Solennité de l'Épiphanie – A

En quête de la vérité

Ces mages qui sont partis d’Orient
pour se prosterner devant le roi des Juifs
qui vient de naître, sont des chercheurs de vérité.
Leur itinéraire qui a commencé
par la vision d’une étoile,
qui s’est poursuivi par l’étude de l’Écriture Sainte,
pour aboutir finalement à l’adoration
du Verbe de Dieu devenu petit Enfant,
est riche d’enseignement pour nous.
Mais aussi pour rejoindre nos contemporains
qui cherchent une étoile pour les guider
vers la vérité tout entière.
Saurons-nous les conduire jusqu’à Jésus ?
Reprenons pas à pas cet itinéraire de foi.

Les mages ont tout d’abord levé les yeux vers le ciel,
mus par la soif de la vérité
et le souci de l’harmonie
du céleste et du terrestre,
du visible et de l’invisible.
Pour eux, l’intuition d’une manifestation divine
s’est révélée par l’apparition d’une étoile
venant troubler le cours des astres.
Les grimoires des mages recèlent des recettes
pour chercher la lumière, la sagesse, le sens de la vie
en scrutant les constellations du ciel.
L’astrologie qu’ils pratiquent est une sorte de divination
que l’Ancien Testament réprouve et interdit.
En tirant des plans sur la comète,
l’intuition peut vite prendre force
de prédictions dangereuses qui promettent
une existence autre, un monde neuf.
Notre société regorge de ces charlatans qui vendent du vent.
Sans tomber dans ces excès qui n’offrent que désillusions,
nous pouvons toutefois nous reconnaître en ces mages
qui cherchent la vérité, qui en portent
l’inquiétude toujours un peu plus loin,
toujours désireux d’une lumière
pour l’esprit et pour le cœur.
Les mages ont scruté les signes des temps
et ils ont saisi une étoile, cette main tendue de Dieu.
Dieu appelle tout homme et par des chemins
qui peuvent nous paraître inattendus.
Les mages ont eu l’audace de partir vers l’inconnu,
aventuriers et pionniers d’une humanité cherchant le salut.
Ils ont accepté que la vérité leur vienne d’un autre.
Cette invitation qui les a mis en route,
nous pouvons l’appeler, avec l’apôtre Paul,
«la voix de la conscience» (cf. Rm 2,14-15).
Plus que dans le ciel, l’étoile brille désormais
au plus profond de nous, en ce sanctuaire intérieur
où chacun délibère avec lui-même
pour donner valeur à ses actes et sens à sa vie.
Cet instinct divin qui est en nous
nous met en marche vers Dieu.
Les fruits se mesureront à la réponse
que nous donnerons à cet appel intérieur.

Mus par cette intuition qu’un amour les attend
et les attire à lui, les mages sont donc partis
jusqu’à Jérusalem.
Là, l’intuition est devenue révélation.
L’étoile guidait mais n’éclairait guère.
La découverte des Écritures Saintes
a apporté la lumière qui leur manquait.
Les chefs des prêtres et les scribes
ont confirmé que les prophètes ont annoncé
que le Messie devait naître à Bethléem,
dans la ville de David.
Les mages, pourtant des étrangers, des païens,
sont rentrés dans une histoire, celle du peuple élu ;
ils se sont faits héritiers d’une tradition
riche d’une promesse de salut.
Ils ont eu l’audace de croire
que la parole qu’ils entendaient était Parole de Dieu.
Elle est devenue révélation du mystère
du Christ dans leur vie (cf. Ep 3,2-6).
Pour voir les étoiles dans ce ciel, il faut veiller dans la nuit,
prier avec persévérance.
Pour reconnaître celui qui est «la lumière du monde» (Jn 8,12),
il faut scruter les Écritures, éveiller notre intelligence
pour comprendre le dessein de Dieu.
La marche devient alors celle de l’obéissance
de la foi en la Parole de Dieu.
L’Esprit Saint se plaît à nous éduquer
en faisant alterner dans notre itinéraire spirituel
motion divine et foi, intuition et révélation.
Le but  étant de parvenir au Christ vivant dans son Église.

Et c’est ce qui est arrivé aux mages
dans leur troisième étape.
La révélation les a conduits à l’adoration.
À Bethléem, les mages rendent hommage à un nouveau-né.
La Parole de Dieu révélée s’est incarnée en lui.
La vérité qu’ils cherchaient a pris le visage d’un enfant.
«En lui habite corporellement
toute la plénitude de la divinité» (Col 2,9).
On a appelé cet Enfant : «Nouvel Orient, Astre du matin»
parce que, prenant en quelque sorte le relais de l’étoile,
il nous conduit au terme du voyage.
Il éclaire tout homme qui vient à lui,
dit le Prologue de saint Jean.
Une fois ressuscité, le Christ-lumière
resplendira au milieu de ses apôtres,
au milieu de ceux qui l’ont suivi pour fonder l’Église.
Vus de l’extérieur, ces vitraux sont ternes.
Mais contemplés de l’intérieur de l’église,
ils sont lumineux.
Il en est de même pour notre rencontre avec le Christ.
Il faut se rendre chez lui, au milieu des siens,
au cœur de l’Église pour voir le Christ-lumière.
À Jérusalem les mages se sont greffés
à la descendance d’Abraham.
À Bethléem, ils annoncent l’adoption filiale
de tous les hommes et femmes
qui reconnaissent Jésus comme le Fils de Dieu
et qui, par la grâce du baptême,
font leur entrée dans l’Église.
En adoration devant l’Enfant,
les mages confessent Jésus comme leur Seigneur et Sauveur.
Par lui, ils deviennent fils de lumière.
L’attitude des mages est pureté de cœur,
simplicité de l’intelligence, clarté dans l’action,
désintéressement dans l’amour.
En toutes ces attitudes se dévoile ce que Jésus
dira plus tard en forme de béatitude
pour dire la clé du bonheur, principe de la loi nouvelle.
Les mages ont donné toutes leurs richesses
à l’Enfant-Roi afin de s’enrichir
uniquement de sa pauvreté.
La foi ne peut croître que
dans ce dépouillement du cœur, de sa volonté.

De l’intuition à la révélation,
de la révélation à l’adoration,
la quête de vérité conduit désormais
les mages à l’ultime étape : la conversion.
Celle-ci implique de repartir résolument
par un autre chemin.
La conversion, c’est choisir de changer de vie,
d’aspirer à la sainteté, d’orienter notre regard
vers l’éternité promise.
La conversion, c’est aussi rejoindre le monde
d’aujourd’hui pour y être «lumière du monde»,
pour y apporter la joie du Christ et de son Évangile.
Offrir la Parole de Dieu,
témoigner de sa force guérissante
peut conduire à la révélation du Dieu véritable.
Offrir des lieux de silence et de beauté,
ouvrir nos églises à la contemplation et à l’intériorité
peut conduire à l’adoration du Dieu unique et trois fois saint.

Nous avons les moyens de rejoindre nos contemporains
qui cherchent une étoile pour les guider
vers la vérité tout entière !
Plus qu’une étoile, qu’ils puissent trouver
dans l’Église un «ciel anticipé»,
les prémices du Royaume de paix,
de joie et d’amour promis par Dieu.
Que toute vie humaine puisse converger
vers l’eucharistie, sommet de cette rencontre
de l’homme et de Dieu.
 

Méditer la Parole

5 janvier 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isae 60,1-6

Psaume 71

Ephsiens 3,26

Matthieu 2,1-12