4e Dimanche de Carême A 

 Par ta lumière nous voyons la lumière

 Comme souvent dans l'évangile selon saint Jean, 

l'histoire qui nous est racontée aujourd'hui est à comprendre à plusieurs niveaux.

 

Il y a d'abord la guérison de l'aveugle-né :

Jésus manifeste clairement son pouvoir de sauver, 

de relever un homme plongé dans l'obscurité.

 

Mais le récit de cette guérison tient très peu de place,

et l'accent est mis sur les rebondissements qui s'en suivent.

L'homme qui avait été aveugle est soumis à des difficultés croissantes,

il doit répondre à un véritable interrogatoire, 

il est comme mis en accusation.

 

En fait, cette guérison bouscule tout le monde,

et tous les personnages de l'histoire cherchent à trouver une raison acceptable à ce miracle.

Mais plus encore qu'une explication de l'infirmité ou de sa guérison,

la question lancinante qui forme la trame du récit,

c'est celle-ci : Qui est celui qui a ouvert les yeux à l'aveugle-né ?

 

C'est autour de cette question que le récit progresse.

Les autorités religieuses se durcissent de plus en plus jusqu'à devenir violentes.

Les témoins ou les parents de l'aveugle sont de plus en plus sur leur garde.

L'attitude de l'homme qui a été guéri, elle aussi, va progresser,

et c'est un des points significatifs du récit.

 

Quand Jésus le rencontre, l'homme ne demande rien, il est totalement passif.

C'est Jésus qui le voit,

Jésus qui pose son regard sur lui.

Le regard de Jésus va d'ailleurs susciter des questions dans le cœur des disciples :

Ils raisonnent ainsi : 

Pourquoi donc est-il né aveugle ?

S'il est aveugle, c'est certainement la conséquence du péché.

Alors qui a péché : lui ou ses parents ?

 

La réponse de Jésus est à elle seule un enseignement :

«Ni lui, ni ses parents.

Mais c'est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.»

 

Les disciples considèrent que l'aveugle-né est une anomalie de la création,

un ratage qui doit avoir le péché comme cause.

Et ils cherchent un coupable.

 

Jésus, lui, quand il voit l'homme aveugle,

semble ne voir que l'occasion de manifester quelque chose de bien plus important 

que ne le serait une sorte d'harmonie de la création où tout serait bien en ordre !

En regardant l'aveugle, il voit la possibilité de continuer la création.

Pour Dieu, la création est toujours en train de se réaliser,

Dieu est à l’œuvre à chaque instant pour faire progresser le monde.

 

Mais cette création qui continue à être enfantée par Dieu,

c'est une nouvelle création, 

et le principe lumineux de cette nouvelle création,

ce rayon de lumière qui fait irruption et qui est plus grand encore que la lumière du jour,

c'est Jésus lui-même.

Jésus est la lumière du monde nouveau,

et à la lumière de Jésus, l'homme qui croit peut voir la lumière divine,

ainsi que l'avait dit le psalmiste : «À ta lumière, nous voyons la lumière».

 

Tout au long du récit, donc, il est question de lumière ou de ténèbre, 

de voir ou d'être aveugle,

d'entrer dans la lumière ou de plonger dans la nuit,

de croire ou de rester dans le péché.

 

L'aveugle-né était donc passif, sans rien demander.

Le voilà guéri et mis en marche.

Après sa guérison, Jésus disparaît : l'ancien aveugle reste seul.

 

Face aux questions qui lui sont posées,

il doit d'abord reconnaître que c'est bien lui qui a été guéri, 

et celui qui a fait cela, c'est «l'homme qu'on appelle Jésus».

 

Devant les Pharisiens qui l'interrogent, 

il doit raconter à nouveau sa guérison, 

mais les questions répétées le poussent plus loin :

il finit par dire de celui qui lui a ouvert les yeux : «C'est un prophète».

 

Après avoir convoqué ses parents, les Pharisiens poursuive leur interrogatoire.

On veut lui faire dire que celui qui l'a guéri est un homme pécheur 

puisqu'il n'a pas respecté le sabbat.

Poussé encore dans ses retranchements, il affirme que Jésus vient de Dieu,

et il remet en cause les Pharisiens :

«Voilà bien qui est étonnant, que vous ne sachiez pas d'où il est,

alors qu'il m'a ouvert les yeux!

Si cet homme n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire !»

 

Maintenant qu'il prend clairement position pour Jésus,

le voilà accusé d'être «tout entier plongé dans le péché depuis sa naissance».

Et il est jeté dehors !

 

Alors seulement Jésus revient vers lui.

Désormais, le cœur de l'homme qui avait été aveugle est prêt :

il confesse sa foi : «Je crois, Seigneur !»

Et il se prosterne devant Jésus.

 

Quel chemin parcouru !

À y regarder de prés, il s'agit du chemin de fortification de la foi,

depuis le moment où le croyant reçoit la grâce de Dieu 

jusqu'à celui où il peut s'engager pour le Christ devant le monde, 

devant les contradictions.

 

À la fin de ce récit, nous découvrons alors que tout homme est un aveugle-né.

Non pas de ses yeux de chair,

mais un aveugle spirituel.

 

Notre cœur est obscurci,

et notre vie peut être suractive dans bien des domaines,

nous n'en restons pas moins complètement amorphes du point de vue de l'essentiel,

de la vraie vie.

Nous sommes comme l'homme au début du récit : passif et ne demandant rien à Jésus.

 

C'est lui, le Christ, qui vient à notre rencontre.

Il est la lumière du monde,

et il vient à nous comme un rayon de lumière qui pénétrerait dans une maison obscure.

Il vient mettre la chaleur de sa présence,

il met sa clarté là nous n'y voyions pas.

 

La suite dépend de nous : 

nous laisserons-nous déplacer comme l'aveugle-né,

pour prendre position peu à peu pour Jésus,

pour oser reconnaître qu'il guérit notre cœur ténébreux et qu'il nous donne la vraie joie ?

Ou au contraire, resterons-nous sur nos gardes pour ne pas nous engager ?

Ou encore deviendrons-nous carrément hostiles, ennemis du Christ ?

 

Ce récit de l'évangile met donc devant nous comme un miroir,

afin de susciter notre foi en Jésus.

Nous ne pourrons pas rester neutres.

 

Jésus lui-même dit : 

«C'est pour une remise en question que je suis venu dans le monde,

pour que ceux qui ne voient pas puissent voir,

et que ceux qui voient deviennent aveugles.»

 

Celui qui veut voir par lui même, et qui ne veut pas avoir besoin de Jésus

celui-là s'aveugle, il se plonge plus profondément dans le mensonge.

Celui qui reconnaît que, par lui-même, il ne peut pas voir Dieu,

il ne peut pas voir le fond des choses et la vérité de la vie,

celui peut accueillir Jésus et devenir voyant.

 

«Autrefois, vous n'étiez que ténèbres.

Maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière.

Vivez comme des fils de lumière» (Ep 5,8).

Méditer la Parole

30 mars 2014

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

1 Samuel 16,1-13

Psaume 22

Ephsiens 5,8-14

Jean 9,1-41