31e semaine du Temps Ordinaire - C

Zachée se laisse rencontrer par Jésus

Jésus vient d’entrer dans Jéricho,
et aux portes de Jéricho il a guéri un aveugle.
Mais dans cette foule qui jubile à la vue de ce miracle,
il y a une autre sorte d’aveugle…
C’est Zachée !
Zachée cherchait à voir Jésus.
Il cherchait à voir qui était Jésus.
Mais il ne le pouvait pas, il ne pouvait pas voir.
Ce n’est pas l’infirmité
mais sa petitesse qui le rend aveugle,
incapable de voir Jésus.

La petitesse…
Est-ce vraiment là le problème ?
C’est ce que croit Zachée.
C’est souvent ce que nous croyons.
Devant Jésus, pour connaître qui est Jésus,
nous voudrions ne plus être si petit !
Comme Zachée nous imaginons qu’il faut nous hisser
au-dessus de nous-mêmes pour rencontrer Dieu.
En fait ça ne marche pas comme ça.

Jésus va faire redescendre Zachée de son perchoir.
Il faudra que Zachée redevienne petit
pour que la rencontre ait lieu.
Dieu, frères et sœurs, n’a pas besoin que nous soyons parfaits
pour nous rencontrer,
il a besoin seulement que nous soyons vrais,
que nous soyons ce que nous sommes,
sans illusion, sans prétention, sans mensonge, sans perchoir.
Et non seulement Dieu veut nous rencontrer
au niveau de notre petitesse innée,
mais il descend
jusqu’à la maison du pécheur que nous sommes.
Non seulement il nous ramène à notre vérité,
mais il nous touche au niveau de notre péché :
C’est là qu’a lieu la rencontre,
jusque dans notre plus humiliante petitesse devant Dieu.

Donc, ni pour Zachée, ni pour nous,
ce n’est pas notre petitesse
qui pourrait faire obstacle à la rencontre,
qui pourrait nous empêcher de voir Jésus.
L’obstacle s’il y en a un est ailleurs ;
c’est autre chose…

Zachée voulait voir, mais il voulait voir sans être vu.
Ce sycomore sur le chemin,
c’était pas mal trouvé de sa part !
Il s’agissait de connaître un peu Jésus,
tout en gardant la distance,
sans risquer tout de même la rencontre.
Voir sans être vu !
Voir en restant caché de Dieu.
Mais évidemment, ça n’a pas marché !
Ça ne marche jamais comme ça avec Jésus.
On ne peut jamais voir Jésus, sans être vu de lui, d’abord.
C’est un peu comme dans les icônes,
c’est seulement
dans ce regard que le Christ porte sur nous le premier
que nous, à notre tour, nous pouvons le contempler.
Contempler Dieu,
c’est donc d’abord et avant tout, se laisser regarder par lui.

Bienheureuse petitesse de Zachée
qui lui a fait courir le risque d’être démasqué.
Il a rencontré un regard qui le précédait,
qui le précédait depuis toujours.
Regard créateur, re-créateur,
regard d’absolue bienveillance
dont parlait notre première lecture (Sg 11,24),
regard qui tient dans son rayonnement le secret de notre être,
regard qui nous a voulus originellement.
Regard de Jésus,
regard que Zachée rencontre au-dessous de lui-même,
regard humble et fort.
Ce regard de Jésus monte vers Zachée,
des racines de l’arbre jusqu’aux branches
où il est caché.
Ce regard du Christ monte depuis les racines de son cœur
jusqu’au lieu où il s’est caché de Dieu.

Zachée s’est senti connu, dans ce regard de Jésus,
Il s’est senti vu, contemplé,
comme il ne s’est jamais vu lui-même.
Il voulait voir qui était Jésus,
et finalement il a d’abord vu qui il était pour Jésus.

Alors la joie a brisé ses chaînes.
La joie a brisé le personnage qu’il s’était créé pour se cacher.
La joie l’a fait dégringoler de son arbre et de lui-même.
La joie, cette joie toute particulière
de la rencontre avec le Christ.
C’est se laisser vaincre,
vaincre par le regard du Christ.
Joie transformante qui est la racine de la conversion,
joie par laquelle Dieu remet l’homme, si petit pourtant,
debout, devant sa Face.

Frères et sœurs, il nous faut absolument cette joie !
Cette joie paisible, profonde,
essentielle de la rencontre avec le Christ.
Sans cette joie de la rencontre vivante avec le Christ,
jamais nous ne nous convertirons !
D’abord, sans cette joie de la rencontre,
nous n’aurons pas le dynamisme intérieur pour changer,
et plus radicalement encore,
si nous voulions changer uniquement par notre propre force, sans être soutenus par cette joie de l’intimité du Christ,
si nous voulions changer par nous-mêmes,
sans chercher la rencontre avec le Christ,
nos efforts seraient suspects,
forcément entachés d’orgueil et voués finalement à l’échec.
C’est ce qu’on voit chez les Pharisiens.

Non, il faut absolument
la rencontre toujours renouvelée avec le Christ.
C’est le cœur de notre vie chrétienne.
Jésus ne peut pas être pour nous une conviction lointaine,
même bien solide.
Il doit être le Vivant
que nous pouvons rencontrer chaque jour.

Alors, question essentielle, comment le rencontrer
puisqu’une rencontre c’est toujours libre ?
Cette rencontre avec le Christ,
Zachée nous apprend qu’on peut s’y disposer.
On ne la commande pas mais on peut s’y disposer.
Zachée savait par où passait Jésus.
Frères et sœurs, nous savons par où doit passer Jésus,
dans notre vie.
Certes Zachée, en même temps,
se dérobait à la vraie rencontre.
Son désir était ambigu, connaître et ne pas rencontrer,
comme notre désir souvent est ambigu aussi,
mais Zachée s’est quand même placé sur le chemin de Jésus,
et à partir de là, Jésus a pu l’entraîner beaucoup plus loin,
beaucoup plus profond, jusque dans l’intimité de sa demeure.

Frères et sœurs, mettons-nous souvent
sur le chemin où Jésus passe
c’est à dire attendons-le souvent,
dans la prière, dans les sacrements, chaque jour,
car il veut vraiment passer chaque jour
sur le chemin de notre vie.
Oui, il passera, il passera c’est sûr,
et alors il nous surprendra,
il nous entraînera beaucoup plus loin que prévu,
il nous fera connaître la joie de son regard.
Amen.
 

Méditer la Parole

3 novembre 2013

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Sg 11,23-12, 2

Psaume 144

2 Th 1,11 -2,2

Luc 19,1-10