27e semaine du Temps Ordinaire - C

La rivière de montagne qui se perd dans le désert…

Pour plonger dans l’Évangile d’aujourd’hui,
je voudrais commencer par regarder Jésus.
Quel choix Jésus a fait dès le début de sa vie publique ?
Un choix clair, déterminé, et très neuf :
le choix de recevoir le baptême de Jean,
lui qui est sans péché,
c’est-à-dire le choix de descendre,
le choix du dépouillement,
le choix de ne prétendre à aucune gloire humaine.
Pour servir.
Seulement servir.

Paul retrace cela dans sa lettre aux Philippiens en écrivant
«Il a pris la condition d’esclave
et il s’humilia plus encore…» (Ph 2,7)

Jésus a mis le cap sur l’amour qui se dépouille de soi
pour servir.
Seulement servir.

Alors, je vous pose une question :
Jésus a fait ce choix au début de sa vie publique.
Est-ce qu’il y a été fidèle ?
Est-ce qu’il a tenu bon ?

Regardez :

Quand le diable veut l’en détourner,
Jésus lui donne un triple ‘non’
puisé dans l’Écriture (cf. Lc 4,3-12).

Quand Pierre s’y oppose :
«Passe derrière moi Satan» (Mc 8,33).

Quand la foule veut le faire roi,
il s’enfuit (cf. Jn 6,15).

Quand beaucoup de disciples le lâchent (cf. Jn 6,66),
Jésus continue cette route.

Quand les autorités religieuses le menacent,
il tient bon.

Quand les apôtres ne comprennent pas
et rêvent de première place (cf. Mt 20, 20-21),
Jésus garde le cap.

Quand sa famille veut le remettre sur le «bon chemin»,
Jésus ne cède pas (cf. Lc 8,21).

Quand la plus cruelle humiliation, la croix,
devient imminente,
Jésus ne fait pas marche arrière.

Quand monte en lui le désir
que la coupe s’éloigne loin de lui,
il redit : «non pas ce que je veux,
mais ce que tu veux» (cf. Mt 26,39).

Et sur la croix…
Il va jusqu’au bout de l’amour.
L’amour infiniment humilié,
l’amour 100% humble.


Frères et sœurs, y a-t-il eu un moment où Jésus a dit :
«Maintenant c’est assez» ?
Non !

Aujourd’hui, Jésus se tourne vers chacun de nous
et nous dit, et me dit :
«Quand vous choisissez l’humilité,
la miséricorde, le service : ne lâchez pas !»

Et cela il nous le dit à travers une parabole :
un esclave qui a travaillé tout le jour,
puis arrive au moment où il a mérité de se faire servir.
Eh bien, un esclave comme cela,
cela n’existe pas dans l’Antiquité.

Un serviteur ne peut pas dire :
Je veux bien servir, d’accord,
mais passé un temps, «ça suffit !»
Je vais me faire servir.

Pourtant… c’est cela qu’il nous arrive de faire :
J’ai choisi l’humilité à la suite de Jésus,
j’ai choisi le pardon, la fidélité…
mais maintenant, je reprends les choses en main !
«Servir le Seigneur, ça va pour un temps,
mais maintenant, il s’agit que Dieu fasse ce que je décide.»

La Parole de Dieu nous dit aujourd’hui :
«Non, tiens bon avec Jésus dans l’amour».
Le Psaume 94 nous l’a redit :
«Ne fermez pas vos cœurs comme au désert».
Ne ferme pas ton cœur…

C’est bien concret…
Car il y a des religieux fervents qui un jour abandonnent…
Il y a des couples très unis
qui après 30 ou 40 ans de mariage se séparent.

Jésus nous appelle à demeurer dans l’amour.
«Dites-vous :»
1) «nous sommes des serviteurs» et nous le restons ;
2) nous sommes des «serviteurs inutiles»,
le Seigneur peut très bien exister sans nous :
mon existence est pure grâce.

Personnellement quand le service me pèse
je me redis les paroles de Paul
«Nous sommes vos serviteurs à cause de Jésus» (2 Co 4,5)

Continuer à aimer,
continuer sur le chemin du dépouillement :
voilà l’appel de Jésus.

Est-ce que cela mène à être ratatinés, tristes,
dépouillés de notre personnalité ?
Non !
Cela mène à la Résurrection !

Quand l’amour nous creuse,
si nous restons avec Jésus,
nous voyons germer en nous une vie nouvelle,
et beaucoup d’entre nous en ont fait l’expérience !

Parce que Jésus, en allant jusqu’au bout de l’amour
a «détruit la mort»
et il a «fait briller la vie et l’immortalité
par l’Évangile» (2 Tm 1,11).

