ, sera révélé dans toute sa gloire.
Le feu apparaîtra au grand jour
Lumière de tous ceux qui se seront laissés remplir
par la gloire de sa Présence. Amen. Alléluia !

 

Méditer la Parole

31 mars 2013

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Actes 10,34 ,37-43

Psaume 117

Colossiens 3,1-4

Jean 20,1-9

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