22e semaine du Temps Ordinaire - C

Humilité...

«Quand tu es invité à des noces...»
L'intervention de Jésus, lors de ce repas chez un chef des Pharisiens,
se situe dans la perspective des noces éternelles
qui seront célébrées à la fin des temps.
Ces noces se tiendront «dans la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste»,
comme le dit la lettre aux Hébreux,
et «en présence de milliers d’anges en fête
et des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux».

Jésus enseigne donc aux convives les manières en vigueur au ciel.
Là-haut, la seule attitude qui peut prévaloir, c'est l'humilité.
On n'accède pas dans le Royaume de Dieu par une autre porte que celle de l'humilité !

Mais comment acquérir l'humilité ?
Chercher à conquérir l'humilité, ce serait vouloir posséder ce qu'on n'a pas ;
et vouloir posséder, c'est déjà s'éloigner de l'humilité.

D'ailleurs, ceux qui sont humbles ne peuvent que l'ignorer eux-mêmes.
Celui qui se dirait en lui-même : «voilà que je m'approche de l'humilité»,
celui-là, à coup sûr, en serait bien loin !

Peut-être n'y a-t-il pas d'autres manières de l'exprimer que par la négative :
l'homme humble est celui qui ne recherche rien pour lui-même.
C'est le sens de la parabole que raconte Jésus.

Dans le Royaume de Dieu, on ne se place pas de soi-même à une place bien en vue.
On ne cherche pas à être remarqué, reconnu ou hautement estimé.
On se plaît au contraire à considérer les autres comme plus importants que soi,
ainsi que le demande saint Paul aux Philippiens :
«Ne faites rien par rivalité, rien par gloriole,
mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous» (Ph 2,3).

Un tel homme ne se regarde pas, mais il aime ses frères pour eux-mêmes,
si bien que ce qui lui importe, c'est que ses frères soient honorés.
Il est totalement étranger à tout calcul social
et à ces habiles stratégies personnelles de ceux qui cherchent à passer devant les autres.

Nous le comprenons bien :
l'enseignement de Jésus n'a pas grand chose à voir avec une leçon de morale,
il dépasse même les pensées de sagesse de Ben Sirac.

Jésus parle ici du cœur de Dieu.
Car Dieu seul est vraiment humble,
Dieu seul ne recherche rien pour lui-même et ne sait que se donner.

La seule manière pour l'homme d'apprendre une juste humilité,
c'est de s'approcher de Dieu.
«Venez à moi, dit Jésus par ailleurs, et mettez–vous à mon école,
car je suis doux et humble de cœur,
et vous trouverez le repos de vos âmes» (Mt 11,29).

Jésus nous dévoile le cœur de Dieu,
et au cœur de Dieu, en sa vie trinitaire,
il n'y a que de l'humilité :
le Père se donne au Fils,
le Fils se reçoit du Père,
l'Esprit Saint est pur mouvement d'amour de l'un pour l'autre,
il est don, clarté bienfaisante, source qui sanctifie.

L'humilité, pour l'homme, consiste donc à être sanctifié,
à ressembler à Dieu.
Quand Jésus conseille aux convives de prendre la dernière place,
il faut considérer que c'est lui, le premier, qui l'a prise.
Quand il dit : «Qui s'abaisse sera élevé»,
il annonce déjà sa Passion et sa Résurrection,
sa descente jusqu'à la mort en croix et son relèvement d'entre les morts.

Quand il dit à son hôte : «Quand tu donnes un festin,
invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles
et tu seras heureux parce qu'ils n'ont rien à te rendre»,
il lui demande simplement de faire comme son Père céleste
qui nous invite à son festin de noces
alors que nous sommes encore des aveugles spirituels,
des boiteux de l'amour, des pauvres pécheurs...

«Vous aussi, donc, soyez saints,
car moi, le Seigneur, je suis saint !» (Lv 11,45).

L'humilité, finalement, ne se comprend
que comme l'ultime expression de l'amour le plus pur.
C'est cet amour que Jésus a manifesté parmi nous :
il nous donne tout,
il se livre lui-même,
il nous sert, nous sanctifie, nous rend purs et saints,
car il désire que nous soyons unis à lui dans des noces de joie
et dans un amour d'une infinie délicatesse, d'une tendresse inouïe.
Or l'amour s'offre et se mendie,
jamais il ne se prend, jamais il ne s'obtient par calcul.

Alors comment pouvons-nous apprendre l'humilité ?
En aimant.
L'amour vrai est pure humilité,
l'amour parfait est totale gratuité.

L'amour est d'ailleurs un chemin de sainteté.
Car chaque fois que nous tentons d'avancer d'un pas dans cette direction,
nous sommes confrontés à notre orgueil,
à notre égoïsme,
à nos forces de replis et de peur.

Qu'il nous suffise de nous rappeler alors que le chemin proposé par Jésus
consiste, non en une conquête par nous-mêmes,
mais en un dépouillement de nous-mêmes
afin que l'amour de Dieu lui-même nous soit donné, gratuitement,
par pur amour !

À chaque fois que nous accueillons cet amour gratuit de Dieu pour nous,
à chaque fois que nous nous laissons servir par le Christ et par nos frères,
alors nous apprenons l'humilité,
et une capacité se creuse en nous pour pouvoir donner à notre tour,
une capacité qui devient un appel à nous donner nous-même.

Seigneur, purifie mon cœur du levain de l’hypocrisie, de l’orgueil et de la suffisance.
Aide-nous à regarder la vie à travers le cœur doux et humble de Jésus,
et non pas à la manière du monde.
Donne-nous l'audace de nous mettre au service des pauvres
et à utiliser généreusement nos biens et nos forces
pour faire le bien à ceux qui en ont besoin.

Donne-moi une oreille qui écoute les pauvres,
un cœur qui se tourne vers les choses d'en-haut,
et un élan pour me donner moi-même.

 

Méditer la Parole

1er septembre 2013

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Siracide 3,17...29

Hbreux 12,18-24

Luc 14,1-14