Nuit de la Nativité - A

Naissance de l'Homme

La naissance d'un enfant est une joie qu'il est difficile de contenir !
Joie de l'amour qui porte un fruit de vie.
Joie d'un commencement inouï, merveille d'une vie nouvelle.
Joie de la tendresse, de la beauté fragile d'un tout-petit.

On découvre alors en soi le tressaillement de l'amour,
avec ses sentiments si puissants :
désir de protéger, de nourrir, d'embrasser...
désir d'éveiller à la vie, à la joie, à un sourire...
désir de se donner en recevant le mystère de ce petit qui est déjà un autre.

La naissance d'un enfant est une merveille si profonde !

Or ce soir, nous ne nous réjouissons pas seulement pour la naissance d'un homme.
Nous célébrons la nativité de celui dont Pilate dira un jour : «Voici l'Homme !» (Jn 19,5).

Le nouveau-né qui nous est donné, en effet,
est celui que toute la création attendait depuis toujours,
que notre vie d'homme ou de femme porte en lui comme un désir de feu.
Il est l'accomplissement de l'œuvre du Père,
la récapitulation des tâtonnements
et des recherches de tous les hommes depuis le commencement...
Il est l'Homme !

Mais, me direz-vous peut-être,
n'attendez pas trop avant de dire aussi qu'il est Dieu.
Jésus, vrai homme et vrai Dieu : voilà notre foi !

Pourtant, je vous propose de commencer par contempler en cet enfant
celui qui est pleinement l'Homme.
Car savons-nous encore ce que c'est qu'être pleinement homme ?

Un homme ou une femme est une merveille aux yeux de Dieu.
Dieu s'attendrit autant en nous voyant
lorsque nous prenons délicatement un nouveau-né dans nos bras.
Le Créateur a voulu l'homme et la femme pour y déverser tout son amour.
L'homme est fragile, vulnérable,
un rien peut le blesser, le souiller ou le briser.
Pourtant, il est porteur d'une espérance invincible,
une capacité à de nouveaux commencements, à accueillir encore la lumière...
Un rien peut arrêter sa vie,
mais rien ne peut arrêter ce qu'il est en réalité.
Ce qu'on en voit n'est que la partie visible d'un invisible plus grand encore.

En cet invisible consiste tout le mystère de son être.
Car on ne peut pas en faire une description :
ce que je suis, ce que tu es,
c'est d'abord une potentialité immense d'amour et de vigueur,
de force et de sensibilité,
une capacité à déplacer les montagnes et à communiquer la vie.

En Jésus seul nous est manifesté ce qu'est vraiment l'Homme.
En voyant l'enfant Jésus,
nous savons qu'il porte en lui l'accomplissement de notre humanité :
il allie la vulnérabilité, l'humilité et la simplicité de cœur
avec la force de l'amour qui se donne.

Or s'il peut se donner ainsi,
c'est qu'à tout moment, il se reçoit d'un autre.
Il reçoit son humanité en naissant comme tout homme,
il reçoit la gloire des anges et de Dieu,
il reçoit de Marie et Joseph sa nourriture, son éducation, la tendresse,
il reçoit la Loi et les Écritures de son peuple juif,
il reçoit sa mission de son Père céleste,
il reçoit tout ce qu'il est, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait...

Jésus, dès le commencement, est tout donné parce qu'il est tout accueil.
Il nous montre ainsi la plénitude de l'Homme.

Dès lors, il ressaisit en lui la totalité de notre humanité
dans la mesure où nous l'accueillons comme un enfant.
Je veux dire tout à la fois si nous l'accueillons
en tant qu'il se fait l'un des nôtres en devenant enfant,
et si nous devenons nous-mêmes comme un enfant pour l'accueillir :
recevant tout de lui pour pouvoir à notre tour donner tout !

En contemplant le corps fragile et délicat de l'enfant Jésus,
en contemplant plus tard son corps humain fatigué qui, un jour,
va être transfiguré devant les disciples,
en prenant en nos bras non seulement l'enfant, mais aussi le corps du Crucifié,
en acceptant de mettre nos mains dans les plaies du Ressuscité,
nous pouvons comprendre peu à peu que l'Homme Jésus nous ouvre à notre propre avenir.

Il est l'Homme accompli
dans la mesure où il remodèle en son corps la forme de notre humanité.
Son corps merveilleux, déposé dans la crèche, est modelé pour accueillir la grâce.

Il est comme des mains qui recueillent l'eau vive à même la source
pour donner à boire à tous ceux qui ont soif.

Petites mains de l'enfant Jésus qui reposent sur le sein de Marie.
Mains du Rabbi qui guérissent les malades et chassent les démons.
Mains ouvertes sur la croix qui bénissent les hommes et ne les condamnent pas.
Les mains de Jésus sont comme le prolongement du cœur du Père.

Il est aussi comme un visage qui reflète la pure lumière
pour faire resplendir tous ceux qui le contemplent.

Visage de l'enfant Jésus duquel diffuse une douce présence.
Visage du Christ donnant à voir la parfaite image du Père.
Visage du Crucifié où la souffrance crie encore la douceur de l'Amour.
Le visage de Jésus donne à voir par anticipation l'accomplissement de la création.

Car ces mains et ce visage, s'ils montrent les mains et le visage du Père,
montrent tout autant les mains et le visage de l'Homme réconcilié avec lui-même,
réconcilié avec son origine divine.
En Jésus, on voit tout l'homme et tout homme.

À force de contempler Jésus,
on découvre peu à peu la ressemblance de Dieu dans le visage de toute personne humaine,
on découvre le projet de communion de Dieu : réunir tous les hommes en un seul corps.
On découvre que ce petit enfant divin doit devenir tout en tous.

Le corps de l'enfant Jésus est le commencement du corps qui est l'Église.

Ce soir, il nous faut accueillir l'enfant Jésus de tout notre cœur
comme celui qui est l'Homme par excellence.
En l'aimant, que notre cœur apprenne à aimer tout homme.
En le recevant si vulnérable, que nos mains apprennent la délicatesse de l'amour.
En laissant tomber nos peurs, que cet enfant nous apprenne à recevoir notre vie d'en haut.

Ce soir, Dieu met au monde un Fils
afin que les fils des hommes deviennent Fils de Dieu.
Laissons-nous façonner dans les mains de l'Amour,
recevons la grâce qui se donne là en abondance.
Car c'est pour que grandisse le corps où tous trouveront la paix et la joie dans l'unité.

Voilà ce que fait l'amour invincible de notre Dieu !
 

Méditer la Parole

24 décembre 2013

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isae 9,1-6

Tite 2,11-14

Luc 2,1-14