C’est normal que nous vienne l’envie de lâcher,
l’envie d’abandonner le chemin de l’amour.
Mais si nous prenons la main de Jésus,
nous devenons capables de continuer à aimer,
et Jésus va nous mener
dans une nouvelle manière d’être au monde.

C’est l’histoire de la rivière en montagne.
L’eau descend.
Elle descend pour donner vie un peu partout,
c’est magnifique, c’est plein de joie.
Puis à un moment elle arrive dans le désert,
et commence à se perdre dans le sable…
Elle a l’impression de se perdre, de ne plus exister.
Mais elle entend le vent qui lui dit :
«laisse-moi te transformer en nuage,
et tu vas traverser le désert,
et tu vas porter la vie au-delà du désert.»

C’est cela que fait Jésus en nous par le souffle de l’Esprit.

Car «rien n’est impossible à Dieu» (Lc 1,37).
Et ce n’est pas un slogan publicitaire,
c’est la réalité de ce que Dieu peut et aime faire en nous
en nous menant jusqu’au bout de l’amour.

Vous allez me dire : d’accord,
mais je n’ai pas suffisamment de foi pour cela.
C’est une affaire de saints… ou une affaire de moines !

Si nous disons cela,
c’est que nous avons une idée de la foi
qui est très sur le «sensible».

Nous pensons que la foi est quelque chose que l’on ressent,
comme on sent la faim, ou on sent des émotions;
ou qu’elle est comme quelque chose que l’on possède.
C’est dans cet esprit là que les apôtres disent à Jésus :
«Augmente en nous la foi».
C’est-à-dire : si je possède un jour une foi très sensible,
ma vie va changer…

La réponse de Jésus est que la foi
n’est pas affaire qu’on ressent en soi,
qui devrait être très envahissante,
très lumineuse, très bruyante, très puissante.

Non. Il suffit que la foi soit comme grain de moutarde.
(Achetez de la moutarde en grain
et vous verrez combien petit est un grain de moutarde !)

Donc : n’attends pas d’avoir une grande foi
pour agir selon l’Évangile.
Ce qui importe, c’est de mettre en œuvre la foi que tu as déjà.
Si c’est 1 talent – mets-le en œuvre.
Si c’est 5 talents – mets-les en œuvre.
Si c’est 10 talents – mets-les en œuvre sans balancer,
sans hésiter, sans continuels calculs.

Le grain de moutarde de foi,
nous l’avons tous,
il s’agit de le semer dans notre vie.

C’est quoi la foi ?
C’est la confiance dans le Père, en Jésus.
Alors, le peu que tu as… sors-le de ton garage !
Prends la route.

Tous nous avons l’impression d’avoir très peu de foi
mais ce n’est pas par notre foi qu’il faut regarder,
c’est le Seigneur.

Et dès que tu mets en œuvre le peu de foi que tu as
tu déclenches le cœur de Dieu :
ton petit grain de moutarde,
il est plus puissant que l’énergie atomique,
parce que la foi c’est du divin en nous.

Ce n’est pas un sentiment,
c’est un levier incroyable sur le cœur de Dieu.
c’est comme la touche «enter» du clavier de l’ordi
qui nous fait nous sentir puissants !

Mais là, ce n’est pas la puissance mondaine que nous obtenons
c’est la capacité d’aimer,
le pouvoir d’être faibles par amour
le pouvoir d’être fidèles à la suite de Jésus
c’est de pouvoir continuer à aimer quand on en arrache.

C’est ce que nous avons lu dans la première lecture :
«Le juste vivra par sa fidélité» (Ha 1,4)
Paul traduit :
«le juste vivra par sa foi» (Rm 1,17).
La foi fait de nous des vivants !


Je termine avec la deuxième lecture.
Paul utilise une image :
le feu en nous qui a tendance à s’éteindre.
Il nous dit : rallume le feu en toi.
De quel feu parle-t-il ?
Le feu des dons de Dieu :
le don de la grâce
le don de l’Esprit Saint
les dons des sacrements dont le baptême et la confirmation.

Car «ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné,
mais un Esprit de force, d’amour, de maîtrise de soi».
Donc : n’aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur !
Ne crains pas de souffrir pour l’Évangile,
comptant sur la puissance de Jésus
qui nous a sauvés et appelés par un premier appel
non en vertu de nos œuvres,
mais en vertu de son dessein et de sa grâce.

Nous n’avons pas honte d’aimer, «d’être affaiblis»,
d’être rendus vulnérables par amour
car nous savons en qui nous avons mis notre foi : pas vrai ?
 

Méditer la Parole

6 octobre 2013

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Ha 1, 2-3 ; 2, 2-4

Psaume 94

2 Tm 1, 6-8.13-14

Luc 17,5-10