Le Christ Roi de l'univers - C

Le Royaume du Fils bien-aimé

Jésus l'avait dit à Pilate : «Ma royauté ne vient pas de ce monde» (Jn 18,36).
C'est cette royauté de Jésus que nous célébrons
en ce dernier dimanche de l'année liturgique.
Jésus, «Roi de l'univers», et pourtant Roi dont la «royauté ne vient pas de ce monde»...

Nous avons compris depuis longtemps
que la Royauté de Jésus n'avait rien à voir avec les règnes temporels.
D'ailleurs, non seulement notre Roi n'a pas de palais,
mais il n'a même «pas où reposer la tête» ! (Lc 9,58)

Des trônes, par contre, il en a eu :
pour ne parler que de ceux qui encadrent sa vie terrestre,
à sa naissance, il siège dans la mangeoire d'une étable ;
et à la fin, il termine sa course cloué sur une croix !
La crèche et la croix, voilà les emblèmes de son pouvoir.

Notre Roi parle souvent de son Royaume.
Dès le début de sa vie publique, il proclame la Bonne Nouvelle du Royaume (Lc 8,1).
Il enseigne à ses disciples les mystères du Royaume (Lc 8,10),
puis il les envoie le proclamer (9,2) et annoncer qu'il est tout proche (10,9).

D'ailleurs, les disciples ne doivent s'inquiéter de rien d'autre,
mais seulement rechercher le Royaume et sa justice,
car tout le reste leur sera donné par surcroît (Lc 12,31).

Jésus compare son Royaume à une graine de moutarde qui devient un grand arbre,
ou à un peu de levure qui fait lever toute la pâte (Lc 13,18-20).
Il affirme que ceux qui n'accueillent pas le Royaume comme les petits enfants
n'y entreront pas (Lc 18,17),
et qu'il est bien difficile à un riche d'entrer dans son Royaume (Lc 18,24).

Enfin, quand il annonce pour la troisième fois sa Passion toute proche à ses disciples,
il leur dit : «Lequel est le plus grand : celui qui est à table ou celui qui sert ?
Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.
Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves.
Et moi, je dispose pour vous du Royaume comme mon Père en a disposé pour moi :
ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume» (Lc 22, 27-30).

Voilà comment notre Roi parle de son Royaume.

Et quand arrive le temps de manifester au monde la royauté qu'il a reçue de son Père,
il étend les mains sur la croix afin de tout remettre à Dieu.
Jésus prend possession de son Règne en donnant tout :
sa vie,
sa souffrance,
sa totale solitude,
sa dépossession radicale...

On se moque de lui en lui disant :
«Si tu es roi, sauve-toi toi-même !»
Or c'est bien parce qu'il est Roi qu'il ne peut se sauver lui-même.
Il ne se possède plus.
Il est tout donné.
Il n'est plus rien.
Alors il est Roi !

Quand il parlait de son Royaume,
il avait déjà évoqué la porte étroite...
«On lui dit : Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ?
Il répond alors : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite,
car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne le pourront pas» (Lc 13,23).
 
Sur la croix, il montre que cette porte est tellement étroite
qu'elle ressemble à un mur, à un néant !
Or la voilà, la porte du Royaume :
sur la croix, il devient lui-même la Porte !

Il est la Porte, et cette porte est étroite
parce qu'elle est un scandale et une pierre d'achoppement pour ce monde.
Il est la Porte,
et cette porte est désormais ouverte pour tous les hommes.
Elle est un appel, une promesse et une espérance sans limite !

En se donnant au Père jusqu'à l'ultime,
Jésus manifeste qu'il est Fils,
un Fils qui ne garde rien pour lui-même mais se reçoit du Père.
En se donnant à nous totalement,
Jésus manifeste que Dieu est Amour,
un Amour qui nous donne tout, afin que nous devenions nous aussi des fils.

*

Mais n'y aurait-il pas un abus de langage à parler de la Royauté du Christ ?
Car si le Christ a dès à présent pris possession de son Règne,
comment se fait-il que rien n'ait changé ?
En effet, le monde gît toujours sous l'étreinte de la souffrance et du mal,
il reste prisonnier du péché et de la détresse...
Où est-il, ce Règne d'amour et de paix ?

C'est un fait que nous avons bien des difficultés à envisager la royauté
en d'autres termes que ceux du pouvoir et de la puissance.
Et puisqu'il nous faut aussi considérer le Royaume de Dieu dans la catégorie de l'Amour,
nous butons sur ce dilemme : que peut bien signifier un pouvoir de l'Amour ?
Comment considérer la toute-puissance de l'Amour ?

Le pouvoir de l'Amour célébré dans la royauté du Christ,
n'est-ce pas de nous avoir aimé le premier,
de nous aimer jusqu'à se donner à nous dans l'ultime de sa vie humaine,
afin de faire jaillir en nous l'amour qui était emprisonné et stérile ?

La toute-puissance de l'Amour rendu visible en notre Roi,
n'est-elle pas déployée dans la miséricorde étonnante
envers les pécheurs que nous sommes,
dans cette patience de Dieu qui ne désespère jamais devant nos refus,
jusqu'à ce que nous entrions enfin dans le Royaume de son Fils bien-aimé ?

Car Dieu est bien Tout-Puissant :
puissance de Vie qui donne à chacun son existence à tout moment ;
puissance de Vie qui forme en notre cœur un sanctuaire infini et éternel ;
puissance de Vie qui tient entre elles toutes les composantes de la Création.

Pour l'heure, il nous semble que nous ne voyons rien du Règne du Christ.
Pourtant, dès à présent,
toute personne qui souffre est désormais rejoint par le Christ souffrant ;
toute personne qui n'est plus rien peut désormais rencontrer Celui qui est Tout ;
toute personne qui meurt rencontre Celui qui est la Vie.

Dès maintenant, le Christ est Roi et il règne sur toute chair.
Mais son Règne est encore caché.
Seuls les plus petits le voient déjà dans la clarté,
et les croyants le contemplent à travers l'obscurité de la foi.

Mais le bon larron en a fait l'expérience.
Les pécheurs, les prostituées, les malades et les plus pauvres aussi.
Tous ceux qui acceptent de se laisser rejoindre par le Christ au cœur de leur faiblesse
découvrent que Jésus est Roi,
qu'il est Tout-Puissant dans l'Amour.

Au dernier jour,
le voile se lèvera d'un coup.
Et ce qui était caché sera dans la lumière pour toujours.
Quand le Fils aura tout «réconcilié par lui et pour lui»,
quand le sang de sa croix aura établit en tous son Règne de paix,
alors il remettra tout au Père,
et l'œuvre de la Création sera totalement accomplie.

Notre Père, que ton Fils règne sur la terre comme il règne dés à présent dans le ciel.
Ton retour est proche. Viens, Seigneur Jésus !
 

Méditer la Parole

24 novembre 2013

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

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