Solennité de la Toussaint

En marche vers la communion !

Chaque jour, des saints nous sont donnés pour encourager notre marche,
pour illuminer notre vie d'une lumière céleste.
En ce jour, nous fêtons la communion de tous les saints,
et voilà qui donne toute sa puissance à la sainteté :
car le but de la sainteté, c'est bien la communion.
Communion avec tous les hommes et communion avec Dieu.

Pour que la sainteté prenne toute sa saveur,
il faut considérer ces deux versants de la communion d'un même regard.
Si nous considérions seulement la communion fraternelle,
nous courrions le risque de confondre la sainteté avec un idéal d'amitié et de respect mutuel ;
ce serait déjà très beau !
Mais il s'agit d'une communion bien plus profonde encore,
une communion qui réunit même ceux qui ne seraient pas humainement des amis,
qui n'ont pas en commun des affinités ou des atomes crochus...

Si nous considérions seulement la communion avec Dieu,
nous risquerions de confondre Dieu avec ce qui ne serait en fait que le prolongement de soi.

L'amour de Dieu conduit toujours à l'amour de tous les hommes,
et s'aimer les uns les autres ouvre mystérieusement à la connaissance du vrai Dieu :
«Dieu est amour», et là où est l'amour, là est Dieu, resplendissant de lumière (cf. 1 Jn 4).

Un saint est une personne que Dieu a transfigurée,
et qui est devenu rayonnant de cette lumière du ciel dans sa vie humaine,
rayonnant de cet Amour qui est bien davantage qu'un simple sentiment d'affection :
Dieu est Amour, et la sainteté, c'est le resplendissement de l'amour parfait.

La sainteté, ce n'est pas donc d'abord une perfection morale,
mais une transformation profonde :
pour devenir saint, une personne doit être peu à peu divinisée, renouvelée dans l'Amour,
rendue apte à partager la vie même de Dieu.
Un saint est une personne pétrie par la communion,
et qui tisse en toute situation un surcroît de communion.

La vie des saints nous montre qu'il n'y a rien d'immédiat dans cette métamorphose :
il s'agit d'un processus qui fait appel à la liberté humaine
mais pour lequel l'action de Dieu est centrale.

Dans la deuxième lecture, saint Jean explique qu'il s'agit de devenir semblable à Dieu.
Pour cela, on peut contempler Dieu et essayer de l'imiter,
apprendre à aimer Jésus et à le suivre.
C'est un des aspects de l'enseignement du Seigneur :
écouter sa parole et la mettre en pratique.

Toutefois, il ne faut pas se méprendre :
en contemplant Dieu et en écoutant sa parole,
ce ne sont pas d'abord nos propres forces qui sont sollicitées,
mais surtout notre consentement.

Si nous acceptons de faire un pas par la foi,
le Seigneur en fait dix pour nous !
Si nous acceptons de nous laisser attirer par l'Amour,
l'Amour prend ses droits dans notre vie.

En fait, l'essentiel de la sanctification d'une vie est réalisée par Dieu lui-même.
Dieu porte en lui le principe d'une croissance d'amour.
Ce qui revient à chacun, c'est de se laisser conduire sur ce chemin du ciel
en renonçant à ses résistances et à ses propres projets de possession et de pouvoir.

Pour se laisser conduire par Dieu vers la sainteté,
il y a donc une posture requise, davantage qu'une force personnelle ou une héroïcité.
Cette posture est faite de disponibilité :
laisser Dieu agir et bouleverser nos plans,
et lui dire oui.
Choisir en chaque situation de laisser la force de l'Amour nous mouvoir,
en refusant de laisser les puissances de mort et de destruction prendre le dessus.

C'est en cela que consistent les Béatitudes :
Jésus lance un appel à ceux qui veulent le suivre,
à ceux qui veulent être conduits à la sainteté et hissés par la grâce jusqu'au ciel ;
jusqu'à la plénitude de l'amour.

Et que nous dit Jésus ?

Heureux ceux qui laissent leur cœur être dépouillé,
c'est à dire qui sont peu à peu vidés de tout ce qui les centraient sur eux-mêmes.
On ne naît pas pauvre de cœur ;
ce n'est pas un trait de caractère ou une disposition innée.

Un tel pauvre appartient à la grande famille de ceux à qui les épreuves, les difficultés de la vie ou les souffrances ont montré que leur propre capacité à aimer ne suffirait jamais.
Un pauvre, c'est celui qui manque, et qui a besoin des ressources des autres.
Le pauvre de cœur a besoin de l'amour des autres, il a besoin de l'amour de Dieu.
Le pauvre de cœur est un mendiant de l'Amour.

Alors il reçoit,
et ce faisant, il devient plus grand que lui,
il met sa joie à exister en dépendance profonde aux autres et à Dieu.
Le pauvre de cœur comprend que la communion est pour lui une nécessité vitale !
Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.

Heureux ceux qui deviennent des doux !
Peu importe que notre tempérament naturel nous prédispose ou non à une certaine douceur.
Car le Royaume de Dieu n'est pas affaire de caractère.

Mais heureux ceux que la vie conduit à cette bienveillance foncière
qui permet l'accueil attentionné même de ceux qui empiètent sur notre vie ;
qui rend le bien face à l'agression,
le calme face à la colère,
la fermeté face à la dérobade,
la tendresse face à la souffrance...

On ne devient pas doux par hasard :
le doux est toujours une personne qui engage toutes ses forces dans l'Amour.
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !

Heureux les hommes et les femmes qui ont suffisamment d'amour pour pleurer.
Il ne s'agit en rien d'une tendance à la mélancolie,
encore moins d'une fragilité affective qui s'exprime dans le sanglot...

Mais plutôt de ceux qui pleurent devant la souffrance des autres,
devant l'injustice qui abîme leurs frères,
ceux qui pleurent devant le péché et la déchéance des hommes,
les pleurs de celui qui est impuissant devant son frère qui se pervertit ou qui désespère...

Ces pleurs sont plus forts que la mort,
plus forts que le péché,
plus fort que le mal ravageur...

Celui qui pleure ainsi hâte la venue du Règne de Dieu.
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !

Heureux ceux qui ne peuvent se résoudre à la haine et aux ressentiments.
Le cœur du miséricordieux est toujours un cœur brisé et broyé par le manque d'amour.
Mais plutôt que de s'en révolter,
il choisit de répondre par un surcroît d'amour,
il répond par le pardon, en toute circonstance.
Il est sûr que le pardon contient en lui-même une puissance de restauration.
Il ne peut consentir à ce qu'une personne soit perdue à jamais.
Alors il garde son cœur ouvert, prêt à donner encore,
prêt à revenir,
attendant sans relâche le retour.

Un miséricordieux est un lutteur et un veilleur.
 

Méditer la Parole

1er novembre 2013

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Apocalypse 7,2-4,9-14

1 Jean 3,1-3

Matthieu 5,1-12a