Solennité de l'Épiphanie – A

Quand Dieu manifeste sa gloire

Les textes qui nous sont donnés aujourd’hui ne manquent pas de paradoxes !

D’un coté, le prophète Isaïe exhorte Jérusalem en l’invitant à se réjouir :
«Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière,
et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.»

De l’autre, l’évangile nous montre Jérusalem visité par les mages ;
un astre les a conduits,
une lumière s’est levée,
mais Jérusalem, toute saisie d’inquiétude, ne se met pas en marche.
Les mages, seuls, continuent leur route jusqu’à Bethléem,
et Jérusalem attend leur rapport !
Le rapport n’arrivera pas…

La gloire a brillé, elle s’est manifestée,
Mais les mages païens sont seuls, avec les bergers, à bénéficier de cette très grande joie !

Si le cœur de cette fête de l’Épiphanie réside dans la manifestation de l’enfant Jésus,
il est clair, également, que l’attitude de ces mages nous est donnée en exemple.

Ces hommes sont des veilleurs :
ils scrutent les astres à la recherche de ce qui peut donner sens à la vie des hommes.
Ils ne connaissent pas le Dieu d’Israël, mais leur cœur est ouvert.
De plus, ils savent qu’ils ne sont pas eux-mêmes le centre du monde.
Aussi, quand ils découvrent dans le ciel les indices d’un avènement,
aussitôt, ils se lèvent et se mettent en marche.

L’étoile les mène à Jérusalem.
En bons chercheurs, ils n’ont pas la prétention de tout connaître :
ils viennent donc s’informer.
Ces hommes païens sont alors mis en contact avec les Écritures du peuple juif.
Leur mode de connaissance est fécondé par la Révélation.
Réunis ensemble,
païens et scribes sont mis en mesure de déchiffrer le temps et le lieu de l’événement.
Alors ces hommes continuent humblement leur route.
C’est probablement cette humilité qui plaît le plus à Dieu !
Si bien qu’alors, Dieu va se révéler à eux de manière bien plus profonde :
ils éprouvent soudain une grande joie !

Cette joie est le fruit du rapprochement entre les Écritures et l’étoile qui réapparaît.
Elle est aussi le signe qu’ils touchent au but de leur recherche.
Plus encore, elle est la marque du Saint-Esprit qui se saisit de leur cœur.

Tout remplis de l’Esprit Saint, ils voient alors !
Mais que voient-ils ?
Leurs yeux voient l’enfant avec Marie sa mère.
Mais leurs cœurs voient Dieu, le Dieu d’Amour et de vérité.
Alors ils se prosternent et ils adorent !

Quel chemin admirable !
Une étoile les a mis en route.
Or le ciel est rempli d’étoiles !
Cette étoile, pourtant, n’était pas comme les autres…
Elle brillait à leurs yeux, et elle parlait à leur cœur !
La petite lueur que leurs yeux accommodés à la pénombre avaient repérée
se révélait être la trace d’une lumière bien plus essentielle,
et cette lumière inaccessible venait à leur rencontre, comme un appel en leur cœur.

Avec la venue de son Fils parmi nous,
Dieu ne révèle plus sa gloire comme il l’avait fait sur le Sinaï pour les Hébreux :
plus de tonnerre et d’éclairs éblouissants,
plus de manifestations assourdissantes qui remplissaient de terreur ceux qui y assistaient.
Pourtant, c’est une gloire plus grande encore qui est dévoilée aux yeux des mages
et à nos yeux à tous.
Car la gloire du Sinaï était une manifestation passagère,
mais celle qui nous est donnée trouve en nos cœurs sa vraie destination :
en révélant sa gloire en son Fils Jésus, Dieu désire la faire jaillir au fond de chaque croyant.

Frères et sœurs, face à la révélation du Fils de l’homme,
serons-nous comme les habitants de Jérusalem ou comme ces mages ?
Resterons-nous assis dans la vague conviction que nous connaissons déjà Dieu,
qu’il ne peut nous surprendre,
ou saurons-nous scruter les signes des temps et nous lever à son étoile ?

Car si nous savons voir,
la lumière de sa présence brille clairement dans les ténèbres de ce monde.
Si nous savons écouter notre cœur,
l’Esprit Saint creuse en nous une réponse
et ne demande qu’à déverser la force pour nous mettre en marche.

Car si Dieu, en ces temps qui sont les derniers,
a voulu que sa propre gloire soit manifestée en notre chair,
c’est bien en vue de la réalisation de son projet divin :
que toute la création soit rassemblée en un seul corps
et uni à lui par une alliance nouvelle,
dans des épousailles célébrées entre les hommes et son Fils Jésus.

Ces noces ont déjà commencé !
Et comme tout amour authentique,
elles se scellent tout à la fois par l’union des cœurs et l’union des corps !

Il nous faut retrouver l’un et l’autre pour pouvoir les unir au Christ.
Nos cœurs sont peut-être anesthésiés et engourdis,
repliés sur eux par la souffrance et l’indifférence…
Osons les ouvrir au risque de l’Amour !

Nos corps sont peut-être blessés par le péché,
enfermés dans une recherche malsaine du bien-être et de la jouissance,
et maltraités par l’esclavage des passions, du stress, du manque de respect…
Retrouvons la tendresse et la délicatesse du corps,
nous souvenant que «le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur pour notre corps».

En retrouvant l’humble réalité de notre corps et de notre cœur,
nous comprendrons pourquoi le Dieu éternel a voulu se manifester dans un corps d’homme
et se révéler au plus profond de son cœur.

La lumière a brillé dans notre monde
non pour que le monde soit anéanti,
mais pour qu’il soit transfiguré !

Allons, debout !
Celui qui est la lumière est aussi le chemin.
Allons à la rencontre de celui qui vient le premier visiter notre humanité.
 

Méditer la Parole

5 janvier 2014

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isae 60,1-6

Psaume 71

Ephsiens 3,26

Matthieu 2,1-12