Vigile pascale A

 La Résurrection du Christ et la nôtre

 S’il est vrai qu’au terme de sa longue nuit, 

Jésus est ressuscité d’entre les morts, 

quelle nouvelle pour l’humanité !

Si son corps s’est vraiment relevé du tombeau, 

quelle espérance pour chacune de nos vies !

Mais comment comprendre et proclamer 

ce qui s’est vraiment passé ?

Comment traduire l’ineffable sans rien dire de plus 

que ce que l’Évangile nous transmet ?

Sans rien ajouter à ce que le Christ 

nous demande de croire, 

à nous qui sommes ses disciples ?

 

Deux certitudes se forgent en nous 

en lisant l’Évangile, deux certitudes 

qui s’appuient sur des données historiques 

que rien objectivement ne contredit : 

Jésus est mort et ensuite il a disparu.

Voilà les deux certitudes qui, au-delà des faits, 

ont une signification qu’il nous faut accueillir et méditer 

en cette nuit, pour la partager ensuite au grand jour.

 

À ces deux certitudes se greffent en plus 

deux vérités de foi à affirmer avec conviction.

La première est que depuis ce matin de Pâques, 

une humanité nouvelle se lève, 

un monde nouveau advient.

La deuxième est que l’homme est appelé à ressusciter 

et à revivre un jour pour toujours.

Cette double affirmation de foi est à creuser 

ensemble en cette nuit pour mieux 

la confesser par toute notre vie.

 

Commençons d’abord, frères et sœurs, par regarder 

ces deux certitudes transmises par l’Évangile 

et qui nous conduisent au seuil du vrai mystère.

Une première chose est certaine 

et il nous faut la considérer en toute objectivité.

Jésus est vraiment mort.

En «inclinant la tête» dans «un grand cri», 

il a «rendu l’esprit».

Son corps, «descendu de la croix», 

a été «enseveli» dans le roc.

L’évangéliste saint Matthieu, un des apôtres appelé par Jésus, 

ne craint pas de nous le faire fortement remarquer : 

«À l’entrée du tombeau, une grande pierre» 

a été roulée (Mt 27,60).

«Une garde» de soldats a été mise en faction 

tandis que la pierre a été scellée (Mt 27,65-66).

Celui qui est mort au soir du vendredi 

a bel et bien été enseveli 

la veille du grand sabbat (Mt 27,57-62).

Humainement tout est donc fini, 

rigoureusement fini.

On ne peut parler de résurrection du Christ 

sans le préalable de la mort qui la précède.

Il a connu la mort, notre mort.

C’est de notre mort qu’il est revenu, 

de nos propres enfers qu’il est remonté (1P 3,19).

Oui, le Fils de Dieu s’est fait cadavre d’homme !

 

Ce constat nous amène à regarder la mort en face, 

d’une nouvelle manière.

La perspective de la mort nous fait peur.

Or voilà que Jésus a visité l’ombre de la mort.

La mort n’est plus une inconnue ténébreuse 

puisqu’elle est désormais habitée par le Christ, 

Soleil levant qui ne connaît pas de déclin.

Celui qui est «la vie» (Jn 14,6) est descendu dans la mort 

pour que la mort appartienne désormais à la vie.

Au cœur même de la mort s’est inscrit 

le visage de notre Dieu.

La mort n’est plus un anéantissement humain 

mais une divine rencontre !

 

La seconde certitude est celle du tombeau vide.

Là aussi, il nous faut savoir regarder la réalité en face.

Marie-Madeleine en est toute bouleversée (Jn 20,1-3.11).

Pierre en est tout surpris (Lc 24,12).

La plupart des apôtres restent interloqués (Lc 24,11 ; Mc 16,11).

En face d’un pareil vide, les tentations ne manquent pas.

On peut crier à la supercherie (Mt 28,11-15).

Refuser le fait même de cette mort rédemptrice.

Ou vivre tout bonnement comme si cela ne nous concernait pas.

Mais l’ange du Seigneur nous invite 

à venir «voir l’endroit où il reposait» (Mt 28,6).

 «Il n’est pas ici» reprennent les trois évangiles synoptiques (Mt 28,6 ; Mc 16,6 ; Lc 24,6).

Mais où est-il donc ?

«Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ?» répond l’ange (Lc 24,5).

L’absence tangible de Jésus renvoie à une autre réalité.

Il nous faut chercher plus haut, 

plus profond et plus loin.

Ce vide appelle une autre plénitude.

