31e semaine du Temps Ordinaire - C

La Bonne Nouvelle de Jésus Christ
est à l’œuvre, frères et sœurs !
Zachée était un publicain, un pécheur.
Et Zachée, en quelques instants,
est devenu un disciple de Jésus,
partageant ses biens aux pauvres
et réparant les fautes qu’il avait commises.

Que s’est-il donc passé
pour qu’un tel retournement puisse se produire ?
Rien ne semblait l’annoncer
d’après le récit que nous venons d’entendre.
Jésus s’apprêtait juste à traverser la ville,
et Zachée, perché sur son sycomore,
cherchait seulement à voir
qui était ce Jésus dont il entendait parler ;
rien de plus.

Nous pourrions facilement dire
que cette rencontre entre ces deux hommes
est le fruit du hasard.
Mais rien n’est dû au hasard de la part de Dieu.
D’ailleurs, si tel avait été le cas, Jésus n’aurait pas dit :
«Zachée, aujourd’hui
il faut que j’aille demeurer chez toi» (Lc 19,5),
ou plus littéralement encore :
«Il est nécessaire pour moi
d’aller demeurer dans ta maison».
Cette nécessité n’apparaît pas subitement
dans le cœur de Jésus.
Et puis le simple fait de nommer Zachée
par son propre nom
en dit long sur l’attente de cette rencontre pour Jésus.

Voilà donc que nous est révélé le plus profond
du cœur de Jésus qui cherche le pécheur.
Oui, Jésus cherchait Zachée
et Zachée ne le savait pas.
Quand Jésus le voit, il l’interpelle
par ce nom si chargé de mépris
par les habitants de Jéricho.
Mais, dans sa bouche, ce nom se revêt de la tendresse de Dieu
qui exprime comme l’urgence d’une amitié.

Oui, Jésus parle à Zachée
comme à un ami de longue date, peut-être oublié,
mais qui n’a pas pour autant renoncé à sa fidélité.
Sans la «surprise» du regard du Christ,
Zachée serait peut-être resté un spectateur muet
de son passage dans les rues de Jéricho.
Jésus serait passé à côté de sa vie, et non dans sa vie.

Mais, frères et sœurs,
ce qu’il y a d’encore plus étonnant,
c’est que Zachée lui-même ne se doutait pas
que la curiosité, qui l’avait poussé à voir Jésus,
était déjà le fruit d’une miséricorde qui le précédait.
Sans percevoir ce qu’il y avait dans cette curiosité toute banale,
Zachée se laissait attirer par Jésus.

Derrière les apparences de l’homme
sûr de lui-même et de son pouvoir,
il y avait le pécheur qui cherchait une main pour le relever.

*

Oui, frères et sœurs, aujourd’hui nous est proclamée
la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.
Sa miséricorde est à l’œuvre dans nos vies.
Elle nous précède.
Elle enveloppe notre être, nos paroles, nos actes.
Elle nous conduit à Jésus.
Comme pour Zachée,
la miséricorde de Dieu nous est déjà parvenue,
offerte gratuitement et en surabondance.

Ne nous imaginons pas que c’est nous,
pécheurs, qui par notre chemin personnel de conversion,
gagnons la miséricorde.
Au contraire, c’est la miséricorde
qui nous pousse sur le chemin de la conversion.
Par nous-mêmes, nous ne sommes capables de rien.
Nous ne méritons rien.
Mais Jésus nous attire à lui dans sa bonté,
lui qui ne désire pas la mort du pécheur,
mais qu’il vive.

Faut-il donc en conclure, frères et sœurs,
que la miséricorde prévenante de Dieu
va tout réaliser en nous ?
«Aujourd’hui, il me faut demeurer chez toi»,
dit Jésus à Zachée.
Cela signifie que Jésus attend de nous
une réponse à son attente.

Dieu a un projet pour nous.
C’est un projet de sainteté.
Jésus veut transformer la maison du pécheur
en un lieu de révélation.
Mais cela ne se produira pas si Zachée
ne libère pas son cœur des racines du péché.
Dieu fait irruption dans sa vie
mais il ne force pas la porte de sa maison.
Zachée a vu en Jésus le Dieu de miséricorde,
et c’est pour cela qu’il descend vite.
Comme l’a dit Jean-Paul II,
il a rencontré en Jésus
le «Dieu des commandements»
avant de rencontrer
«les commandements de Dieu» (cf. Jean-Paul II, Jeudi Saint 2002).
Jésus est lui-même don pour Zachée,
et en même temps, il est la «Loi de Dieu» pour Zachée

Jésus ne reproche rien à Zachée,
il se fait totalement don
et en même temps, Zachée voit de lui-même
tout ce qui le coupe de ce don.
Sans cette rencontre avec Jésus,
il aurait été dur à Zachée de changer de vie.
Mais rencontrant Jésus comme un don,
la loi elle-même, avec son exigence d’amour,
devient tout d’un coup légère, accessible et même désirable.
C’est ce qui fait dire à Paul :
«En vous laissant conduire par l’Esprit,
vous n’êtes plus sujets de la loi» (Ga 5,18).

Unis à Jésus, nous n’avons plus à craindre
les exigences de l’amour.
Le fardeau est léger et le joug facile à porter.
La conversion se fait alors d’elle-même,
comme de manière naturelle.

Et que de bouleversements dans cette conversion de Zachée !
Se sentant traité comme un fils,
il commence à se comporter comme un fils,
et il le manifeste en redécouvrant ses frères.
D’une attitude de fermeture,
il passe à une attitude de partage,
jusqu’à la moitié de ses biens pour les pauvres.
Il répare ses injustices par une restitution au quadruple.
C’est seulement à ce moment-là
que l’amour de Dieu parvient à son but
et que le salut s’accomplit :
«Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison» (Lc 19,9).

Frères et sœurs, que cet Évangile nous fasse redécouvrir
la beauté du sacrement de réconciliation.
Dans la confession, ce n’est pas l’homme
qui essaie bon gré, mal gré, de revenir vers Dieu.
C’est Dieu qui fait irruption dans la maison du pécheur.
Sa miséricorde le précède
et prépare son cœur à accueillir la lumière de la Vie.

Frères et sœurs, laissons-nous regarder par Jésus
et son amour nous relèvera et fera de nous des saints.
 

Méditer la Parole

3 novembre 2013

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Sg 11,23-12, 2

Psaume 144

2 Th 1,11 -2,2

Luc 19,1-10