Nativité du Seigneur - A

Le Verbe qui se fait chair !

Vous souvenez-vous des premiers mots de toute la Bible ?
«Au commencement, Dieu créa…» (Gn 1,1).
Au commencement il y a Dieu.
Il y a Dieu le Père,
mais, nous venons de l’entendre,
au commencement il y a aussi un «reflet de la gloire du Père»
qui est «l’expression parfaite de son être» (He 1,3)
Celui qui est la Parole de Dieu.

De la création, il est comme le Maître d’œuvre :
«Tout fut par lui…» (Jn 1,3).
Et quand tout vient à l’être par lui,
lui-même n’abandonne pas cet univers qui jaillit :
Il ne cesse d’y venir (Jn 1,9).

Ce Dieu reflet resplendissant de Dieu
est présent dans le monde,
dans tout ce que nous voyons,
dans l’univers, de l’infiniment petit à l’infiniment grand.
Il est comme l’enchantement caché de l’univers.
Une présence d’amour qui se dit, qui s’offre.

Qui s’offre pour éclairer nos obscurités (cf. Jn 1,5).
Qui s’offre pour que nous reconnaissions, son mystère (cf. Jn 1,10).
Qui s’offre pour que nous le gardions auprès de nous (cf. Jn 1,11).

Le monde n’est pas un chaos, fait de hasard et de nécessités.
Il porte une raison d’être, un logos.
Il est habité par une logique d’amour.
Il est continuellement visité
par Celui que l’on appelle le «Verbe de Dieu» (cf. Jn 1,1),
et dont Jean nous dit qu’Il est «Lumière et Vie».

Lui est auprès de tout humain Lumière et Vie qui s’offre,
comme une mystérieuse source
cachée dans un silence d’amour.

Il est là pour être Lumière, pour être Vie…
Au creux de tout être…

Et parfois il scintille,
nous offrant des étincelles de lui-même,
des étincelles du Verbe,
des étincelles de Lumière et de Vie.

Je pense à Édith Stein,
cette jeune intellectuelle travaillée
par une longue quête de sens
qui dans une nuit de juin 1921 à Berzaben,
en lisant l’autobiographie de Thérèse d’Avila,
découvre que Dieu est la Vérité.

«La Vérité qui a daigné Se révéler à mon âme est l’essence même de la Vérité, qui n’a ni commen¬cement ni fin. De cette vérité, dépendent toutes vérités» (v. 40,4).

Étincelles de lumière,
étincelles du Verbe.

Je pense à un grand scientifique russe, Paul Florentski
qui avait reçu une éducation complètement agnostique
au point d’éprouver une véritable hostilité
envers tout enseignement religieux.
Une nuit de l’été 1899, Paul se sentit plonger dans les ténèbres.
Il se sentait comme enfermé dans un puits de mine.
C’était comme la sensation d’être enterré vif.
Et il témoigne ainsi :

«C’était comme la sensation d’être enterré vif, en ayant au-dessus de sa tête des kilomètres de terre noire impénétrable. J’avais la sensation que désormais personne ne pourrait m’aider.

Dans cet instant, un rayon ténu, qui était peut-être une lumière invisible ou un son inaudible, apporta un nom, celui de DIEU. Ce n’était encore ni une illumination ni une renaissance, mais seulement la nouvelle d’une lumière possible. Une nouvelle porteuse d’espoir et avec elle, la conscience tumultueuse et soudaine que c’était ou la mort, ou le salut par ce nom et par aucun autre. Je ne savais ni comment le salut pouvait être donné, ni pourquoi. Je ne com¬prenais pas où j’étais tombé. Mais je me trouvais confronté à un fait nouveau, aussi incompréhensible qu’indiscutable : l’existence d’une région des ténèbres et de la mort, et le salut en elle.
Ce fut pour moi une révélation, une découverte, un choc.
Comme réveillé par une force extérieure, et sans savoir moi-même pourquoi, mais faisant le bilan de tout ce que j’avais vécu, je m’écriai très fort dans ma chambre : ‘Non ! On ne peut pas vivre sans Dieu !’»

Étincelles de Vie.
Étincelles du Verbe.

Je pense enfin à une jeune hollandaise d’origine juive,
Etty Hillesum, qui mourra à Auschwitz.
Initialement éloignée de Dieu
et n’ayant aucune pratique religieuse,
elle est visitée par une insaisissable lumière intérieure,
elle découvre une présence aimante :

«Un puits très profond est en moi, et Dieu est dans ce puits. Parfois j’arrive à le rejoindre, le plus souvent la pierre et le sable le recouvrent : alors Dieu est enterré. Il faut à  nouveau le déterrer.»

Elle qui jadis ne savait pas prononcer le nom de Dieu, fit le 12 juillet 1942 cette prière :
«Je vais t’aider mon Dieu à ne pas t’éteindre en moi…»

Étincelle de lumière.
Étincelles du Verbe.

Et combien de témoignages,
combien d’histoires on pourrait raconter…

Présence mystérieuse du Verbe
qui étincelle de Lumière et de Vie dans l’histoire,
et dont le désir est, je le redis,
d’éclairer nos obscurités,
d’être reconnu dans son mystère éternellement pascal
et de demeurer au plus intense de notre oui, de notre foi.

Dans quel but ?
Pour nous faire devenir en lui,
«enfants de Die ».

Et quand nos ténèbres ne veulent pas de sa Lumière,
quand nous ne le reconnaissons pas,
quand nous sommes incapables de l’accueillir
dans l’intime de notre foi,
que fait-il ?

