4e Dimanche de Pâques A

 «Les brebis suivent le berger car elles connaissent sa voix.» (Jn 10,4)

Pour une brebis,

mémoriser la voix du berger est une question de vie ou de mort.

La brebis ne se guide que par le son de cette voix.

Comme on le sait, la brebis ne regarde pas tellement ou elle va ;

elle fait confiance en quelque sorte, tout en broutant,

à la voix du berger

qui la rappelle si elle s’éloigne,

qui l’encourage si elle traîne,

qui l’avertit s’il y a un danger.

Mais si la brebis  venait à oublier la voix du berger,

si elle ne l’écoutait plus, ou si elle la confondait,

cette voix avec d’autres voix qui ne sont pas celle du berger

mais des mercenaires,

alors, livrée à elle-même, elle divague

et, isolée, elle ne sait plus se diriger,

elle ne sait plus où aller.

 

Il en va de même pour nous, frères et sœurs :

La voix de notre Bon Berger (Jn 10,11),

l’écho de sa parole au fond de notre cœur est notre boussole.

Sans cette voix en nous,

nous ne pouvons pas trouver la direction profonde,

unifiante de toute notre vie.

Et nous nous fatiguons alors, comme le dit ailleurs Jésus (Mt 9,36),

nous nous fatiguons parce que nous n’avons plus de berger.

Non parce que nous marchons trop,

mais parce que nous marchons au hasard ;

nous nous fatiguons,

non parce que la vie a trop d’exigences,

mais parce que la vie n’a pas assez de sens.

 

Alors, pour trouver notre route,

ou pour re-trouver peut-être notre route,

il nous faut faire comme la brebis :

Écouter !

Écouter l’écho de la voix du berger,

imprimée dans la mémoire de notre cœur

depuis notre baptême notamment.

C’est la voix du Christ en nous,

« plus intime à nous que nous-mêmes » (S. Augustin, Conf, III, vi, 11)

 

Le jour où nous prenons conscience de cette voix,

cette présence vivante,

cet appel constant de Jésus au plus profond du cœur,

ce jour-là, on peut dire que notre vie prend sens.

Car c’est la voix du Berger,

c’est la voix de celui qui nous a créés,

qui nous crée à chaque instant,

c’est la voix de notre origine et c’est la voix de notre but.

 

Que fait, frères et sœurs, cette voix du Christ au fond de nous ?

Comment pouvons-nous la reconnaître ?

À quoi se manifeste-t-elle ?

L’Évangile d’aujourd’hui nous l’apprend.

«Les brebis écoutent la voix du berger,

ses brebis, il les appelle, chacune par son nom.»

Il les appelle chacune par son nom et «il les fait sortir» (Jn 10,3).

Voilà les deux points.

 

«Il les appelle chacune par son nom» (Jn 10,3).

Voilà la première caractéristique de la voix du Christ en nous,

ce à quoi nous pouvons la reconnaître :

Nous nous sentons appelés par notre nom !

Bien sûr, notre nom n’est pas prononcé de façon audible, quoi que…,

mais c’est de cet ordre-là, mystérieusement…

La présence du Christ est une présence qui appelle,

et qui appelle d’une façon incroyablement personnelle,

et c’est sa signature…

À ce moment-là, nous nous sentons connus,

et connus à fond, comme personne,

pas même notre propre conscience, ne nous connaît.

 

«Seigneur dit le psaume 138n

tu ne sondes et me connais. (…)

Déjà tu connaissais mon âme

et mes os n’étaient point cachés de toi

quand je fus façonné dans le secret…»

 

Cette voix du Christ,

cet appel où nous nous sentons connus depuis toujours,

n’est comparable à aucune autre voix,

elle est créatrice,

elle est la voix du Verbe,

du Verbe en qui nous sommes créés,

en qui nous sommes appelés à l’être.

Elle est créatrice, elle nous donne d’exister,

elle nous nomme comme personne ne nous a jamais nommés,

et elle nous re nommera au jour de notre mort,

pour nous re susciter à l’existence.

