Vigiles de Pâques

Pâque de mort pour une Pâque de Vie

Si le Christ Jésus est bien
notre Résurrection et notre Vie,
comment se fait-il
qu’il faille encore mourir ?
Et s’il nous a vraiment lavés et rachetés,
pourquoi le péché et le mal
emplissent-ils toujours nos existences ?

Puisque l’Écriture est lumière pour nos cœurs,
que nous enseigne donc l’Évangile
et que nous rappelle l’apôtre Paul,
en cette nuit pascale ?


Un tremblement de terre vient de secouer la ville endormie (Mt 28,2),
rappelant étrangement celui qui a ébranlé Jérusalem,
à l’heure où Jésus, poussant un grand cri, a rendu l’esprit (27,50-54).
Les gardes qui surveillent le Mort, tressaillent d’effroi
et deviennent eux-mêmes comme morts (28,4).
Les femmes qui cherchent le crucifié
apprennent qu’il est ressuscité (28,5-6).
Celles qui viennent pour pleurer
sont invitées à se réjouir (27,8).
Plaintives devant la mort, les voici
tout émues et pleines de joie devant cet éclat de vie (28,8).

Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? (Lc 24,5).
Les myrrophores deviennent christophores.
Les pleurs se muent en chant.
Le deuil se change en une danse (Ps 29,12).
Les voici qui courent porter la nouvelle à ses disciples (Mt 28,8),
le Bonne Nouvelle du salut !
À cette heure même, au cœur de Jérusalem, l’Évangile naît :
Le Christ est ressuscité !
Plus rien, jamais, n’arrêtera sa course.

Je vous ai donc transmis tout d’abord
ce que j’ai moi-même reçu, peut proclamer l’Apôtre :
à savoir que le Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures,
qu’il a été mis au tombeau
et qu’il est ressuscité le troisième jour (1 Co 15,3-4).

La quête passionnée du Cantique des Cantiques,
préfigurant celle de l’Église en attente de son divin Époux,
s’éclaire de lumière (Is 54,5 ; 62,5 ; Ep 5,25).
Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
si vous rencontrez mon Bien-aimé, que lui déclarerez-vous ?
Mon Bien-aimé est frais et vermeil,
il se reconnaît entre dix mille…(Ct 5,8.10).
Il n’est pas ici, il est ressuscité ! (Mt 28,6).
Où donc est parti ton Bien-aimé ?
Où s’est tourné ton Bien-aimé, que nous le cherchions avec toi ? (Ct 6,1).
Mon Bien-aimé est descendu à son jardin (cf. Jn 18,1 ; 20,15),
pour paître son troupeau parmi les lis (Ct 6,2-3).
Il est ressuscité d’entre les morts !
Il vous précède en Galilée, c’est là que vous le verrez (Mt 28,7).


Frères et sœurs, de la ville endormie, toujours en attente du Seigneur,
au milieu de la nuit, un cri s’est fait entendre.
Et nous nous sommes levés nous aussi, pour aller à sa rencontre,
tenant à la main nos lampes allumées (Mt 25,5-7).
Hier, vous étiez dans les ténèbres.
Aujourd’hui, vous êtes lumière dans le Seigneur (Ep 5,8).

Le jour qui jaillit du cœur de cette nuit
devient « le père de tous les jours » .
Le sabbat ne suffit plus à la semaine.
Il s’accomplit en un huitième jour.
Une création nouvelle commence et se parachève
en cette nuit bénie (2 Co 5,7 ; Ga 6,15).
Le jour saint, désormais, est plus que celui du repos en Dieu ;
il devient celui du réveil de l’Homme-Dieu (Gn 2,2).
Le Fils bien-aimé en qui nous avons la rédemption (Col 1,14)
nous réintroduit aujourd’hui dans la maison du Père (Jn 14,1-3).
Le Premier-né d’entre les morts refait de nous de vrais vivants.

Aujourd’hui, la lumière triomphe de la ténèbre.
La Vie, en épousant la mort, a mis à mort sa propre mort !
Jésus le crucifié (Mt 28,5) est bien le Seigneur de la gloire (1 Co 2,8).
Nous voici devenus enfants de Dieu et cohéritiers du Christ (Rm 8,16-17).
Nous pouvons entendre résonner à nos oreilles
ce chant d’espérance : Éveille-toi, ô toi qui dors,
relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera (Ep 5,8).
Nous connaissons la grande promesse :
Si nous sommes morts avec le Christ,
nous croyons que nous vivrons aussi avec lui (Rm 6,8).
Et, plein d’enthousiasme, l’Apôtre des nations s’est écrié :
Offrez-vous donc à Dieu comme des vivants revenus de la mort (6,13).

Mais comment nous réjouir
puisque nous restons éprouvés et pécheurs
et qu’il nous faut tous encore mourir ?
La Résurrection de Jésus n’aurait-elle été
qu’une belle parenthèse et à la seule gloire du Christ ?
Et qui ne concernerait plus que de loin et du dehors
chacune de nos propres vies ?