Est-ce qu’il abandonne son projet de nous faire enfants de Dieu ?
Est-ce qu’il nous abandonne comme un rebut ?

Non !
Il continue, il va jusqu’au bout de l’amour,
il va jusqu’au bout du projet d’amour du Père :
lui qui est Dieu,
lui qui est de condition divine,
il «ne retient pas comme un trésor jaloux son égalité avec Dieu
mais il s’anéantit Lui-même» (cf. Ph 2,6-11).
Il «se fait chair» (Jn 1,14).

Chair, c’est-à-dire humain dans la fragilité humaine…
Pas sur-homme.
Pas géant.
Pas héros
Pas génie.
En tout semblable à nous.

Il a été porté comme toi dans le sein d’une mère…
Il est né dans la plus grande simplicité.
Et plus que dans la simplicité…
Il a été déposé dans une mangeoire pour être consommé.
pour que tu le consommes…

Ce qu’il est dans le monde
Ce qu’il est dans ses étincelles de lumière et de vie,
il l’est aussi dans son humanité :
Lumière et Vie.

Il connait les ténèbres de mon âme et de ton âme.
Et il vient à nous tout petit enfant
comme un rayon de lumière…

Il sait ce qui, en nous, ne vit plus ou n’a jamais pu vivre.
Et il vient à nous dans l’innocence d’un enfant
pour nous faire vivre, de l’intérieur.

Il vient en toi.
Il voudrait grandir en toi.
Est-ce que tu le lui permets ?

Et à mesure que nous le laisserons grandir en nous,
nous verrons sa gloire,
la gloire qu’il ne tient pas de lui seul…
«La gloire qu’il tient de son Père».
La gloire de sa continuelle offrande où il s’appauvrit vers le Père
et de sa continuelle restauration où il se reçoit du Père.

Qu’il sera beau en toi.
Et que tu seras beau en lui
si tu le laisses investir et même envahir
toutes les fibres de ton être
à commencer par tes fragilités le plus cachées.

Il répandra en nous ce qu’il est, ce qu’il a :
la grâce et la vérité.

«Par lui, nous est donnée la grâce»
– c’est-à-dire la beauté, le charme –
du don tout gratuit de Dieu
qu’on ne peut mériter et dont on ne peut s’approprier.

Tu deviens beau
dans la mesure où tu ne t’appropries rien
de ce que Dieu te donne…

Et la vérité,
c’est la fidélité de Dieu qui demeure
quand tout semble perdu
et qu’il te semble que tu sombres dans le non-être.

Voilà ce que nous donne le Verbe qui vient en toi se faire chair…

Alors nos yeux s’ouvrent sur le visage… du Père !
Car si «personne n’a jamais vu Dieu» (Jn 1,18),
lui, le Verbe de Lumière et de Vie, nous le révèle.

Littéralement, il conduit le Père hors du mystère…
et nos yeux s’ouvrent, émus, émerveillés,
sur la tendresse du Père.

Le Verbe qui habite la Création…
c’est le Père qui parle, qui appelle ses enfants.

Le Verbe qui étincelle de Lumière et de vie en Israël
et dans le monde entier…
c’est le Père qui appelle plus fort ses enfants perdus dans la nuit.

Le Verbe qui se fait chair et de la crèche  la croix
manifeste sa gloire …
c’est le Père qui lance un grand cri d’amour
pour ne perdre aucun, aucun, de ses enfants.

Noël, c’est le cœur du Père mis à nu…
Son jeu est dévoilé…
Il n’y a plus l’ombre d’un doute : Dieu est amour !

Alors les guetteurs dont parle Isaïe
les guetteurs de sens, insatisfaits des seules guirlandes de Noël
«poussent des cris de joie»…  (cf. Is 52,8)
car «les yeux dans les yeux, ils voient le Seigneur
en train de regagner Sion», (Is 52,9)
en train de tendresser la ville. Quelle merveille !

*

Frères et sœurs, ces guetteurs qui ont aperçu l’amour de Dieu
et qui l’annoncent
cette nuit c’étaient les bergers,
ce matin, c’est nous…

C’est nous qui avons à ensemencer la ville
des semences de l’Évangile !
C’est nous qui portons pour la ville
les semences de la grâce et de la Vérité !
C’est nous que le Pape appelle à sortir
pour semer dans le cœur des citoyens
et d’abord des pauvres,
la «joie de l’Évangile».

Frères et sœurs… ne laissez pas cet appel
comme une belle idée à laquelle on pensera un autre jour.

Je vous invite aujourd’hui ou dans les tous prochains jours
à prendre soin d’une manière ou d’une autre
d’un pauvre, d’une personne fragile.
Faites la fête à un pauvre et vous aurez le cœur en joie !

Et puis… je vous propose – à plus long terme –
d’adopter secrètement dans la prière
une personne qui ne connait pas le Seigneur
et de prier pour elle à partir de maintenant pendant 9 mois.
Et dans 9 mois autour du 25 septembre
nous ferons une fête pour les citoyens ici,
à laquelle vous pourrez inviter cette personne.

Il faut que nous découvrions notre maternité…

Et pour cela je confie à Marie notre grossesse ecclésiale !

Une communauté qui n’enfante pas
et ne prend pas soin des pauvres
et une communauté malade !!
Mais avec Marie,
par pure grâce,
mais aussi avec l’audace pour sortir de nos zones de confort… nous serons en santé
pour la joie du Père qui nous aime et nous bénit
en débordant de joie !
 

Méditer la Parole

25 décembre 2013

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isae 52,7-10

Psaume 97

Hbreux 1,1-6

Jean 1,1,18