La nuit de notre foi devient montée vers la lumière.

Si le tombeau est vide, c’est pour que 

nous nous mettions nous-mêmes en mouvement.

Nous devons nous détacher de tout ce qui conduit à la mort 

pour aller fermement sur les chemins de la vie.

Nous ne pouvons pas trouver le Christ 

dans nos «œuvres mortes».

C’est en nous purifiant du vieux levain du péché 

que nous pourrons devenir une pâte nouvelle, 

des «hosties vivantes et agréables à Dieu».

Le Christ est absent pour que nous soyons 

d’autant plus présents à sa présence vivante et sanctifiante 

au plus profond de notre cœur, en nos frères et sœurs, 

dans ce monde qu’il a racheté par son sang.

 

À ces deux certitudes qui nous poussent 

à ne plus avoir peur de la mort et à choisir la vie, 

s’ajoutent deux vérités de foi qui nous entraînent plus loin.

La première affirme avec conviction 

qu’une humanité nouvelle se lève 

et qu’un monde nouveau advient.

Alors qu’un «grand tremblement» secoue la terre, 

souligne saint Mathieu (Mt 28,2), 

les soldats qui gardaient le mort 

«deviennent comme morts» (Mt 28,4) !

Jésus avait bien dit à ceux qui voulaient le suivre : 

«Laisse les morts enterrer leurs morts».

La pierre roulée par l’ange du Seigneur 

inaugure l’avènement d’un monde nouveau.

Soudain, tout est retourné, rouvert, rendu à la vie.

Les larmes s’arrêtent de couler (Lc 24,33 ; Jn 20,4).

Les portes s’ouvrent (Jn 20,19).

Les cœurs retrouvent la joie (Lc 24,41).

Un temps nouveau est inauguré !

Un homme nouveau se prend à renaître !

La Résurrection du Christ ne fait que commencer.

Car celle-ci n’est pas seulement le relèvement 

de Jésus d’entre les morts.

Elle est le relèvement de toute l’humanité.

Tous, nous avons à prendre part 

à la Résurrection du Christ.

Le Christ est mort pour nous ressusciter !

Quand les hommes s’unissent pour construire la paix, 

c’est la Résurrection du Christ qui advient.

Quand par l’entraide, le service, la compassion, 

les affligés sont consolés, les affamés rassasiés, 

les malades soignés, les prisonniers libérés, … 

c’est la Résurrection du Christ qui advient.

Quand un père, une mère élèvent leurs enfants  avec tendresse,

quand des époux s’aiment avec fidélité, 

quand des communautés laissent rayonner 

l’amour fraternel et le pardon mutuel, 

c’est la Résurrection du Christ qui advient.

«Une nuée immense de témoins» a dit par leur vie, 

depuis 2000 ans, que le Christ est vivant.

À nous désormais de proclamer 

par l’amour, la paix, la joie 

que le monde ancien s’en est allé 

et qu’un monde nouveau est déjà là.

 

Enfin, la dernière vérité de foi consiste à confesser 

qu’au-delà de ce monde d’ici-bas qui passe, 

un terme de lumière et de plénitude nous attend.

Soyons vrais : que nous importerait 

que le Christ soit un jour ressuscité 

et même que notre vie actuelle en soit toute transformée, 

si nous ne devions pas un jour, 

ressusciter à notre tour ?

Oui, Jésus n’est pas seulement «l’unique».

Il est aussi «le premier» (Col 1,15-18).

Le premier re-né d’entre les morts !

«Prémices de ceux qui se sont endormis» (1Co 15,20).

La vie qui est déjà en nous 

par la grâce de notre baptême 

est gage de la vie éternelle qui nous est promise.

Au ciel, tout baignés de lumière, 

ressuscités en notre corps transfiguré par la grâce pascale, 

nous chanterons à jamais le Cantique de l’Agneau :

«Salut et gloire et puissance à notre Dieu (…)

Amen, Alleluia !» (Ap 19,1-4)

 

Seigneur, toi qui es vraiment mort, 

sois béni pour ta mort !

Toi qui as laissé le tombeau vide, 

sois loué de nous appeler à te chercher plus loin !

En toi, l’homme revit.

Par toi, le monde renaît.

Fais de nous des témoins 

et des prolongements de ta Résurrection !

Et donne-nous d’avancer, pleins d’espérance et de foi, 

vers la gloire promise de notre propre glorification !

 

Méditer la Parole

19 avril 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Romains 6,3-11

Matthieu 28,1-10