Non, frères et sœurs, car la Pâque du Seigneur
est désormais à l’œuvre dans le monde.
Ce qui a été vécu un jour par le Fils de l’homme
concerne à présent tous les hommes de bonne volonté.
Entendons bien ce que nous dit encore son Apôtre :
Ignorez-vous que, baptisés dans le Christ Jésus,
c’est dans sa mort que nous avons été baptisés ?
Et Paul continue, avec beaucoup de réalisme :
Si par le baptême dans sa mort,
nous avons été mis au tombeau avec lui,
c’est pour que nous menions une vie nouvelle (Rm 6,3-4).

Voilà la vraie direction de notre Pâque de salut.
Oui, Christ est ressuscité (Lc 24,34). Le Seigneur est vivant.
Nous n’avons pas bâti nos vies sur une demi-victoire ou un mythe
Jésus est passé, victorieux, à travers les mailles de la mort.
Et il a lavé, dans sa grande miséricorde, les fautes des hommes.
Mais il veut, pour cela, nous entraîner à sa suite.
C’est pour nous que le Christ a souffert,
il nous a montré le chemin, afin que nous marchions sur ses traces (1 P 2,2).

Pour forcer ce passage, le Christ notre Pâque a été immolé (1 Co 5,6).
Il est, par là même, devenu la porte des brebis ;
des brebis perdues ayant pour nom : Humanité.
E cela, pour qu’à sa suite, nous ayons la vie,
et la vie en abondance (Jn 10,10).
Il nous faut d’abord comme lui, avec lui et par lui
et même en lui — car nous sommes le Corps du Christ —,
mourir !
Non pas mourir à la Vie, mais à la mort !
À tout ce que l’Écriture appelle justement des œuvres de mort.
Et c’est en cela que se situe le plus beau de notre liberté
et que nous sommes entraînés au partage de Sa gloire.
Père saint, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée
pour qu’ils soient un comme nous sommes un.
Et Jésus continue : Je veux que là où je suis, ils soient aussi avec moi
pour qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée (Jn 17,23-24).

Il nous faut donc passer nous aussi.
Au jour le jour, il nous faut faire nos petites pâques.
Il nous faut passer de la mort à la vie.
De la ténèbre du péché à la lumière de l’état de grâce.
De la tristesse du monde(2 Co 7,10) à la joie de sa plénitude (Jn 17,23).
Il nous faut passer du doute à la foi,
car elle est la victoire qui triomphe du monde (1 Jn 5,4).
Du désespoir à la bienheureuse espérance,
car elle dynamise notre marche.
De l’inimitié et de l’indifférence à la charité,
car elle est le lien en qui se noue la perfection (Ga 5,6).

Il nous faut passer en somme du vieil homme extérieur
à l’homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour (2 Co 4,16),
et de cette terre où tout passe au Royaume éternel
où l’Amour vit pour toujours (1 Co 13,8).
Car si nous sommes déjà en communion avec lui
par une mort qui ressemble à la sienne,
nous le serons plus encore par une résurrection qui ressemble à la sienne (Rm 6,5).
Voilà la vraie pâque de notre délivrance !

Bien sûr, nous restons tous pécheurs. Et moi le premier (1 Tm 1,15).
Mais tous nos péchés peuvent être pardonnés.
Bien sûr, nous restons fragiles, souffrants et mortels.
Mais sa force triomphe dans notre faiblesse (2 Co 12,9).
Nos épreuves prennent sens en devenant co-rédemptrices (Col 2,24).
Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais (Jn 11,26).
Certes, notre corps périra, mais pour être conformé à son corps de gloire (Ph 3,21).
Ceux qui auront été jugés dignes
d’avoir part à l’autre monde, nous dit Jésus,
et à la résurrection des morts,
ne peuvent plus mourir ; ils sont pareils aux anges.
Ils sont fils de Dieu en étant fils de la résurrection (Lc 20,35-36).


Ainsi pouvons-nous aller, frères et sœurs,
à la suite des saintes femmes du matin de Pâques
et de tous les disciples du Seigneur, témoins de sa victoire sur la mort,
de petites pâques en petites pâques, vers notre grande Pâque ;
de petites résurrections en petites résurrections déjà,
vers le pas ultime de notre pleine résurrection.
Vers ce jour où nous pourrons, enfin, comme Jésus
retournant à Dieu après avoir aimé les siens qui étaient en ce monde (Jn 13,1-3),
tomber dans les bras du Père.
De son Père et notre Père, de son Dieu et notre Dieu (20,17).

Ainsi la résurrection du Christ n’est-elle pas seulement
un sublime cadeau à recevoir passivement,
mais une œuvre de salut dont nous sommes participants.
Merci, Seigneur, de nous avoir appelés à la vivre, à ta suite !
 

Méditer la Parole

27 mars 2005

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Romains 6, 3-13

Matthieu 28,1-10

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