28e semaine du Temps Ordinaire - C

La purification des dix lépreux par Jésus

Les dix lépreux se tiennent à distance de Jésus.
Ils n’ont pas le droit d’approcher.
Ils sont comme des ombres criant : «Impur ! Impu r!»,
comme les y oblige la Loi (Lv 13, 45).
Aux yeux des hommes et à leurs propres yeux aussi,
ils ne font déjà plus partie du monde des vivants.
Leur lèpre n’est que l’image de leur péché.
Ils le savent, on le leur a fait savoir.
Ils se sentent maudits.
Aucun avenir pour ces hommes,
ni dans ce monde ni dans l’autre…
C’est une humanité en ruine.

Et pourtant, premier miracle de Jésus,
ces hommes espèrent…
Ils espèrent contre toute espérance.
C’est pour cela seulement qu’ils sont sortis de leur ombre.
La foi a commencé en eux.
La foi a commencé d’entrer dans leur cœur,
et c’est sous la forme de l’espérance,
de l’espérance impossible.
Ils ont entendu parler de Jésus.
On raconte qu’il guérit même les lépreux…
qu’il est comme l’un des prophètes des temps anciens…
comme cet Élisée qui a guéri Naaman le lépreux Syrien (2 R 5).

Il y a donc une lumière,
une lumière tout à fait inattendue, inespérée,
qui vient de se lever dans leurs ténèbres.
Pour ces dix lépreux,
rencontrer Jésus est devenu maintenant l’unique désir,
l’unique raison d’exister encore,
une question de vie ou de mort :
Rencontrer Jésus et c’est maintenant !
«Jésus, Maître, aie pitié de nous» (Lc 17,13).

Or que va répondre Jésus, frères et sœurs ?
Va t-il s’approcher d’eux ?
Va-t-il franchir la distance interdite ?
Va-t-il les toucher,
comme on raconte qu’il a déjà eu l’audace de le faire ? (Lc 5,13).
Non ! Jésus renvoie les dix lépreux.
Il les renvoie au Temple de Jérusalem,
c'est-à-dire bien loin d’ici.
«Allez-vous montrer aux prêtres !» (Lc 17, 14).

«Allez-vous montrer aux prêtres !» (Lc 17, 14).
Pour les dix lépreux,
il faut sentir à quel point cette parole de Jésus est stupéfiante !
Jésus par ces mots fait comme s’ils étaient déjà guéris !
En effet, les lépreux le savent, se montrer aux prêtres,
c’est pour un lépreux purifié, faire reconnaître sa guérison
et être réintégré dans la communauté d’Israël.
Faire reconnaître sa guérison…
Or, bien sûr, à cet instant précis où Jésus les renvoie,
que voient de leur propre guérison ces dix lépreux ?
Ils n’en voient rien !
C’est Jésus qui les voit comme des hommes déjà guéris,
mais eux-mêmes, ils se voient comme lépreux encore.

Alors dans le cœur de ces hommes,
sûrement abasourdis par la parole de Jésus
se produit un deuxième miracle de la foi.
La confiance…
La confiance aveugle dans la parole de Jésus.
Ils y vont !
Ils y croient à cette guérison qu’ils ne voient pas
ni ne ressentent encore.
Ils y croient seulement sur la parole de Jésus.

En fait, ils ont déjà reçu
mystérieusement la grâce de la guérison,
mais Jésus leur demande d’y croire d’abord,
de faire confiance.
C’est un peu plus tard seulement,
en cours de route nous dit l’Évangile (Lc 17,14),
que la grâce déjà plantée dans le secret du cœur
va se manifester clairement.
Remarquons bien cela, frères et sœurs,
car Dieu agit très souvent de cette manière
avec chacun de nous.
Le Seigneur nous donne tout de suite sa grâce.
Il répond sans attendre,
c’est même lui qui suscite en nous le désir de sa grâce.
Donc il donne tout de suite sa grâce,
mais il ne nous fait pas sentir tout de suite cette grâce.
Il attend notre foi, notre confiance,
finalement notre libre accueil,
pour que le don déjà fait, gratuitement, se manifeste en nous. C’est le cas, d’abord et avant tout, de la grâce du baptême
que nous avons reçue dans le secret de notre cœur,
et à laquelle le Seigneur nous demande de croire :
croire en la puissance de notre baptême
et alors la vie extraordinaire de Dieu
qui est là depuis notre baptême
peut se manifester et révéler sa puissance.
Dieu donne, oui, et même infiniment,
mais pas sans stimuler notre foi,
pas sans donner un espace à notre réponse de confiance.

La foi a donc pénétré dans le cœur des dix lépreux.
D’abord, nous l’avons vu, comme un miracle d’espérance contre toute espérance,
puis comme un deuxième miracle,
un miracle de confiance  aveugle en Jésus,
en son action secrète dans les cœurs.
Dans le cœur d’un seul,
la foi va finalement produire son fruit ultime.
Et quel est ce fruit ?
C’est bien sûr l’amour.
L’amour seul va franchir les distances
entre le lépreux et Jésus.
C’est bien le miracle de l’amour qui vient de se produire
dans le cœur de ce dixième lépreux
lorsqu’il retourne sur ses pas (Lc 17,15)
pour aller rencontrer Jésus,
voir son visage de près et l’adorer (Lc 17,16).
Le centre pour cet homme n’est plus sa propre guérison,
mais la joie de connaître Jésus
et Jésus peut répondre et répondre à lui seul :
«Ta foi t’a sauvé» (Lc17, 19).
La foi en toi s’est vraiment accomplie,
elle a vraiment donné son fruit,
son fruit salvateur qui est l’amour de Dieu.

Dix hommes ont reçu la grâce du Christ,
un seul finalement s’est approché du Christ.
Les autres ont accueilli le don de Dieu
mais ils se sont éloignés de Dieu.
Quel paradoxe !
Ils se sont éloignés de Dieu avec le don de Dieu (Lc 17, 17).

Frères et sœurs, qu’en est-il pour nous ?
Nous allons tous recevoir maintenant la grâce du Christ.
Nous l’avons tous reçue et à profusion au fond de notre cœur,
mais allons-nous nous approcher du Christ ?
Le Christ va-t-il devenir vraiment le centre de notre vie ?
Nous venons pour recevoir les dons de Dieu,
mais allons-nous nous attacher à Dieu lui-même ?
Après cette eucharistie,
allons-nous simplement nous éloigner
et poursuivre notre chemin comme les neuf lépreux ?
Ou bien allons-nous revenir souvent sur nos pas,
pour reprendre contact avec Jésus
au long des jours de cette semaine ?
Lui rendre grâce souvent, aller chercher son visage,
l’adorer, le regarder et finalement l’aimer.

Il y a un immense mystère de l’amour de notre Dieu pour nous.
Il nous comble de ses dons,
mais il veut être aimé pauvre et nu,
plus bas qu’un lépreux, sur la croix.
Là, sur la croix,
le Seigneur ne répand plus d’abord ses dons,
il se répand lui-même, comme don.
Il veut se donner lui-même.
Et c’est ce qui se passe en chaque eucharistie :
Dieu vient à nous, lui qui si infiniment riche de bienfaits,
Dieu vient à nous pauvre, incroyablement pauvre,
comme une hostie remise entre nos mains.

Accueillons, frères et sœurs, avec espérance,
avec confiance, mais surtout avec amour,
non pas seulement le don de Dieu
mais Dieu qui se donne.
Amen.

Méditer la Parole

13 octobre 2013

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

2 Rois 5,14-17

Psaume 97

2 Timothe 2,8-13

Luc 17,11-19