Dimanche des Rameaux A 

 La Passion de Jésus

 Nous avons acclamé un roi

et nous venons à l’instant de nous prosterner devant un crucifié.

Nous avons ouvert les portes pour une entrée triomphale, 

mais le trône préparé était en fait une croix, 

et la couronne était faite d’épines…

Nous avons chanté le Roi de Gloire, 

et sans aucune transition, 

 – c’est toute la force de cette liturgie des Rameaux –

sans aucune transition nous avons contemplé son silence

et son anéantissement dans sa Passion.

 

Pourquoi un tel choc entre la Gloire et la Croix ?

Cette croix est-elle un accident ?

Non, nous dit la liturgie.

Non, nous a prévenus le rituel même de cette liturgie, 

cette croix n’est pas un accident, 

cette croix est une clé !

C’est ainsi qu’elle nous a été présentée au tout début.

C’est elle, la Croix, qui a symboliquement ouvert les portes.

La Croix n’est pas, n’est plus seulement, un accident absurde,

mais une clé, une clé divine, la clé de notre salut.

 

Apparemment écrasé par les événements, 

Jésus, en fait, s’avance librement, 

dans une stupéfiante dignité, nous l’avons vu,

nous l’avons contemplé dans ce récit de la Passion.

Il s’avance librement vers cette croix 

et il la saisit comme une clé, 

la clé de toute l’Histoire, 

le moyen du salut tel que seule l’infinie intelligence divine, 

pouvait le concevoir.

 

Alors frères et sœurs, approchons-nous un peu 

de ce Mystère qui nous dépasse totalement. 

Quelle est cette Croix ?

Quelle est cette clé divine ?

Pourquoi la Croix peut-elle nous ouvrir le salut et la vie ?

 

Par sa Croix, Dieu ouvre le monde et il ouvre son propre cœur.

 

Il ouvre le monde d’abord :

Ce monde créé par Dieu, créé pour être libre,

ce monde s’est en fait rendu lui-même captif :

il se laisse emprisonner, 

et nous le voyons par la violence, la mort, tout le mystère du mal.

À chaque fois qu’un être libre se détourne de son Créateur, 

qui est sa Source, 

à chaque fois il claque sur lui-même une porte de fer 

dont il perd la clé.

Son autosuffisance devient sa prison et sa souffrance.

C’est vrai de Satan qui librement s’est enfermé sur lui-même

selon une sorte d’orgueil mystérieux 

qui ne nous est pas pénétrable.

C’est vrai, dans une autre mesure aussi, 

de l’homme qui se laisse tromper et asservir par le mal, 

laissant proliférer la souffrance et la mort, 

dans ce monde qu’il devait pourtant dominer.

 

Mais Dieu, dans son infinie intelligence,

et dans son infini amour,

dans son infinie intelligence d’amour,

a choisi une clé pour ouvrir de l’intérieur cette prison, 

du péché et de la mort,

dans laquelle notre monde s’est enfermé.

Cette clé, c’est donc la Croix.

Le Mystère de sa propre mort et de sa Résurrection.

Pourquoi ?

Il s’est fait homme !

Il est descendu à l’intérieur de notre prison,

devenant semblable à nous, jusque dans notre mort,

et il descendu même dans nos enfers.

 

Désormais, l’impasse de notre existence a été ouverte de l’intérieur.

Dans le péché même, 

nous pouvons nous laisser toucher par le Christ

qui s’est chargé de nos chaînes.

Et jusque dans notre mort, nous pouvons,

nous pourrons nous laisser saisir 

par celui qui a brisé les portes des enfers 

et nous entraîne vers la vie éternelle.

 

C’est pourquoi Jésus n’a pas refusé la Croix.

À ce crime, le plus grave, le plus injuste de toute l’Histoire 

il ne s’est pas soustrait,

parce qu’en souffrant et en mourant ainsi, 

il pouvait briser le pouvoir du mal 

et libérer l’humanité captive de la mort.

 

Nous le voyons, le Seigneur Jésus en sa Passion, 

sait que tout était écrit,

non pas automatiquement obligé, 

mais pensé, dans l’infini dessein divin,

l’infini dessein du salut.

Oui Jésus est apparemment balloté de main en main,

trahi, renié, abandonné,

et pourtant Jésus sait…

Jésus sait ce qui s’accomplit 

et il obéit à ce dessein 

car il sait que cette croix infâme va devenir, dans sa main, 

la clé de notre salut.

 

C’est cela, et cela seul,

qui peut expliquer le silence si impressionnant de Jésus 

pendant sa Passion.

Nous avons vu Pilate lui-même, 

connu pourtant pour sa dureté et sa cruauté, 

Pilate, bouleversé de ce que Jésus ne se défende pas.

C’est que, au-delà des événements odieux et absurdes,

Jésus poursuit son but mystérieux…

But inconcevablement douloureux pour son humanité,

mais qui correspond à sa volonté divine, 

sa volonté infinie, de sauver le monde.

 

De ce fait, et c’est le deuxième aspect,

la Croix n’apparaît pas seulement 

comme la clé qui libère le monde de sa prison, 

mais aussi la clé qui ouvre grand le cœur de Dieu 

et nous fait découvrir l’abîme de son Amour.

Jamais, frères et sœurs, 

jamais nous n’aurions osé imaginer un Dieu pareil,

un Dieu crucifié, un Dieu qui s’abaisse 

jusqu’à l’humiliation de cette Croix, 

brisant la puissance du mal en se faisant lui-même 

«pure faiblesse».

 

Nous sommes pris de vertige 

devant ce mélange d’anéantissement et de victoire totale. 

La Croix nous dit que 

le fond de toute l’infinie puissance de Dieu n’est qu’Amour, Amour Don de soi, Offrande sans limite, Offrande toute puissante.

Si Dieu n’était pas l’amour absolu, jamais il n’aurait agi ainsi.

Si Dieu n’était pas l’amour absolu jamais il ne se serait abaissé jusqu’à ce point extrême, se perdant lui-même

pour ne pas nous perdre, nous, ses créatures tant aimées.

 

Alors le buisson d’épines qui couronne le crucifié 

devient le lieu définitif de la Révélation, 

le buisson ardent véritable brûlant du feu de l’Amour divin.

 

La Croix devient véritablement un trône, 

parce qu’elle porte ce Roi de toutes choses 

dont la seule gloire infinie est d’aimer.

La Croix est la clé qui ouvre en même temps 

les enfers et le cœur de Dieu

Les enfers pour qu’ils ne nous retiennent pas, 

le cœur de Dieu pour qu’il nous prenne en lui à jamais.

 

Alors, frères et sœurs, 

que le mystère de cette Croix 

ce mystère qui est la clé de véritable de toutes nos existences,

que ce mystère d’amour ouvre nos propres cœurs 

dans une réponse de gratitude et d’amour. Amen. 

Méditer la Parole

13 avril 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

IsaIe 50,4-7

Psaume 21

Philippiens 2,6-11

Matthieu 26-14 - 27,66