2e Dimanche de Pâques A

 On le surnomme «le jumeau».

Thomas a donc un frère ! Un frère semblable à lui…

Mais l’Évangile ne nous dit absolument rien sur ce frère…

Pourquoi ?

Parce que ce jumeau de Thomas, c’est chacun de nous.

 

Nous pouvons découvrir en Thomas, comme dans un miroir,

notre propre situation spirituelle,

notre expérience du Ressuscité.

Qu’est-ce qui nous rend «parent» de Thomas ?

D’abord le fait que nous n’avons pas vu le Ressuscité

et qu’il nous faut croire.

Ensuite le fait que nous pouvons

quand même réellement toucher le Ressuscité par la foi.

 

Premièrement, nous sommes donc jumeaux de ce Thomas,

qui au soir de la Pâque, n’a pas vu le Ressuscité (Jn 20,24).

Nous non plus, frères et sœurs, nous n’avons pas vu le Ressuscité.

Nous le verrons – cela est certain –

mais pour l’instant, durant le pèlerinage de notre vie terrestre,

notre foi ressemble à certains égards, à une non-expérience :

nous n’avons pas vu !

Il était très important pour nous,

que l’un des apôtres manque le rendez-vous avec le Ressuscité.

À travers cela, l’Évangile révèle le sens profond

de notre propre situation :

«Heureux ceux qui croient sans avoir vu !» (Jn 20,29).

 

Il y a un vrai manque dans notre relation au Christ Ressuscité :

Nous attendons vraiment le face à face qui n’est pas encore donné.

Le chemin de la foi est parfois difficile ;

le mystère est si grand qu’il n’est pas étonnant

que nous soyons parfois traversés par des impressions d’irréalité.

Cela ne veut pas dire que nous ne gardons pas le cap.

Nous voulons croire, et nous croyons vraiment ;

nous avons même beaucoup de raisons,

d’admirables raisons  de croire,

mais c’est tellement immense !

Nous ne pouvons pas ressentir ce que nous croyons.

Nous ne pouvons pas encore voir.

 

Qu’à fait Thomas, pendant ces huit jours d’attente du face à face ?

Il a dû regarder la communauté.

Il  a dû être impressionné  – comment ne l’aurait-il pas été ? –

par la certitude paisible des autres disciples, leur joie,

leur paix profonde.

Et sans doute, à travers cela,

le cœur de Thomas a dû commencer doucement à s’ouvrir.

Il voyait bien que ses frères étaient transformés !

Thomas a eu besoin de la communauté, un besoin vital !

Sans la communauté, pas d’annonce de la Résurrection,

pas d’attente, pas de préparation à la rencontre ;

sans l’Église, comment rencontrer Jésus Ressuscité ?

La découverte du Ressuscité commence là,

en recevant l’expérience des autres,

cette expérience du Ressuscité

transmise dans l’Église à travers les saints.

«Oui, il est vraiment ressuscité, nous disent les saints,

– et comment ne pas penser aujourd’hui

à saint Jean Paul II et à saint Jean XXIII –,

il est ressuscité, il nous a transformés sur la terre

et maintenant nous le contemplons.».

 

Alors la           foi, même à travers le manque et dans la pénombre,

devient peu à peu une véritable expérience de rencontre

avec le Ressuscité.

C’est le deuxième aspect qui nous apparente à Thomas.

Nous ne pouvons réellement toucher le Ressuscité.

Nous le touchons, c’est vrai,

comme des aveugles qui palpent un visage,

mais nous le touchons vraiment par la foi.

Nous touchons ses plaies, nous touchons son corps,

de la façon la plus réelle possible sur terre,

grâce aux sacrements.

 

L’Eucharistie est le sommet de cette expérience.

Là, notre main, comme la main de Thomas,

touche le corps ressuscité de Jésus.

Bien plus, c’est ce corps vivifiant qui vient nous toucher,

jusque dans nos plaies,

jusque dans l’intérieur de notre cœur.

Toucher le Christ, c’est forcément se laisser toucher par lui.

 

C’est pourquoi les sacrements,

qui nous mettent ensemble en contact avec le Ressuscité,

sont aussi les moments de l’expérience la plus intime

de la présence de Dieu,

la rencontre personnelle du Ressuscité.

Cela est particulièrement clair aussi

dans le sacrement de  réconciliation.

Quand je me confesse,

d’une certaine façon je touche les plaies de Jésus,

ces plaies par lesquelles il assume mon péché.

Mais en même temps, et plus profondément encore,

quand je me confesse,

c’est Jésus ressuscité qui touche mes propres plaies.

 

C’est bien ce que vit Thomas :

la rencontre du Ressuscité est en même temps

une expérience de miséricorde et de guérison.

 

Comme il a dû être bouleversant pour Thomas d’entendre

ses propres mots repris de la bouche de Jésus.

«Avance ton doigt, mets ta main dans mon côté» (Jn 20,27).

Jésus avait donc entendu, huit jours plus tôt,

les mots de refus en forme de défi.

«Si je ne touche pas, si je ne mets pas ma main dans son côté…» (Jn 20, 25).

Jésus avait entendu,

Jésus était donc là, mystérieusement,

témoin du refus, présence invisible, présence patiente.

Tout cela, Thomas le découvre d’un coup :

l’omniprésence du Ressuscité,

sa patience envers lui, sa miséricorde…

Alors de son cœur, brisé de repentir et brisé de joie,

jaillit le cri de l’adoration :

«Mon Seigneur et mon Dieu» (Jn 20,28).

 

Huit jours plus tôt, Thomas croyait Jésus absent et mort,

parce qu’il ne le voyait pas.

Mais maintenant il découvre que Jésus était bel et bien là invisiblement, dans cette absence apparente.

Méditer la Parole

27 avril 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Actes 2,42-47

Psaume 117

1 Pierre 1,3-9

Jean 20,19-31