1e semaine de l'Avent - A

Garder le cœur en Dieu

Le Pape François nous a écrit une lettre …
Elle commence ainsi :

La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par Lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours. Dans cette Exhortation je désire m’adresser aux fidèles chrétiens, pour les inviter à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie et indiquer des voies pour la marche de l’Église dans les prochaines années.

Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée.

J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Chris ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par Lui, de Le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que «personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur».


Cette lettre est une promesse…
Le Seigneur nous promet une joie nouvelle
qui viendra dans la mesure
où nous quitterons nos nids et nos tanières
pour aller à la rencontre des autres
et leur partager la joie de l’Évangile.

Ce n’est pas une lettre pour nos bibliothèques,
c’est une lettre à mettre en pratique.
Une lettre que l’on ne comprend
que si on l’accueille comme un appel
qui s’adresse d’abord à nous personnellement.

Si nous la lisons comme un appel à la conversion des autres,
nous n’aurons pas accueilli cette lettre
et nous ne ferons pas l’expérience de joie
à laquelle le Seigneur veut nous conduire.

La clé est donc de nous décider de renoncer
à la tristesse individualiste
et à la conscience qui s’enferme sur soi
et de choisir la joie de l’évangile et de l’évangélisation.

Et c’est bien ce à quoi nous invite le temps de l’Avent.
L’Avent est un temps pour retrouver le désir de Dieu.
Moi-même qui porte le nom de moine
je peux si vite être submergé par les choses à faire,
les nécessités pastorales,
sans parler des passions qui font la guerre en moi…
Et l’on se retrouve submergé.
Notre monde intérieur est plus bruyant
que les bars de Montréal les soirs où joue le Canadien.

Le monde et ses soucis nous dévorent
et nous perdons le sens de Dieu…
Dieu n’habite plus notre regard, notre cœur, notre volonté.
Il se retrouve comme un itinérant en nous
en attente d’un regard et d’une demeure…

Jésus nous dit que le temps qui précède sa venue en gloire
est semblable aux jours de Noé :
les gens ne se sont douté de rien…
Les gens n’ont eu aucune conscience du déluge qui venait,
c’est-à-dire de la fin d’un monde qui ouvrait à une autre création.
Ils étaient tous au « Black Friday »

La comparaison avec le temps de Noé est d’autant plus forte
que Jésus nous dit que sa venue sera précédée
par toutes sortes de guerres et de cataclysmes…
mais les gens ne se doutent de rien.
Ils mangent, ils boivent, ils font la fête,
ils jouent sur internet,
ils s’envoient des courriels, ils travaillent…
mais sans se douter de ce qui vient.

Alors faut-il passer son temps à l’église
comme des grenouilles de bénitiers?

Non !
L’Évangile est clair.
Jésus nous dit que deux hommes sont au champ.
Ils sont tous les deux occupés à travailler,
mais l’un est pris l’autre laissé.
L’un est pris dans l’amour du Seigneur qui vient,
l’autre est laissé parce qu’il ne veut pas de Dieu.
Deux femmes sont à moudre le grain.
L’une est prise, l’autre laissée.
Ils sont deux sur internet : l’un est pris, l’autre laissé.

Il n’est pas question de se désengager de la vie.
Il s’agit de garder le cœur éveillé.
De rester attentifs à Dieu.
Il y a un programme que l’on ne doit jamais fermer :
c’est l’attention à Dieu ;
le désir de Dieu.
Cette vigilance du cœur qui scrute l’œuvre de Dieu,
non pas pour remplir de pages un journal intime,
mais pour nous laisser conduire par le Seigneur
pour mettre notre vie entre ses mains.

Saint Paul nous l’a rappelé tout à l’heure :
«Voici l’heure de sortir de votre sommeil.
Aujourd’hui, en effet, le salut est plus près de nous
qu’au moment où nous avons cru» (Rm 13,13).

Ces paroles de Paul sont particulièrement actuelles aujourd’hui
parce que nous vivons dans une culture
qui anesthésie notre vie spirituelle.
Le Pape parlait avant-hier
de la tentation qu’il appelle «universelle» :
Il y a tout un courant aujourd’hui
qui veut se débarrasser de la religion ;
en finir avec Dieu une bonne fois pour toutes.
Or, à l’approche de la venue en gloire de Jésus,
il y a ce que l’on voit :
les conflits et les catastrophes naturelles.
Mais il y a aussi ce que le Pape appelle la «profanation de la foi».
On ne pourra plus parler de religion,
les signes religieux seront enlevés.
et on aura l’impression que Satan sera maître de tout.
Et c’est alors que viendra le Fils de l’Homme,
que s’accomplira la victoire déjà acquise à Pâques.

