Vigiles de la Mère de Dieu - A

Marie retenait tous ces événements dans son cœur

Chers frères et sœurs,
vous auriez pu vivre ce réveillon autrement !
Vous aviez peut-être une invitation chez des amis ?
Sinon vous auriez pu organiser quelque chose chez vous…
Mais vous avez choisi de vivre
ce tout premier instant de l’année nouvelle, ici, dans la prière.
Peut-être parce que vous n’avez pas d’ami
pour vous inviter...
Peut-être parce que vous n’aviez ni le désir,
ni la possibilité d’organiser quelque chose,
et alors vous avez cherché dans l’Église, votre famille.
Et cela est très juste, très vrai.

Mais c’est pour autre chose que vous êtes venus.
Fondamentalement, c’est parce que vous êtes animés
par la foi.
Quelque chose vous a fait sentir, au fond de vous,
que la prière était la façon la plus belle,
la plus juste d’entrer dans cette nouvelle année.
Pourquoi ?
Parce que vous sentez
que le temps a quelque chose de sacré !
Vous ne voulez pas entrer n’importe comment,
dans cette nouvelle année, dans ce nouveau temps.
Vous sentez du fond de votre foi
que le temps appartient à Dieu,
que le temps est don de Dieu.

Et en vivant dans la prière
les premiers instants de cette année,
vous voulez en quelque sorte la consacrer,
un peu comme le peuple d’Israël
offrait les premières gerbes de blé
pour consacrer toute la moisson (Ex 23,1).
Oui, frères et sœurs vous avez raison !
Le temps est sacré !
Le temps est sacré parce qu’il est don de Dieu,
c’est-à dire un don de l’Amour.

L’amour donne du temps,
L’amour donne toujours du temps…
C’est même le propre de l’amour
que de savoir laisser à l’autre le temps dont il a besoin.
Déjà, dans notre expérience humaine nous le pressentons, quand on aime, on donne du temps,
quand on aime, on laisse à l’autre le temps.
Le temps de quoi ?
Le temps de répondre !
Le temps de devenir vraiment libre,
libre pour dire : «oui ».
Ainsi à un niveau infiniment plus grand,
Dieu nous donne le temps, parce qu’il nous aime.
«Dieu est Amour» (1 Jn 4,16),
et c’est à cause de cela qu’il a créé le temps.
Il nous donne du temps
pour que nous puissions répondre à cet amour.
Bien sûr, il veut nous donner l’éternité
mais comme le fruit de l’Alliance :
Avant l’éternité il y a le temps de la Promesse,
le temps du don, le temps de l’accueil,
le temps d’être vraiment libre.
 
Dieu nous a créés dans le temps parce qu’il nous veut libre,
il nous aime.
Ce temps de la création n’a donc qu’un seul but,
un seul sens, et c’est une révélation :
le temps est là pour permettre notre «oui».

Il faut des millions d’années pour créer un seul diamant,
et alors, soudain, la matière
devient, étonnamment, transparente à la lumière.
Combien plus de temps fallait-il, pour que, du cosmos
surgisse, peu à peu, le miracle de la liberté humaine !
Et que cette liberté, sortant de sa gangue, s’ouvre progressivement à la lumière venue d’en haut,
à la lumière divine.
Mais le jour où, une liberté humaine
s’ouvrirait totalement à Dieu,
le jour où, la créature répondrait par un «oui» total,
un «oui» pur comme un diamant,
alors le but du temps serait atteint.
Ce serait «la plénitude du temps» (Ga 4,4).

C’est ce qui s’est passé la toute première fois
dans le «oui» de la Vierge Marie,
le «oui» immaculé de Marie.
«À la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils
né d’une femme » (Ga 4,4).
Ce «oui» pur de Marie est sorti de l’histoire,
de l’histoire douloureuse d’Israël,
comme un diamant sort du feu et de la terre.
Alors le diamant de la liberté humaine
et la lumière divine se sont unis.
Le temps s’est ouvert à l’Éternité,
et l’Éternité est entrée dans le temps.
C’est l’éclat incomparable du Christ,
«Lumière née de la Lumière» (symbole de Nicée-Constantinople)
et Vérité qui a germé de la terre (Ps 85).
En lui le Créateur et la création se sont unis,
tout est accompli.
L’Éternité entre dans le temps
et le temps plonge dans l’Éternité.

Désormais tout le sens de notre vie,
tout le but du temps,
de notre temps, de notre durée,
du temps qu’il nous reste à vivre ici-bas,
c’est d’accueillir cet unique trésor qu’est le Christ,
la merveille des merveilles,
l’Homme-Dieu qui nous ouvre l’Éternité.
Oui il est la Paix, comme nous l’avons chanté,
il est la Paix véritable parce qu’il est en personne
l’unité entre l’homme et Dieu,
l’achèvement de tous nos désirs,
la réconciliation avec le Père,
la réconciliation entre les frères.
Il est en personne l’Alliance nouvelle et éternelle (He 13,20)
qu’il nous donne déjà de goûter dans l’Eucharistie.

Alors, frères et sœurs, année après année, jour après jour, disons «oui» à la Présence de Jésus,
c’est cela le sens du temps.
Il ne nous est pas demandé d’être dignes de lui,
mais de nous ouvrir instant après instant,
de nous ouvrir quotidiennement à son amour,
de dire un vrai «oui» à sa grâce,
et à son action dans nos vies.

Pour cela, frères et sœurs,
appuyons-nous sur notre Mère,
que nous avons chantée aussi ce soir,
elle qui nous enveloppe de son manteau de miséricorde.
Appuyons-nous sur Marie,
elle qui peut vraiment nous apprendre à dire ce «oui», à Dieu.
Appuyons-nous sur Marie, Mère de l’Église,
c’est-à dire, Mère de tous ces pécheurs, que nous sommes,
mais qui veulent apprendre son «oui».
Mère qui nous apprend à accueillir Jésus,
jour après jour, dans la banalité du quotidien,
mais pour ne plus faire qu’un avec lui,
le Seigneur Jésus, lorsque viendra notre dernier jour.
Frères et sœurs : Sainte année !,
c'est-à-dire que cette année soit un chemin de sainteté !
Amen, Alléluia !
 

Méditer la Parole

31 décembre 2013

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Isae 9,1-6

Colossiens 3,12-15 ;

Luc 2,16-21