Nuit de la Nativité - A

Voir, croire et annoncer

L’Enfant est là, couché dans la crèche.
Le nouveau-né dort.
Dans une simplicité déconcertante,
Dieu s’est fait homme.
Dieu s’est fait l’un de nous.
Dieu est venu à notre rencontre.
Si nous sommes présents ici, en cette nuit, frères et sœurs,
bravant averses et bourrasques,
c’est pour ne pas nous laisser voler la joie de Noël.
Dieu nous invite à voir l’Enfant
et à nous réjouir de sa présence.
Dieu nous convoque pour croire qu’en cet Enfant,
c’est Dieu qui s’abaisse pour nous dire tout son amour.
Et enfin, Dieu nous envoie pour annoncer à nos frères
la joie de l’Évangile, la joie du Christ Sauveur.

Que sommes-nous donc venus voir
en cette nuit de Noël ?
Tout d’abord un enfant qui vient de naître.
Son nom est Jésus.
Il est Roi et pourtant son trône est une mangeoire !
Doux et humble, il se laisse recevoir des autres.
Ses parents, Marie et Joseph ne le quittent pas des yeux.
Ils sont tout appliqués dans ces gestes nouveaux pour eux,
dans ces gestes qui les constituent père et mère.
Sur le visage du nouveau-né se lisent
les signes de l’avènement d’un monde nouveau.
À travers cet Enfant, nous voyons une lumière
qui se lève dans les ténèbres de ce monde.
Nous voyons la joie qui s’imprime
sur les visages dissipant toute fatigue, toute tristesse,
Nous voyons une espérance renaître pour ceux qui,
tels les bergers, travaillent dans la nuit,
cherchant comme à tâtons un sens à leur vie.
Nous voyons finalement un peu de ciel
descendre sur la terre.
Nous voyons le temps s’arrêter un instant
pour goûter à quelque chose de l’éternité.
Frères et sœurs, ne nous laissons pas voler
notre joie de voir cet Enfant-Roi !
Allons à lui et cherchons son visage !

Mais Dieu veut nous faire voir des choses bien plus grandes encore.
Pour cela, un pas de plus est nécessaire : celui de la foi.
Qu’avons-nous donc à croire en cette nuit de Noël ?
Dans cet Enfant qui vient de naître,
nous adorons Dieu qui s’est rendu visible à nos yeux.
Quelle joie que de croire en un Dieu
qui se laisse voir sous les traits d’un enfant !
Dieu n’est pas lointain…
Il s’est fait tout proche de nous.
Dieu n’est pas le Très-Haut impassible…
Il s’est fait le Très-bas vulnérable au point d’assumer
toute notre nature humaine jusque dans ses faiblesses.
Dieu n’est pas un juge qui condamne…
Il s’est impliqué pour nous sauver
et nous manifester sa tendresse.
Dieu, personne ne l’a jamais vu,
mais en Jésus, il nous révèle son vrai visage
d’amour et de compassion.
Le Créateur est venu chercher sa créature en assumant sa finitude.
Notre humanité en est toute bouleversée.
Dieu a visité notre chair humaine,
unissant en Jésus divinité et humanité.
Nous sommes appelés à croire
en un Christ bien incarné, chair de notre chair.
Et un Dieu-Père qui se fait notre frère
pour nous apprendre à aimer
ceux que nous côtoyons,
à tisser des liens d’alliance
qui forment la communauté humaine,
à poser des actes de réconciliation
qui brisent les murs qui nous isolent
les uns des autres.

Finalement nous sommes convoqués par
cet Enfant Dieu qui se livre à nous, désarmé  et innocent,
à croire en l’amour qui est le seul remède
contre le mal, la guerre et la mort.
Alors qu’un engrenage infernal rendait
l’homme esclave du mal,
Dieu-petit enfant a interrompu
la transmission du péché des origines
de génération en génération.
Tous ceux qui vivent reliés à Jésus
transmettent désormais la vie, le bien,
la joie, l’amour !
Frères et sœurs, ne nous laissons pas voler
la joie de croire en un Dieu fait homme !
Allons vers nos frères et nous trouverons en eux
son Visage de paix et de lumière.