Mais avant il y aura ce que le Pape appelle
«il divieto di adorazion»
le temps de l’adoration interdite…
Vous voyez l’enjeu d’un sanctuaire d’adoration aujourd’hui ?
Vous voyez le service quasi maternel
que nous avons à rendre à notre ville ?
Offrir à la ville un espace où l’on retrouve l’adoration de Dieu.

Mais l’adoration, ce n’est pas seulement ici :
elle doit accompagner notre vie quotidienne.
Le temps de l’Avent est un temps de grâce
pour retrouver cet éveil du cœur,
cette présence continuelle à Dieu.

Hier, le théologien orthodoxe John Hadjinicolaou
nous parlait de la prière du cœur :
«Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant,
prends pitié de moi, pécheur».
Et il nous disait que c’est une prière
qui peut accompagner tout notre quotidien :
à la maison, dans le métro, en faisant la file à la caisse…
Est-ce seulement pour les contemplatifs ?
Grégoire Palamas au XIVe siècle répondait ainsi :
«Qu’on n’aille pas penser, frères chrétiens
que seuls les prêtres et les moines
ont le devoir de prier continuellement,
et non les laïcs.
Non, non, tous les chrétiens ont en commun
le devoir de se trouver toujours en prière».

«Si la chose vous paraît difficile au début,
soyez sûrs et certains que le nom de notre Seigneur Jésus Christ
invoqué continuellement aplanira nos difficultés.
Avec le temps, quand nous aurons été comblés de douceur en Lui,
nous saurons d’expérience que son invocation continuelle
n’est ni impossible, ni difficile» .
«Cette prière est une lumière
qui éclaire toujours l’âme de l’homme
et allume son cœur aux flammes de l’Amour de Dieu» (id.)

«Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu,
prends pitié de moi (ou de nous)».
ou bien
«Seigneur Jésus, tu es ma joie,
envoie ton Esprit et sauve-moi».

Il s’agit de garder le cœur en prière,
de garder le cœur en Dieu.
Et c’est une source de joie,
de joie très profonde.

Quand on monte à Jérusalem pour écouter Dieu,
que se passe-t-il ?
Isaïe nous l’a dit :
On se met à transformer nos épées en socs de charrue,
et nos lances en faucilles… (cf. Is 2,4)

Quand nous rejoignons la présence de Dieu en nous,
c’est cela que nous expérimentons :
nous n’avons plus besoin de faire la guerre.
Nous laissons à Dieu le jugement
et notre vie commence à transmettre la Paix.

La Paix… et la joie toute spéciale, inimitable
de ceux qui vivent de Dieu.
Faut-il aller sur une montagne pour trouver la joie de Dieu ?
La mystique et sa joie nécessite-t-elle
de quitter nos frères et sœurs ?

Je vous lis ce que le Pape nous écrit dans sa lettre :

Quand nous vivons la mystique de nous approcher des autres, afin de rechercher leur bien, nous dilatons notre être intérieur pour recevoir les plus beaux dons du Seigneur. Chaque fois que nous rencontrons un être humain dans l’amour, nous nous mettons dans une condition qui nous permet de découvrir quelque chose de nouveau de Dieu. Chaque fois que nos yeux s’ouvrent pour reconnaître le
prochain, notre fois illumine davantage pour reconnaître Dieu.

Il en ressort que, si nous voulons grandir dans la vie spirituelle, nous ne pouvons pas cesser d’être missionnaires. L’œuvre d’évangélisation enrichit l’esprit et le cœur, nous ouvre des horizons spirituels, nous rend plus sensibles pour reconnaître l’action de l’Esprit, nous fait sortir de nos schémas spirituels limités. En même temps, un missionnaire pleinement dévoué, expérimente dans son travail le plaisir d’être une source, qui déborde et rafraîchit les autres. Seul celui qui se sent porté à chercher le bien du prochain, et désire le bonheur des autres, peut être missionnaire. Cette ouverture du cœur est source de bonheur, car «il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir» (Ac 20, 35). Personne ne vit mieux en fuyant les autres, en se cachant, en refusant de compatir et de donner, en s’enfermant dans le confort. Ce n’est rien d’autre qu’un lent suicide.


Seigneur Jésus, Tu es notre joie.
Garde nos cœurs en Toi.
Garde nos cœurs dans ta joie.
Amen.
 

Méditer la Parole

1er décembre 2013

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isae 2,1-5

Psaume 121

Romains 13,11-14

Matthieu 24, 37-44