 

À partir de là, le Bon Berger fait une deuxième chose.

Sa voix intérieure produit un effet caractéristique,

qui signe l’authenticité de la rencontre.

Elle fait sortir la brebis.

«Ses brebis, le berger les appelle chacune par son nom,

et il les fait sortir» (Jn10, 3).

 

Qu’est-ce que cela signifie ?

Qu’est- ce que «sortir» à la voix du berger ?

C’est sortir de nous-mêmes, de nos ténèbres intérieures d’abord.

La voix intérieure du Christ,

parce qu’elle est créatrice, est libératrice.

Vraiment écoutée, elle est la source,

et à vrai dire la seule source, de toute conversion.

Mais, en même temps, cette voix nous fait sortir,

en nous ouvrant une porte, nous dit l’Évangile (Jn 10,1-3).

Elle nous fait sortir de nous-mêmes,

en nous ouvrant une porte toute nouvelle sur l’avenir,

un chemin possible, peut-être, et souvent inattendu !

 

C’est cela que nous appelons «vocation».

La vocation n’est pas un chemin tracé d’avance, automatiquement, et qu’il faudrait trouver comme la réponse à une grande devinette !

Notre vie n’est pas un jeu de piste

et Dieu ne nous envoie pas des signes

comme les indices d’une charade

qu’il faudrait trouver en réfléchissant bien.

Non ! Dieu ne joue pas avec nous !

Mais Dieu, parce qu’il est Dieu, crée le possible.

Il ouvre toujours une porte.

Dieu crée le possible,

et la vocation c’est cette porte nouvelle

qui s’ouvre souvent inattendue

à partir de la rencontre personnelle avec le Christ.

C’est ce lien entre la voix et la vocation qui est important,

ce lien entre la rencontre personnelle

et la nouvelle possibilité qui s’ouvre.

 

Le Bon Berger nous nomme,

et en nous nommant il nous fait sortir, il ouvre une porte (Jn 10,2).

Une lumière nouvelle passe par cette ouverture,

et cette lumière, traversant en quelque sorte l’embrasure de la porte,

dessine soudain un chemin à travers toute notre vie,

un chemin de lumière,

si bien qu’on a l’impression,

que tout converge naturellement vers cette porte.

Dieu vient d’ouvrir une possibilité nouvelle

et cela illumine par le fait même tout notre passé,

l’éclaire d’une lumière qui est à la fois inattendue et cohérente.

Ce n’est pas un projet que j’ai construit par moi-même

et argumenté avec mon cerveau,

c’est un chemin qui  m’attire d’une façon simple,

surnaturel et naturel à la fois,

sans que je puisse l’expliquer totalement,

mais je sais que ce nouveau désir de vivre,

et de «vivre en abondance» (Jn 10,10),

vient de la rencontre avec le Christ,

qu’il vient de ces moments où, au fond de mon cœur,

il a prononcé mon nom,

ces moments où j’ai compris

que j’étais une personne unique à ses yeux.

 

Cela conduit des jeunes

à envisager la vie religieuse ou sacerdotale

comme une possibilité,

comme une porte vraiment qui s’ouvre.

 

Et quand cette porte s’ouvre, dans une vie,

beaucoup de lumière entre,

et trace un chemin qui donne une joie profonde.

Mais il faudra vérifier,

et c’est un dernier point sur lequel l’Évangile nous éclaire,

il faudra vérifier si ce désir, peut-être cette question,

vient bien du dialogue avec le Christ,

s’il y a bien ce lien entre la voix reconnue et la vocation possible.

 

Car il peut y avoir en nous d’autres voix intérieures,

les voix des mercenaires

qui ne sont pas celle du vrai berger.

Ces voix peuvent imiter celle du berger,

Méditer la Parole

11 mai 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Actes 2,14a.36-41

Psaume 22

1 Pierre 2,20b-25

Jean 10,1-10