Voir, puis croire.
Mais cela ne suffit pas encore.
Ce que nous avons vu de nos yeux,
ce que nous avons contemplé,
ce que nos mains ont touché du Verbe de vie,
il nous faut maintenant en rendre témoignage (cf. 1 Jn 1,1-2).
Comment allons-nous donc annoncer
la joie de l’Évangile dans notre monde ?
Dieu a pris l’initiative à la plénitude des temps (Ga 4,4)
de naître dans notre monde.
À nous désormais de prendre l’initiative
de faire naître Jésus dans le cœur de nos frères et sœurs.
L’annonce de l’Évangile est un enfantement.
Le plus beau présent que nous ayons à offrir en ce Noël,
c’est Jésus…. mais en sommes-nous convaincus ?
L’Évangile doit nous brûler intérieurement
et faire de nous des porteurs de la Bonne Nouvelle.
Ne rougissons pas de l’Évangile,
de ce trésor que nous portons certes
dans des vases d’argile, mais
qui peut renouveler la face de la terre.
Dans son Exhortation La joie de l’Évangile,
le pape François nous appelle à être
un « Église en sortie » (n°24).
Cette Église-là va à la rencontre de l’assoiffé,
chercher ceux qui sont loin
et inviter à la croisée des chemins
les pauvres et les exclus qui sont privés
de la joie de Noël.
N’oublions pas les bergers de notre temps
qui attendent d’être évangélisés
comme le furent ceux de Bethléem
par l’ange de Dieu lui-même.
Dans l’Enfant de la crèche,
nous comprenons jusqu’où Dieu est capable
de nous aimer pour nous ramener vers lui
et nous combler  de son amour.
Soyons prophètes de cette miséricorde divine
dans le monde.
Que nos visages disent notre joie
d’être chrétiens, d’être tout entiers
à ce Jésus de Nazareth
qui ouvre une faille d’éternité
dans l’épaisseur de notre humanité.
Que nos paroles disent notre joie
d’être pétris de la Parole de Dieu
qui nourrit, relève, guérit, ressuscite les morts !
Que nos mains aient la joie de trouver
d’autres mains pour bâtir la fraternité
où chacun se sait aimé, pardonné, estimé.
Que nos cœurs s’unissent dans la joie
de prier, de louer, d’intercéder ensemble,
formant en Église le corps mystique du Christ.
« Sortons, sortons pour offrir à tous
la vie de Jésus-Christ », dit le Saint-Père (n°49).
« Si quelque chose doit saintement
nous préoccuper et inquiéter notre conscience,
c’est que tant de nos frères vivent
sans la force, la lumière et la consolation
de l’amitié de Jésus-Christ,
sans une communauté de foi qui les accueille,
sans un horizon de sens et de vie. »
Frères et sœurs, ne nous laissons pas voler la joie
d’annoncer que Jésus est notre Sauveur et notre espérance.

En cette nuit de Noël,
voir sans croire serait réduire l’Évangile
à un récit, certes beau,
mais impuissant à changer notre aujourd’hui.
Mais plus encore, croire sans annoncer
consisterait à mettre la lampe de l’Évangile sous le boisseau
au risque de lui faire perdre son éclat et sa joie.
Or, frères et sœurs, nous sommes un peuple en marche,
un peuple appelé à sortir des ténèbres
pour aller vers la lumière,
un peuple convoqué à être Église
et ferment de Dieu au sein de l’humanité.
Voir, croire, annoncer, c’est être en croissance de vie,
c’est faire de chaque jour une Nativité
où Jésus vient naître en nous et par nous dans le monde,
jusqu’au jour ultime de notre mort, du Dies natalis,
où tous, nous renaîtrons en Christ.
Ce jour-là, nous verrons Dieu face à face
dans une béatitude éternelle,
et nous pourrons à jamais contempler son Visage.

 

Méditer la Parole

24 décembre 2013

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

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Tite 2,11-14

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