Célébration de la Cène du Seigneur 

L'institution du Corps 

 L'Heure est venue.

 

Cette heure vers laquelle toute la vie de Jésus est orientée,

l'heure pour laquelle il est venu dans le monde 

et qui forme la clé de voûte de la mission qu'il a reçue du Père,

cette Heure est maintenant arrivée.

Jésus en a une vive conscience.

 

Ce moment est donc lourd de conséquence.

L'évangéliste le montre en soulignant que Jésus n'agit pas alors comme un simple commis !

Il a été envoyé par le Père pour une mission décisive.

Le Père, pour cela, a tout remis entre ses mains.

Ses mains sont revêtues de la pleine autorité.

En cette Heure, les mains de Jésus sont très clairement le prolongement des mains du Père.

 

Dans la gravité de ce moment,

Jésus agit donc en homme souverain.

Face à son Heure, c'est un homme totalement libre qui se lève et se met debout.

Ce qu'il s'apprête à accomplir est tout à la fois un acte pleinement divin

et le plus libre des actes qu'un homme puisse poser.

Un geste et une parole.

Un geste efficace et une parole créatrice.

 

Il se lève de table.

Jésus est debout, au milieu de ses disciples et pleinement uni à son Père.

Il dépose alors son vêtement.

Jésus se dépouille lui-même, il se donne tout entier.

Il prend ensuite le linge du serviteur

et se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge.

 

Jésus est maintenant à genoux devant les hommes.

Il prend soin de leurs pieds.

Au cours du repas, il a donné le pain à manger à ses disciples,

il leur a passé la coupe pour qu'ils boivent.

Jésus soigne les corps comme une mère prend soin de son enfant.

 

Cette tendre attention de Jésus à nos pieds nous bouscule et nous dérange.

Pierre lui-même y voit une inversion des rôles inacceptable.

Jésus est le Seigneur, le Fils de Dieu ;

comment son abaissement ne serait-il pas ressenti par les disciples

comme une sorte de provocation excessive ?

 

Mais le sens le plus profond de ce geste n'est pas une leçon d'humilité.

Ce n'est pas du moins l'interprétation qu'en fait Jésus.

Ce qui est en cause, c'est d'abord d'instituer un lien entre chaque disciple et Jésus.

Il les unit à lui par le lien de l'Amour.

Devant Pierre qui se braque, Jésus lui dit en effet :

«Si je ne te lave pas, tu n'auras pas part avec moi».

Se laisser laver et essuyer, c'est entrer dans une communion.

 

Jésus institue ainsi une alliance nouvelle.

Cette alliance est d'une autre nature que les précédentes.

Il s'agit que chaque disciple partage la vie de Jésus,

que chaque disciple vive de sa vie, et par lui soit uni au Père.

 

Le lien puissant qui instaure cette union,

c'est l'Amour.

Non pas une relation basée sur l'affection et les sentiments,

mais un lien dont la nature est l'Amour même de Dieu.

 

Le terme utilisé par le Nouveau Testament pour dire cet Amour-là, c'est Agapè.

La source de l'Agapè n'est pas le cœur humain, mais le Cœur de Dieu.

Au contact de Jésus tout au long de sa vie publique, 

les disciples ont pu boire à cette source jaillissante et vivifiante.

Alors que son Heure est venue,

alors qu'il s’apprête à rejoindre son Père et donc à quitter le monde, 

Jésus transmet à ses disciples le moyen pour rester relier à la Source de l'Agapè

par delà son absence physique.

 

«Faites cela en mémoire de moi !»

Trois gestes et une seule parole...

Manger le pain donné, boire au sang versé,

et se laver les pieds les uns les autres.

C'est à dire partager le même repas eucharistique,

puis servir et se laisser servir au nom de Jésus.

Trois gestes qui relient fondamentalement à la source, suivant cette unique parole :

«Faites cela en mémoire de moi !»

 

Alors que son Heure est venue, Jésus institue donc son Corps.

Il fonde le Corps qui est l’Église,

en se reliant chaque disciple par le lien de l'Agapè.

Les chrétiens l'ont appelé eucharistie, c'est à dire action de grâce

car c'est bien là le seul sacrifice qui puisse plaire vraiment à Dieu :

le sacrifice d'action de grâce, c'est l'union des personnes dans l'Amour

et cet Amour-Agapè se donne et se reçoit au nom de Jésus,

en mémoire de lui.

 

Le Verbe, qui est Dieu de toute éternité,

a reçu un corps humain de la Vierge Marie.

Son Corps, son Sang, 

il nous les donne maintenant pour que nous soyons nourris et abreuvés de la Vie d'en-haut.

Mais cette Vie ne continue à croître et à jaillir que dans l'accueil et le don de l'Agapè.

«Faites cela en mémoire de moi !»

 

Le Corps ainsi formé de nos vies humaines irriguées par la sève de l'Agapè,

c'est là ce que Jésus est venu fonder.

La Cité Sainte, la nouvelle création née de l'alliance entre Dieu et les hommes.

 

Dans ce récit du lavement des pieds,

l'évangéliste nous montre plus particulièrement deux disciples : Pierre et Judas.

Pierre se rebiffe.

S'il résiste, c'est qu'il n'arrive pas à comprendre ce que signifie ce geste de Jésus.

Jésus ne cherche pas à lui faire comprendre pour le moment : «Plus tard, tu comprendras».

Pierre a commencé par dire : «Non, jamais !»

Mais il finit par se laisser faire, sans comprendre,

sinon qu'il doit passer derrière son Maître et lui faire confiance.

 

Judas s'est laissé laver les pieds sans rien dire.

Mais le récit nous dit que le diable a déjà jeté dans son cœur l'intention de livrer Jésus.

Pendant que Jésus agit, Judas pense.

Il pense à la manière dont il va prendre possession de Jésus 

pour le remettre entre d'autres mains. 

Ses pensées l'ont déjà lié non à Jésus, mais à Satan,

et c'est pour livrer le corps de Jésus dans les mains du monde.

 

Nous sommes réunis ce soir pour célébrer l'institution de l'Eucharistie.

Le Corps de Jésus va être remis entre nos mains.

Ce Corps, nous pouvons le recevoir et en vivre, ou le livrer.

Si nous recevons le Corps de Jésus, 

nous pouvons encore le manger et le garder pour nous,

ou nous en nourrir pour le multiplier, 

le faire grandir en nous donnant nous-mêmes par amour.

 

Ce corps, c'est aussi la communauté que nous formons :

prenons soin les uns des autres,

acceptons avec gratitude l'amour que nous recevons de nos frères et sœurs

et donnons-nous à notre tour sans compter.

 

Ce Corps, enfin, a vocation à grandir.

Il doit accueillir tout homme et toute femme, enfants de Dieu comme nous.

Il nous revient d'aimer tellement que l'Amour de Dieu soit reçu par tous.

Car Jésus est venu pour rassembler tous les enfants de Dieu dispersés par le péché.

 

«Faites vous aussi ce que j'ai fait pour vous, dit Jésus.

Faites-le en mémoire de moi.»

 

L'Amour-Agapè est un feu dévorant,

il doit se répandre pour enflammer le monde.

Venons boire à la Source 

et devenons nous-aussi des sources d'Amour partout où nous sommes.

C'est pour cela que Jésus se donne à nous.

 

Méditer la Parole

17 avril 2014

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Exode 12,1-14

Psaume 115

1 Corinthiens 11,23-26

Jean 13,1-15