Vigile pascale A

 A la source puissante de notre baptême

Ceux qui ont eu la chance

de commencer la célébration de ces fêtes pascales dès le jeudi saint

comprennent aisément que la résurrection de Jésus ne peut se célébrer 

sans avoir d'abord été plongé dans sa Passion, 

puis avoir veillé dans le silence de la mort près du tombeau.

 

Jésus avait endossé totalement notre condition humaine

et il l'a vécue en remplissant sa vie d'homme de la totalité de l'Amour qui vient du Père.

Notre humanité en a éclaté !

 

Jésus est mis à mort parce que son trop grand amour est mortel pour les hommes.

Mais l'Amour est plus fort que la mort !

En cette nuit de Pâques,

l'humanité de Jésus éclate en une surabondance de Vie !

 

Ce n'est pas un Jésus sans consistance que nous célébrons ce soir,

mais bien un homme qui a éprouvé le poids de nos souffrances.

Le Crucifié est maintenant le Ressuscité.

Celui qui a été pendu à la croix par amour est désormais le Vivant par excellence,

le Vivant pour les siècles sans fin.

 

Jésus l'a dit lui-même :

il est venu parmi nous pour inaugurer un baptême :

le baptême dans la mort.

Il n'a pas craint de traverser notre mort,

il n'a pas eu peur d'être enseveli dans nos ténèbres,

lui qui est la Lumière née de la Lumière.

 

La mort est entrée dans le monde à cause du péché des hommes. 

Au soir de la chute, Adam et Ève sont chassés du jardin d’Éden

et des chérubins sont postés avec «la flamme de l'épée foudroyante»

pour en garder les portes (cf. Gn 3,24). 

 

En cette nuit très sainte, l'Ange du Seigneur, avec l'aspect de l'éclair, 

vient maintenant rouler la pierre du tombeau

pour nous ouvrir à nouveau les portes du Paradis.

De son baptême dans la mort, Jésus fait jaillir la Vie !

 

En cette nuit de la résurrection, toute la terre en est ébranlée !

La mort de Jésus s'était accompagnée d'un tremblement de terre

et la nuit était tombée en plein midi.

Ici, un grand tremblement de terre encore,

alors que les premières lueurs d'un jour radicalement nouveau pointent sur le monde.

 

Ce que nous fêtons ce soir, c'est le basculement d'un monde ancien et moribond

vers la Création nouvelle inaugurée dans le Christ.

Pâques veut dire passage :

passage de la mer Rouge pour entrer dans la Terre Promise,

passage de la mort à la vie,

passage d'une vie mortelle à la vie avec Dieu pour toujours.

 

On le voit bien dans le récit de l'évangile :

l'ange annonce la Résurrection aux femmes pour les faire passer de l'ancien au nouveau.

«Venez voir l'endroit où il reposait», dit l'ange.

Jésus n'est plus ici, dans ce monde où il a habité parmi nous.

Désormais, il laisse une «place vide».

 

Ce Jésus qui était entré avec un tel relief dans l'histoire du monde

n'est plus saisissable au sein de cette histoire.

L'histoire du monde s'arrête en quelque sorte à ce tombeau vide,

elle est close, désormais.

Le Christ y a ouvert une brèche qui ne se fermera plus,

pour que toute homme puisse faire lui aussi ce passage.

 

À partir de la Résurrection, 

le Nouveau Testament va devoir balbutier pour dire une réalité totalement neuve.

Jésus qui a été approché par les foules,

que les disciples et les saintes femmes ont côtoyé et touché,

Jésus n'est plus visible de la même manière, 

sa présence est autre.

 

Le tombeau restera vide pour ceux qui voudraient le rencontrer comme avant,

sans faire eux-mêmes le passage.

Pour le voir, pour l'entendre et le toucher, désormais,

il faut accepter de passer à travers la brèche ouverte par la Pâques de Jésus.

 

On le voit pour Marie-Madeleine et l'autre Marie :

l'autre réalité qui est le signe de leur passage de l'autre côté de la brèche,

c'est la joie !

D'abord la joie à l'annonce de l'ange ;

puis une joie qui s'approfondit encore 

lorsque le Seigneur lui-même leur apparaît et qu'il les salue.

 

La joie de la Résurrection, ce soir, 

doit déchirer en nous aussi le voile qui tient nos vies sous l'emprise 

de la tristesse et de la mort :

nous sommes appelés à prendre le passage à la suite du Maître.

 

Et nous le pouvons !

Car la vie s'est manifestée en nos corps mortels le jour de notre baptême.

Notre baptême nous a plongés dans la Pâque du Christ.

 

D'abord dans sa mort,

afin que nous mourrions à l'attraction que le péché opère sur nous.

L'être de péché qui est en nous a été cloué à la croix avec Jésus, dit Paul.

 

Si le péché a toujours sur nous une force de séduction,

il n'est désormais plus assez puissant pour que nous restions son esclave.

En puisant à la source de notre baptême, 

nous pouvons chaque jour recevoir la victoire que Jésus a remportée contre le mal.

 

Notre baptême, ensuite nous a relevés de la mort pour nous revêtir du Christ.

Nous sommes reliés à sa Résurrection par un lien indestructible

et c'est pourquoi la Résurrection de Jésus est aussi notre Vie à nous.

 

Bien sûr, nous restons biologiquement des êtres fragiles et mortels.

Le baptisé pourrait même continuer à vivre comme si rien n'avait changé.

Pourtant, la réalité la plus puissante,

c'est que la vie du Ressuscité coule en nous, 

et que cette puissance de vie se fortifie à chaque occasion où nous posons un acte de foi

ou un acte de charité au nom du Christ.

 

Comment allons-nous passer nous aussi à travers cette brèche ouverte par Jésus ?

D'abord en mettant notre foi en Jésus.

Nous ne devons rien négliger de ce qui fortifie en nous la foi : 

la prière, la Parole de Dieu, l'Eucharistie, le pardon...

 

Ensuite en agissant par la foi.

Notre foi doit nous pousser à aimer tous les hommes comme Jésus nous a aimés :

à servir, 

à être attentif et délicat, 

à combattre ce qui s'oppose à l'amour et à la paix...

L'amour nous ouvre les yeux à la misère et aux besoins des pauvres,

il nous pousse à agir : ce que Jésus a fait, faisons-le aussi !

 

La Résurrection du Christ inaugure le Royaume de l'Amour, 

le Royaume de Dieu.

Mais il ne le fait pas de l'extérieur, 

comme quelque chose qui s'imposerait d'en haut !

Le Royaume est inauguré dans le cœur du baptisé 

comme une capacité qui lui est donné gratuitement.

Il suffit qu'il la mette en œuvre pour qu'elle se déploie.

 

Le signe que notre baptême commence à donner son fruit,

que la Résurrection fait son œuvre en nous par la foi et la charité,

c'est le don de la joie, 

la joie de l'évangile !

 

«Désormais, si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature.

Le monde ancien est passé, 

un monde nouveau est déjà né !» (2 Co 5,17).

 

Qu'attendons-nous pour vivre de la puissance inouïe

que notre baptême nous donne ?

Il suffit d'aimer en acte et sans mesure !

 

Il suffit d'aimer en acte et sans mesure !

Méditer la Parole

19 avril 2014

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Romains 6,3-11

Matthieu 28,1-10