6e semaine de Pâques – C

Lui en nous et nous en Lui

Ce passage du discours des Adieux que nous venons d’entendre
est à situer dans son contexte :
Jésus vient d’annoncer la trahison de Judas,
le reniement de Pierre et son départ vers le Père.
On imagine le trouble et la tristesse
qui habitent soudainement le cœur des Apôtres.
Tout ce qui s’était tissé durant trois ans de vie en commun
semble s’effondrer en un instant.
Et pourtant Jésus parle d’un retour alors qu’il s’en va.
Il donne sa paix alors que les disciples
sont «bouleversés et effrayés».
Il en appelle même à la joie.
Nous qui lisons cet Evangile
au lendemain de la fête de Pâques,
nous avons les clés pour comprendre
ce que Jésus révèle à ses disciples.
Mais eux, comment ont-ils pu comprendre ?
Tout ne s’éclaire qu’à la lumière de la Résurrection.

Jésus parle d’abord de sa venue.
«Je m’en vais et je reviens vers vous» (Jn 14,28).
Jésus annonce plus qu’un retour.
C’est une venue de Dieu totalement nouvelle
qui va se réaliser.
L’Incarnation du Verbe était une première
venue extraordinaire de Dieu dans le monde :
Dieu s’est fait homme.
Mais la deuxième venue ne peut que nous bouleverser :
Dieu vient désormais habiter en chaque homme.
«Si quelqu’un m’aime (…), mon Père l’aimera,
nous viendrons chez lui,
nous irons demeurer auprès de lui» (Jn 14,23).
Dieu fait sa demeure en nous.
Il entre dans notre histoire personnelle.
Réalisons-nous, frère et sœurs,
que Dieu-Trinité est là en nous ?
Disons-le : Dieu nous est plus proche maintenant
que pour ceux qui ont côtoyé Jésus sur cette terre.
On comprend que Jésus avait hâte de vivre sa pâque.
Car il voulait rejoindre tous les hommes de la terre.
Celui qui est parti est donc plus que jamais présent.
Il est l’hôte de notre âme.
Nous sommes habités par Dieu.

Cette réalité pascale ne peut que transformer
notre vie qui est désormais marquée d’une empreinte divine.
Nous comprenons que notre vie de croyant
ne se résume pas à un accomplissement de rites cultuels
mais à l’accueil d’une présence en nous,
celle de Dieu lui-même.
Dieu nous devient familier.
Il nous accompagne à tout instant,
nous soutient, nous réconforte, nous éclaire.
La foi devient donc la mise en œuvre
de cette unique condition que pose Jésus :
«Si quelqu’un m’aime …»
Croire, c’est aimer Jésus.
Nous n’avons pas à nous élever au ciel
jusqu’à Dieu pour l’aimer.
C’est Dieu qui descend du ciel en nous,
qui frappe à la porte de notre cœur
et vient mendier notre amour.
Si seulement nous savions quelle part
d’infini et d’éternité habite déjà en nous
malgré la pauvreté de notre amour !
«Si tu savais le don de Dieu …» (Jn 4,10).

Jésus ne s’arrête pas là dans la révélation
qu’il laisse à ses Apôtres à l’heure des Adieux.
S’il annonce que Dieu vient en l’homme,
en tout homme qui l’aime,
il annonce aussi que l’homme peut entrer en Dieu,
pénétrer au cœur de la Trinité.
«C’est la paix que je vous laisse,
c’est ma paix que je vous donne,
ce n’est pas à la manière du monde
que je vous la donne» (Jn 14,27).
Qu’est-ce donc que cette paix
qui est propre à Jésus et qu’il nous donne ?

Cette paix que le monde ne connaît pas,
c’est sa condition de Fils du Père.
La paix de Jésus,
c’est ce lien de communion,
cet échange de vie et d’amour
entre le Père et le Fils.
Jésus est dans la paix car il se sait Fils éternel.
Il invite ses disciples à se réjouir
de son retour vers le Père
car ce qui fait vivre le Fils,
c’est d’être auprès de son Père.
En donnant sa paix, Jésus nous permet
d’entrer avec lui dans l’intimité du Père.
Il nous partage sa condition de Fils.
Il nous agrège à son être filial.
La paix que Jésus donne
est plus qu’une sensation de bonheur, de joie :
c’est une recréation de notre être.
En nous donnant sa paix,
Jésus nous filialise, il filialise notre chair,
il filialise nos désirs, il filialise nos pensées,
il filialise notre agir.

En déployant en nous sa filialité,
il nous sauve du péché fondamental
qui est le refus de la paternité de Dieu (Bernard Bastian).
Cette paix de Jésus nous libère
de la recherche d’être vu, admiré, reconnu
car désormais toute gloire est rendue au Père.
Celui qui est filial n’a rien en  lui
qui pourra donner prise au Prince de ce monde.
L’extérieur peut tomber en ruine,
l’être intérieur reste inattaquable.
Être dans la paix du Christ,
c’est être totalement tourné vers le Père,
c’est faire mourir ce qui n’est pas filial en nous,
c’est laisser jaillir le cri
des enfants de Dieu : «Abba, Père !»
Il n’y aura donc pas d’expérience
de la paix de Jésus dans notre vie,
s’il n’y a pas ce désir préalable de la conversion,
du retournement de notre être vers le Père.
Notre désir doit être celui de Jésus :
revenir vers le Père.
Notre joie doit être celle de Jésus :
aimer le Père et faire tout ce qu’il nous commande.

Frère et sœurs, être fils dans le Fils,
voilà l’effet sur nous du don de la paix de Jésus.
On comprend la joie de Jésus
en nous donnant sa paix.
Qu’elle descende sur nous en cette eucharistie
afin que le monde sache que nous aimons le Père
et qu’il a fait de nous son Temple Saint.
Lui en nous et nous en lui.

 

Méditer la Parole

5 mai 2013

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

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