29e semaine du Temps Ordinaire - C

Crier vers Dieu jour et nuit

J’ai plusieurs fois entendu ces confidences :
«J’ai prié le Seigneur pour un être cher malade
et le Seigneur ne m’a pas écouté.
Cette personne est morte et depuis j’ai perdu la foi».
Confidences douloureuses
Car elles expriment une souffrance morale et spirituelle.

De cela nous avons un écho dans l’Évangile de saint Jean
où nous entendons les cris du cœur de Marthe et Marie :
«Seigneur, si tu avais été là,
mon frère ne serait pas mort !» (Jn 11,21).

Sans aller jusqu’à abandonner la foi,
plusieurs d’entre nous connaissent ces sentiments :
Je prie pour une intention et le Seigneur ne m’exauce pas.
Alors j’arrête de prier à cette intention.
Ce faisant, on accumule des déceptions vis-à-vis de Dieu
et on nourrit une amertume spirituelle.

Jésus voyait déjà cela en germe dans le cœur des disciples.
Aussi, et c’est l’Évangile de ce dimanche,
il dénonce le découragement dans la prière, l’abandon de la prière,
et, pour cela, il emploie une parabole choc :
un juge ignoble qui ne finit par délivrer la veuve de son mal
que pour avoir la paix.

Si un juge ignoble finit par rendre justice…
a fortiori Dieu nous rendra justice,
nous fait comprendre Jésus.
Dieu ne nous fera pas attendre indéfiniment.

Nous réalisons en disant cela
qu’abandonner la prière c’est croire
que Dieu est pire que le juge ignoble…

Mais il faut aussi regarder la veuve.
La veuve insiste, persévère, frappe, re-frappe…
Elle est certaine que le juge peut régler ses problèmes
et elle a raison.
Cette veuve est modèle pour nous !

Elle nous apprend à prier «sérieusement».

Parfois nous présentons au Seigneur une situation
d’une manière superficielle sans que notre cœur s’implique,
comme un présentateur à la télévision,
qui raconte avec le même détachement
la noyade de 400 migrants près de Lampedusa
et les résultats du Tour de France.

Nous sommes loin de saint Silouane
qui pleurait devant Dieu les péchés du monde.

Ou d’un Padre Pio qui prenait sur lui
la pénitence de grands pécheurs qui venaient le trouver.

Nous sommes victimes et coupables pour notre part
de la «globalisation de l’indifférence».


Jésus a, lui, des mots très forts pour parler de la prière :
«crier vers Dieu jour et nuit» dit-il.
Crier… c’est crier !
C’est-à-dire l’intensité d’une prière qui veut rejoindre
et toucher le cœur de Dieu.

C’est mal élevé ? Non !

Cela fait peut-être longtemps que Dieu attend que tu cries vers lui.
Dieu «s’étonne», dit le prophète que l’on ne crie pas vers lui…

Jésus précise «nuit et jour».
On peut l’entendre de deux manières :
Il s’agit de prier sans arrêt,
ou bien il s’agit de prier,
que notre âme soit dans la nuit ou dans la clarté.

Qui est celui qui a véritablement «crié nuit et jour» ?
Jésus !
L’Évangile nous dit : Jésus meurt à l’heure de la prière
et il meurt en ayant lancé un «grand cri»,
un grand cri vers le Père.
Jésus a présenté «avec un grand cri et des larmes
des implorations et des supplications au Père.»
Et il a été «exaucé en raison de sa piété» (He 5,7).

Jésus a intercédé, prié, jusqu’au bout.
Et il a prié jusqu’au fond de la nuit.
Sa mort est une prière pour nous.
Il a prié pour toi jusqu’à en mourir.
Et le Père lui a rendu justice : c’est la Résurrection.
Et en lui rendant justice, c’est à nous qu’il a rendu justice.

À cette veuve accablée qu’est l’humanité qui s’est coupée de Dieu,
Dieu a rendu justice parce que Jésus a crié son amour et sa foi
en notre nom à tous jusqu’au fond des enfers.

C’est magnifique parce que maintenant,
quand nous crions dans nos nuits,
nous ne crions jamais seuls.
Nous crions, si nous le voulons, avec Jésus.
Et si nous crions avec lui, avec lui nous sommes exaucés.

Mais il faut le dire haut et fort :
ce n’est pas un exaucement selon le monde.
Dieu ne nous exauce pas en nous comblant
de richesses, de pouvoirs et de gloires
dans lesquelles nous aurions vite fait de nous enliser.
L’exaucement de notre prière est pour une grande part
dans l’invisible, dans ce qui est éternel.

Nous serons étonnés au Ciel de voir
que les prières que nous pensions avoir été vaines
et sans aucun effet,
ont eu un fruit de grâce qui dure pour l’éternité.

Quand tu es monté sur la montagne comme Moïse
et que tu as étendu les bras, longuement,
et que tu as prié pour que le mal soit vaincu,
le Seigneur t’a exaucé… même si aujourd’hui tu ne le vois pas.

Si nous savions la fécondité de l’intercession
vécue ici devant le Saint-Sacrement…
Mais cela nous reste caché.

Il y a des cœurs qui se sont brisés, qui se sont ouverts à Dieu,
parce qu’ici tu as frappé avec insistance
au cœur eucharistique de Jésus.
Mais c’est de nuit…


Vous rappelez-vous de notre mot de passe pour l’année 2013 ?
«Qu’il me soit fait selon ta Parole» ?

Frères et sœurs, nous n’allons pas mettre cet Évangile
dans les archives des belles paroles spirituelles.
Nous allons le mettre en pratique et crier vers Dieu
ensemble, que notre âme soit aujourd’hui
dans la nuit ou dans la clarté.

Et puisque l’Église nous le demande aujourd’hui,
prions, crions, pour que l’Évangile pénètre les cœurs.

Je vous invite à laisser monter en vous
une personne et un pays
pour lesquels vous allez crier vers Dieu cette semaine,
en demandant au Seigneur
que son Évangile y pénètre avec puissance
et transforme les vies.

Ainsi serons-nous missionnaires par la prière.


Missionnaires par la prière dans le secret du cœur.
Missionnaires par la vie,
par le témoignage d’une vie qui a un style évangélique.
Missionnaires par les paroles pour dire les merveilles de Dieu.

En nous souvenant de la question de Jésus :
«Le Fils de l’Homme quand il viendra,
trouvera-t-il la foi sur la terre ?» (Lc 18,8).

Oui si je prie, si tu pries,
pour que cette personne, ce pays accueillent l’Évangile,
nous contribuerons à ce que le Fils de l’homme,
quand il viendra dans sa gloire,
trouve la foi sur la terre.
 

Méditer la Parole

20 octobre 2013

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Exode 17,8-13

Psaume 120

2 Tm 3,14 4,2

Luc 18,1-8