3e semaine de l'Avent - A

Une joie si profonde !

 

Isaïe nous parle aujourd’hui d’une joie à peine croyable !
Le désert, la terre aride, la steppe, se couvrent de fleurs !
La «gloire» du Liban, la «splendeur» du Carmel
et de Sarôn leur sont données !
On verra la gloire du Seigneur,
la splendeur de notre Dieu… dans le désert ! (cf. Is 35,1-2).

Et même : le désert va sauter, danser, crier de joie !
Mais le désert danse-t-il ?
C’est notre désert, c’est notre aridité qui va crier de joie !

Quelle est l’origine de cette joie ?
Son origine c’est la «vengeance» de Dieu,
la réponse de Dieu au mal.
Et qui envoie-t-il pour répondre au mal ?
Il n’envoie personne !
Il vient lui-même nous sauver.

La «vengeance de Dieu» : c’est de nous sauver !
C’est de prendre le mal sur lui.

Isaïe nous donne alors les signes de ce salut qui vient :
«Les yeux des aveugles s’ouvrent
les oreilles des sourds s’ouvrent
le boiteux bondira… comme un cerf !» (35,5-6)
«Des eaux jailliront dans le désert» :
dans la vie dans le cœur des pauvres, des petits.

Avez-vous remarqué de quel genre de signes il s’agit ?
Est-ce qu’Isaïe parle de grands bouleversements politiques ?
Est-ce qu’il dit que Dieu fera un triomphe médiatique ?
Non !
Le salut, on le voit poindre dans le cœur
et dans la vie des petits, des pauvres,
de tous ceux qui ont un cœur de pauvres !


Voilà la Parole que le Seigneur nous adresse aujourd’hui.
Le Seigneur s’adresse à nous comme à des exilés de la vraie joie
et, avec une infinie tendresse, il nous dit :
«Ils reviendront, ceux que le Seigneur a rachetés :
Vous reviendrez, vous que le Seigneur a rachetés.
Vous arriverez à Sion avec des cris de joie.
Allégresse et joie viendront à votre rencontre,
tristesse et plaine auront pris fin» (cf. Is 35,10).

La vie chrétienne, la vie fondée sur le salut offert par Jésus
dans sa mort et sa résurrection,
est fondamentalement une vie de joie.

Vous vous souvenez de la première phrase de la lettre du Pape :
«La joie de l’Évangile réjouit le cœur
et toute la vie ce ceux qui rencontrent Jésus». 

Et, plus loin : «avec Jésus Christ,
la joie naît et renaît toujours» (id.).


Mais essayons de creuser un peu cela
parce que, de fait, cette joie, 
elle n’est pas toujours au rendez-vous dans nos cœurs…
N’est-ce pas ?

Pour cela, il nous faut aller dans l’Évangile de ce dimanche.
J’y suis allé, j’ai cherché,
et j’ai fini par repérer une pépite d’or.
Une pépite de joie.
La voici : «Heureux est-il celui
qui ne sera pas scandalisé par moi !» (Mt 11,6).

C’est une parole de Jésus.
Dans quel contexte ?
Jean-Baptiste est en prison,
sans doute dans les sous-sols lugubres
de la forteresse de Machéronte.
En prison parce qu’il a dit la vérité à Hérode
et que cela ne lui a pas plus.

Là, Jean entend parler de ce que fait Jésus.
Et il n’entend pas parler de jugements tranchants ;
ni de condamnations violentes ;
ni de châtiments, ni d’un royaume qui se voit…

Or Jean attendait et avait annoncé
un Messie-Juge qui allait remettre de l’ordre sans ménagement.
Certes, sous l’action de l’Esprit,
il avait désigné Jésus comme Agneau de Dieu
comme celui qui allait souffrir avec une douceur
et une humilité pas ordinaires,
mais tout de même…

Ainsi Jean envoie des messagers à Jésus
avec la question qui pèse lourd sur son cœur :
«Es-tu celui qui doit venir
– c’est-à-dire le Roi Messie qui sauve le peuple
et établit le Royaume de Dieu –
ou faut-il en attendre un autre ?» (Mt 11,3).

Que répond Jésus ?
Voici sa réponse :
«Allez annoncer à Jean ce que vous voyez et entendez :
des aveugles voient et des boiteux marchent !
Des lépreux sont purs et des sourds entendent !
Des morts se réveillent
et aux pauvres est annoncé la Bonne Nouvelle !» (Mt 11,4-5).

Vous reconnaissez l’annonce faite par Isaïe.
Pour Jean qui connaît parfaitement l’Écriture,
c’est un langage très clair :
oui, le Messie est bien là,
et tu n’as pas à en attendre un autre.

Or Jésus ajoute une phrase, toujours adressée à Jean :
«Heureux celui qui ne se scandalisera pas à cause de moi».

Que signifie ce «scandale» ?
Pourquoi Jean se scandaliserait-il ?

