Dimanche des Rameaux A

 Participer à la gloire de la croix

 La célébration des Rameaux ouvre la grande porte de la Semaine Sainte

devant nos vies.

Toute l'année liturgique converge vers cette semaine.

Et c'est maintenant !

 

Nous ne pouvons plus nous dérober,

les disciples que nous sommes doivent suivre leur Seigneur jusqu'à Jérusalem,

jusqu'à la croix, jusqu'au tombeau.

 

Dès ce premier jour de la grande Semaine,

la lecture de la Passion déroule devant nous tous les événements de notre salut,

comme en un concentré dramatique.

 

Tout au long des jours qui viennent, nous allons reprendre pas à pas ces mystères,

les méditer lentement :

depuis le mémorial de la Cène au cours duquel est manifesté la trahison,

jusqu'à la mort de Jésus sur la croix et son ensevelissement.

 

Les deux premières lectures d'aujourd'hui

nous montrent la trajectoire spirituelle de ces événements de la Passion.

 

En ces jours de Jérusalem, sous Ponce Pilate, se cristallise contre Jésus

ce qui se passe depuis le début de l'histoire humaine et jusqu'à la fin :

Dieu est frappé, on crache sur lui avec mépris, on le rejette.

Et lui, il s'abaisse jusqu'au plus bas,

il prend sur lui nos ordures, nos violences, nos rejets ;

en un mot notre péché.

 

Jésus souffre tout cela dans une solitude totale.

Aucun disciple, aucun de nous, ne peut le suivre jusqu'à cet anéantissement.

Nous pourrons le suivre, mais plus tard, après la Résurrection.

Pour le moment, nous regardons Jésus prendre sur lui la charge du péché du monde

et il semble en être désintégré, défiguré : il en est déshumanisé...

C'est bien ce que produit le péché : il altère notre dignité humaine.

Cette conséquence destructrice, Jésus la prend sur lui pour nous en délivrer.

 

Ce qu'il nous est demandé, pour l'heure,

c'est de faire nôtre ce que le prophète Isaïe avait annoncé pour le Serviteur Souffrant :

«Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille,

et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.»

 

Cette ouverture d'oreille et du cœur, cette écoute du disciple,

voilà la juste attitude face à la croix.

Ainsi que Jésus écoute le Père et lui obéit jusqu'à mourir,

et à mourir sur la croix,

ainsi nous devons écouter ces événements jusqu'à nous laisser atteindre par eux,

jusqu'à être associé, au plus profond de notre vie, à la mort de Jésus.

 

«Si nous mourons avec lui, dit Paul,

avec lui nous vivrons.»

 

Frère et sœurs, vivons donc ces jours de la Passion

en laissant la présence du Seigneur nous envahir et nous submerger,

jusqu'à atteindre les replis les plus obscurs de notre vie,

en laissant la croix se planter dans les zones d'ombre de notre histoire,

dans nos souffrances,

dans nos attentes,

aux lieux mêmes de notre péché.

 

Sans me révolter, sans me dérober,

le cœur disponible à celui qui s'offre en sacrifice pour moi,

je demande au Seigneur qu'il maintienne mon oreille intérieure

ouverte à son œuvre de salut.

 

Comme le rideau du Temple, mon cœur doit se déchirer.

Comme aux secousses du tremblement de terre,

mes tombeaux doivent s'ouvrir,

ma vie doit vaciller.

 

L'entrée en gloire de Jésus à Jérusalem, que nous chantions tout à l'heure,

est une porte ouverte sur l'abaissement le plus radical.

Non pas d'abord notre propre abaissement,

mais celui de Jésus qui se donne pour nous relever.

 

Le péché de l'humanité est grand.

Et ce péché nous tire vers le bas jusqu'à nous engloutir dans la mort.

Dans sa Passion, Jésus prend sur lui la mort

pour que nous vivions, pour que nous recevions sa gloire.

 

Tout au long de la Passion, la gloire de Dieu est manifestée,

elle est répandue sur la terre !

Jésus, dans son dépouillement, permet qu'elle soit dévoilée :

la gloire de Dieu, c'est son Amour brûlant,

c'est la puissance du don qu'il fait de lui-même.

 

C'est dans cette gloire-là que Jésus nous invite à entrer à sa suite.

 

Nous pouvons laisser Jésus briser notre orgueil et nos ténèbres en toute confiance,

car nous savons que, de cette mort, jaillit une vie nouvelle !

L'entrée dans notre héritage passe par la mort de la croix.

 

Entrons dans le mystère glorieux de notre salut !

 

Le prophète Zacharie avait vu de loin la venue humble et puissante du Seigneur.

C'est pourquoi il s'exclame :

«Silence, toute chair, devant le Seigneur,

car il se réveille et sort de sa sainte demeure» (Za 2, 17).

 

Restons attentifs,

tenons-nous ouverts et en silence :

Dieu est à l’œuvre, et son Amour déconcertant nous étreint.

«Silence devant le Seigneur...»

Méditer la Parole

13 avril 2014

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaie 50,4-7

Psaume 21

Philippiens 2,6-11

Matthieu 26,14-27,66