24e semaine du Temps Ordinaire - C

Dieu de miséricorde

Croyons-nous vraiment à l'amour de Dieu ?

Les Pharisiens et les scribes qui se trouvaient en face de Jésus ce jour-là
connaissaient bien les Écritures ;
ils savaient pourtant que le Dieu d'Israël s'est lui même présenté à Moïse
comme «le Dieu de tendresse et de miséricorde,
lent à la colère, plein d'amour et de fidélité» (Ex 34,6)
Ils ne croyaient pas, pourtant.

Mais peut-on vraiment connaitre l'amour
si l'on n'a jamais été soi-même retourné par le pardon ?

Tous les textes d'aujourd'hui parlent de cet excès d'amour de Dieu pour les hommes.
Mais la Parole de Dieu n'en reste pas
à une méditation enthousiaste sur cet amour débordant.
Elle constate avec tristesse l'étroitesse de l'homme,
sa difficulté à s'ouvrir au mystère de la tendresse de Dieu.

Notre Dieu ne cesse de frapper à la porte de notre existence
pour nous faire partager le feu de sa vie trinitaire.
Aujourd'hui, ne fermons pas notre cœur (cf. Ps 94,8) ;
laissons-nous atteindre par sa Parole ;
laissons-nous saisir par son cœur de Père.

Commençons par la deuxième lecture :
quand Paul écrit à Timothée, il est dans les dernières années de sa vie.
Pourtant, il ne cesse de dire sa reconnaissance envers le Christ.
Or l'objet de cette reconnaissance, il l'exprime ainsi :
«Le Christ m'a pardonné !»

Combien de fois, dans ses lettres, n'évoque-t-il pas son péché ?
Non pour parler de lui ou pour ressasser des choses passées,
mais bien pour s'émerveiller de l'immensité de l'amour de Dieu :
«La grâce de Dieu a été la plus forte, s'exclame-t-il !
Et voici une parole sûre :
le Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs.»

Pour saint Paul, la bonne nouvelle du Christ tient en ces mots :
je suis pécheur,
mais l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ est plus fort que mon péché,
et rien, dans ce monde, ne peut me séparer de cet amour !

La première lecture, dans laquelle Moïse apaise la colère de Dieu,
pourrait paraître contradictoire avec la vision paulinienne de son amour.
À y regarder de plus près, il n'en est rien.

Quand le Seigneur s'adresse alors à Moïse,
il semble être dans l'attitude qui serait alors la seule légitime au premier abord :
seule conviendrait la colère à l'égard de ce peuple «à la nuque raide»,
incapable de rester fidèle envers celui qui l'a libéré de l'esclavage.
Face à l'abomination du culte idolâtrique auquel il se livre,
la colère ne devrait-elle pas aller jusqu'à l'extermination ?

Oui, telle devrait être la réaction de Dieu...
s'il était un homme.
S'il agissait en homme, si la colère avait sa place en lui
autant que dans le cœur d'un homme juste...

D'ailleurs, le dialogue avec Moïse prend tout d'abord une tonalité très humaine :
Dieu parle à Moïse en lui disant : ton peuple !
Moïse répond à Dieu en lui rétorquant : c'est ton peuple,
tu oublie que c'est toi qui l'a fait sortir du pays d'Égypte...
On dirait une dispute entre époux au sujet d'un enfant insupportable !

Dans la suite, pourtant, Moïse retrouve la juste posture :
ce que le Seigneur a accompli pour son peuple,
il l'a fait selon la promesse faite à Abraham, Isaac et Jacob.
Son geste libérateur, il l'a posé une fois pour toute.
Le Seigneur est le Dieu fidèle, plein de tendresse et de miséricorde.
Dieu est Dieu : il ne peut être changeant ou versatile.

«Ainsi Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu.»
Ainsi, Moïse comprend qui est vraiment son Dieu,
il peut dès lors lui parler face à face,
il entre enfin en dialogue avec le vrai Dieu, le Dieu qui s'est révélé à son peuple,
et non seulement la projection d'un dieu qui ne serait que l'image de l'homme.

La page d'évangile que nous avons entendu progresse encore considérablement
dans la révélation de ce qu'est vraiment le Cœur de Dieu.
Dans l'Exode, Moïse semble encore capable de faire la leçon à Dieu
en lui rappelant le comportement miséricordieux qu'il convient d'adopter...
Le message contenu dans les paraboles de Jésus,
le cœur de l'homme ne pouvait même pas le concevoir !
Et même une fois révélé,
qu'il nous est difficile d'entrer vraiment dans la profondeur de ce trop grand amour !

Ils ne comprennent pas, ces scribes et ces pharisiens,
comment Dieu peut «faire bon accueil aux pécheurs et manger avec eux».
Il ne comprend pas son père, ce fils aîné qui se met en colère et refuse d'entrer.
Et ces amis et voisins se réjouissent-ils vraiment
de ce que la brebis perdue a enfin rejoint le troupeau,
ou que la pièce perdue a été retrouvée ?

Les hommes peuvent-ils comprendre la joie qu'il y a dans le ciel ?
Peuvent-ils se réjouir du pardon accordé,
du retour au bercail,
du pécheur retrouvé, de l'esclave redevenu fils ?

En particulier, nous tous qui espérons faire partie du troupeau,
nous pourrions spontanément prendre l'attitude du fils aîné de la parabole
et rester renfrognés,
alors que le partage de la vie de Dieu passe par le partage de sa joie et de son amour.

Laissons-nous atteindre par l'immensité de l'amour du Père,
par le glaive de sa miséricorde qui peut retourner notre cœur et le transformer,
afin que nous puissions faire nôtre ces paroles d'action de grâce :
«la miséricorde du Seigneur, à jamais je la chanterai !»

 

Méditer la Parole

15 septembre 2013

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Exode 32,7-11.13-14

1 Timothe 1,12-17

Luc 15,1-32