27e semaine du Temps Ordinaire - C

La foi vécue dans l’amour fait des miracles

Frappons et l’on nous ouvrira.

Cherchons et nous trouverons.

C’est avec ce désir que nous sommes appelés aujourd’hui

à pénétrer le mystère contenu dans les paroles de Jésus.

Car, avouons-le, elles ne sont pas

immédiatement compréhensibles.

En effet, Jésus nous déroute par ses  propos.

Qu’est-ce que ce grand arbre qui va se planter dans la mer ?

A-t-on jamais vu une chose pareille ?

Qu’est-ce que ce maître qui demande

à son serviteur harassé et fourbu après son travail

de le servir à table avant même de se restaurer ?

Jésus distille ces paroles avec un naturel qui nous déconcerte.

Alors frappons, cherchons, accueillons

ces deux paroles que rien ne semble réunir

et qui, pourtant, se complètent mutuellement.

 

Commençons d’abord par le contexte initial.

Les apôtres dirent au Seigneur :

«Augmente en nous la foi !» (Lc 17,5).

Qu’attendent les apôtres en formulant une telle demande ?

Ils ont bien vu tous les signes que Jésus accomplit.

Eux-mêmes ont été envoyés en mission

pour chasser les esprits mauvais

et guérir toute maladie et toute langueur.

Oui, ils croient mais ils sont comme cet homme

qui dira un jour à Jésus : «Je crois

mais viens au secours de mon manque de foi» (Mc 9,24).

Résonne en eux ce que Jésus

avait dit au préalable à cet homme :

«Tout est possible à celui qui croît» (Mc 9,23).

Ou encore la réplique de Jésus à Marthe :

«Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois,

tu verras la gloire de Dieu ?» (Jn 11,40).

Parce que Marthe a cru, son frère Lazare

est sorti vivant du tombeau.

 

Tant de signes, et pourtant l’homme

en revient toujours à douter de sa foi.

Le disciple sait que sa foi n’est qu’un germe de foi

qui demande à être réconforté, fortifié,

amplifié par la foi de Jésus.

Il se sait  «homme de peu de foi»,

comme Jésus le qualifiera à plusieurs reprises dans l’Évangile.

Mais regardons bien : la foi se trouve quantifiée

dans l’esprit des apôtres comme s’il y avait des seuils à franchir.

Et Jésus, aujourd’hui, vient faire table rase de cette idée reçue

en utilisant l’image tout à fait surprenante

de la graine de moutarde.

La question n’est pas celle d’essayer d’augmenter notre foi

mais plutôt d’avoir la foi tout simplement.

Que notre foi soit grosse comme une graine de moutarde,

et elle portera du fruit sans commune mesure

avec notre peu de foi.

 

La foi est une adhésion, un simple «oui»

proclamé au Seigneur de notre vie.

La foi est comme une porte qui s’ouvre,

c’est-à-dire un espace vierge qui, tout d’un coup,

apparaît au plus profond de notre cœur,

une brèche en nous où l’Esprit de Dieu peut pénétrer.

Un espace vide de nous-mêmes, de nos idées, de nos intérêts.

Un rien en nous avec lequel Dieu peut faire presque tout.

Peu importe la taille de la porte.

L’important, c’est cet espace qu’elle libère en s’ouvrant,

l’échange qui naît entre le «pas grand-chose»

que nous sommes et le «Tout-Puissant» qui peut tout.

 

Le pape François disait récemment :

«Notre foi est une foi-chemin, une foi historique.

Dieu s’est révélé comme histoire,

non pas comme une collection de vérités abstraites».

La foi est une rencontre avec Jésus.

Peu importe que notre foi soit plus ou moins parfaite,

qu’elle s’exprime de telle ou telle manière,

l’essentiel est cet espace de liberté

où mon «oui» épouse le «oui» éternel de Dieu pour moi.

Il nous faut accepter cette part infinitésimale, invisible,

matériellement insaisissable, qu’est notre foi.

Comme pour l’amour, la mesure de notre foi

est de croire sans mesure.

 

Mais Jésus ose la démesure !

Notre foi, dit-il, peut déraciner un grand arbre !

Mais cet arbre, n’est-ce pas nous-mêmes ?

Le psalmiste dit que le juste est «comme un arbre

planté près du cours des eaux» (Ps 1).

La foi nous aide à couper toutes ces racines

qui nous retiennent liés à l’esprit du monde.

La foi nous pousse à laisser nos filets

pour suivre Celui qui fait de nous des pécheurs d’hommes.

«Avance au large, en eau profonde», dit Jésus.

Mieux encore, marche au-dessus des flots du doute,

du mal, du péché et de la mort.

Tu peux planter tes racines dans la mer,

si tu crois en Celui qui a vaincu la mort.

Oui, Dieu peut tout si nous le laissons agir en nous.

«Si quelqu’un à soif, qu’il vienne à moi

et qu’il boive, celui qui croît en moi.

De mon sein couleront des fleuves d’eau vive»,

proclame le Christ (Jn 7,37-38).

Des fleuves capables d’emporter

tous les obstacles de notre vie,

fussent-ils gros comme des montagnes.

Jésus utilise une image spectaculaire

pour nous faire comprendre que notre foi

a beau être petite et défaillante,

Dieu opère quand même ses miracles à travers elle.

 

Et le vrai miracle, l’unique miracle

que Dieu attend de notre foi, c’est l’amour.

«Seule compte la foi agissant dans la charité»,

dit l’apôtre Paul aux Galates (Ga 5,6).

Et c’est ce que Jésus veut expliquer aux apôtres

à travers la parabole du maître et du serviteur.

Ce serviteur, c’est vous et moi,

appelés à œuvrer pour le Royaume.

Plus encore, c’est Jésus lui-même.

«Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir»,

nous dit-il (Mt 20,28).

Au cœur du monde où chacun veut être maître,

il enseigne : «Moi, je suis au milieu de vous

comme celui qui sert» (Lc 22,27).

Et, au terme de sa vie où il a labouré partout

le champ du Père et fait paître le troupeau en Bon Pasteur,

il s’avance vers la croix pour livrer sa propre vie.

Sur la croix, «tout est accompli», car le serviteur

s’est donné jusqu’à l’oubli de lui-même.

 

Jésus se reconnaît dans le serviteur quelconque de la parabole

qui n’a fait que son devoir.

Lui qui est le plus grand parmi nous,

il s’est fait notre serviteur.

Ses yeux ne sont pas tournés vers une reconnaissance,

une récompense éphémère, mais vers la vision

dont parle Habacuc, la vision de la Béatitude du ciel.

 

C’est la foi en cette communion éternelle avec le Père

qui lui donne d’aimer jusqu’à l’extrême.

La foi vécue dans l’humilité et l’amour

libère la toute-puissance de Dieu.

La croix devient chemin de résurrection.

 

La foi nous conduit à l’amour

et l’amour nous conduit

à la source de tout amour qui est Dieu.

Croire et aimer. Aimer et croire.

Ce sont les deux facettes d’un même mystère,

celui de notre salut, qui fait de nous

des fils et des filles de la Résurrection.

Méditer la Parole

6 octobre 2013

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Ha 1, 2-3 ; 2, 2-4

Psaume 94

2 Tm 1, 6-8.13-14

Luc 17,5-10