Jean se scandaliserait si,
voyant que Jésus ne procède pas à un grand ménage,
à une grande révolution religieuse et sociale,
il disait : «Il fait des signes, oui,
mais ce n’est pas le Messie.
Dieu est grand, il est le Très-Haut, le Tout puissant.
Donc ses œuvres sont des œuvres de puissance qui se voient,
qui changent du tout au tout la face du monde.
L’œuvre de Dieu n’est pas comme du levain dans la pâte
qui agit discrètement en en silence
Non… Jésus n’est pas le Messie de Dieu.
Je reste sur mes positions vis-à-vis d’Hérode
parce que je tiens à la justice.
Je reconnais la sainteté de Jésus,
mais ce ne peut pas être lui le sauveur du monde…».

Voilà ce que donnerait un Jean scandalisé.

Mais… heureux celui qui ne perd pas confiance en Jésus
à l’heure de l’épreuve.
Heureux celui qui ne se scandalisera pas
à cause de Jésus pauvre et crucifié.
Heureux celui qui fait confiance en un Royaume
qui n’est pas de ce monde.
Heureux celui qui aime ce Royaume
qui est comme le levain dans la pâte.
La joie, la joie véritable,
la joie de l’Évangile, la voilà !

La joie véritable n’est pas de posséder qui que ce soit :
elle est dans la certitude que Dieu est à l’œuvre.
Que le Salut est là,
déjà dans la personne de Jésus.
Le Royaume de Dieu n’est pas et ne sera jamais
dans un pouvoir de ce monde,
dans des effets médiatiques.
Il est dans le cœur du monde.
Il est dans le fond de ton cœur.
Il est dans l’être même de toute la création.
On ne le voit pas comme on voit les choses de ce monde.
Mais il est là.
Et le croire,
c’est cela la vraie joie.
On ne trouve et on ne trouvera jamais la joie
dans ce que l’on possède.
Mettre sa joie dans la possession d’une chose ou d’une personne,
c’est être possédé par cette chose ou cette personne,
et il n’y a là aucune joie, bien au contraire,
nous le savons tous par expérience.
Aussi la joie est inséparable de la patience, de l’attente, du désir.
«Prenez patience, frères, jusqu’à la venue du Seigneur,
nous a dit saint Jacques.
Voyez le cultivateur :
il attend le fruit précieux de la terre
sans s’impatienter à son propos. (…)
Vous aussi, prenez patience, ayez le cœur ferme,
car la venue du Seigneur est proche» (Jc 5, 7-8).

La joie chrétienne est inséparable de la patience.

Vous voyez l’effet pernicieux de la publicité ?
Elle nous enferme dans la culture
de la consommation, de la possession.

La joie véritable, c’est un don de l’Esprit Saint
– que je demande pour nous tous, ce matin –
qui dépose en nous la certitude,
ou mieux la confiance que le salut est donné,
que la Résurrection déjà accomplie en Jésus
s’accomplit mystérieusement dans le cœur du monde.

La grandeur de Jean, c’est de ne pas s’être scandalisé,
c’est d’avoir accueilli cette joie
sans être témoin de la Résurrection.
C’est pour cela que Jean est le plus grand
des enfants des hommes… (cf. Mt 11,11).


Je voudrais tant que vous la goûtiez tous cette joie…
Elle n’est liée à aucune possession,
à aucun statut social, à aucun statut religieux.

Elle est la certitude toute confiante
que le salut est à l’œuvre y compris dans nos coups durs,
nos épreuves, nos peines, nos dépressions…


Je voudrais finir par une illustration très concrète
de ce que je vous partage là.
Le temps de Noël, «le temps des Fêtes»
est un temps très délicat…
Parce que c’est un temps chargé de beaucoup de nostalgies,
un temps chargé de beaucoup d’attentes affectives et émotives.
Or souvent, très souvent, on s’approche de Noël
et on vit Noël sans recevoir ce que l’on attend affectivement
pour toutes sortes de raisons,
surtout liées aux circonstances familiales.
Et les fêtes peuvent être très rudes
et beaucoup cachent leur peine.

C’est là qu’il faut nous souvenir que la joie la plus profonde
nous ne la trouverons jamais dans des biens affectifs.
La vraie joie est en Celui qui est là avec son Royaume
caché au cœur du monde,
en celui qui se donne à nous avec un amour illimité…
Si nous comprenons cela avec le cœur,
au lieu de sortir de Noël tristes et frustrés
parce que nous n’avons pas reçu l’affection désirée,
nous en sortirons heureux, renouvelés,
et chaque petit geste d’affection dont nous aurons été témoins
sera comme un petit «plus» de joie.

Et surtout, surtout, habités par la joie de Jésus,
nous ne serons plus centrés sur nos besoins à nous,
mais nous aurons toute une énergie
pour rendre vraiment beau le Noël des autres
et spécialement des plus pauvres, des plus exclus.


Seigneur Jésus, fais descendre sur nous ton Esprit Saint,
alors sans te voir, nous t’aimerons ;
sans te voir, nous croirons
et nous exulterons d’une joie ineffable et glorieuse (cf. 1 P 1,8-9).

 

Méditer la Parole

15 décembre 2013

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isae 35,1-6.10

Psaume 145

Jacques 5,7-10

Matthieu 11,2-11