5e Dimanche de Pâques

 En marche vers la pleine lumière

 Les paroles de Jésus que nous venons d'entendre

ont été prononcées, d'après l'évangile selon saint Jean,

juste après le dernier repas du Seigneur avec ses disciples.

 

Jésus leur annonce une séparation imminente,

et les disciples en sont profondément troublés.

Or cette séparation ne doit pas être une cause de tristesse et de désespoir,

car elle n'est pas une fin, mais un commencement nouveau.

 

De quelle séparation s'agit-il ?

Celle de la Passion et de la mort de Jésus sur la croix ?

Oui, d'une certaine manière. Mais pas seulement !

Si la liturgie de l’Église nous propose d'entendre ce passage d'évangile durant le temps de Pâques,

c'est bien que la séparation en question est plus encore celle de l'Ascension.

 

Jésus ressuscité apparaît à une partie de ses disciples pendant quarante jours,

mais le Vivant doit rejoindre son Père et les laisser seuls.

Et c'est bien là notre condition d'aujourd'hui :

le Christ est vivant, nous le croyons,

il est assis à la droite du Père où il intercède pour nous,

mais le plus souvent, nous n'éprouvons pas sa présence.

 

C'est la condition des chrétiens jusqu'à la fin du monde :

Jésus est avec eux, uni à eux par le lien puissant de l'Esprit Saint,

mais pour autant, ils restent seuls au milieu d'un monde qui résiste à Dieu et à sa Parole.

 

Cette séparation est pourtant non pas un mal mais une force.

Elle produit du neuf,

elle dégage un entre deux qui ouvre à l'envoi de l'Esprit Saint.

Jésus le dit un peu plus loin : «C’est votre intérêt que je parte ;

car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ;

mais si je pars, je vous l’enverrai» (Jn 16,7).

 

Or l'Esprit Saint nous est justement envoyé

pour nous faire entrer dans une nouvelle relation avec Jésus.

Une relation transformante qui nous unit à lui d'une manière totalement nouvelle :

elle fait de nous des fils de son Père ;

l'Esprit en nous réconcilie notre cœur et le tourne vers le Père de tendresse.

 

Cette transformation passe nécessairement par Jésus.

Il est le chemin,

c'est-à-dire qu'il est le moyen par lequel nous retrouvons l'accès à la maison du Père.

Il est le chemin, mais il est aussi le but !

Car c'est à travers l'humanité de Jésus que nous pouvons entrer en communion avec le Père.

Jésus ne cesse de le dire dans ce passage :

«Je suis dans le Père et le Père est en moi.

Et là où je suis, vous y serez aussi.»

Jésus fait tellement un avec le Père

qu'il est lui-même la maison du Père.

Et en lui, chacun peut trouver sa demeure.

 

Ce qui est admirable, c'est l'amour personnel et unique que Dieu porte à chacun de nous.

Nous ne sommes pas un tout indistinct,

et quand nous revêtons le Christ,

nous n'enfilons pas un prêt-à-porter !

 

Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père

et chacun peut trouver sa place en étant vraiment lui-même,

en devenant vraiment lui-même.

Il ne s'agit pas de nous plier à des stéréotypes ou à des attitudes toutes faites

pour ressembler à un modèle irréel de chrétien :

ça n'aurait vraiment rien de chrétien, justement !

 

Il s'agit au contraire de nous engager sur un chemin -

Jésus est le chemin !

Et sur ce chemin, nous découvrons peu à peu qui nous sommes,

nous pouvons nous laisser aimer, nous laisser créer.

Car c'est seulement sous un regard d'amour et de vérité

qu'un homme, qu'une femme peut s'ouvrir à sa pleine vocation humaine,

au total déploiement de ses potentialités.

 

Alors notre vie peut devenir féconde,

immensément féconde !

Jésus le dit en ces termes :

«Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi.

Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers mon Père.»

 

Jésus part vers son Père,

il semble nous laisser seuls.

Mais son départ est justement en vue d'une communion plus grande,

plus pleine !

 

Comment entrer nous aussi dans ce mystère ?

D'abord en acceptant ce que Jésus nous demande.

C'est-à-dire non plus vivre seulement en cherchant à posséder,

fût-ce à posséder Jésus, ou la vertu, ou une vie impeccable !

Mais en marchant par la foi !

 

Notre condition de chrétien, c'est en quelque sorte une condition de pèlerin :

nous marchons vers la maison du Père

en reconnaissant que nous sommes

«des étrangers et des voyageurs sur la terre» (cf. He 11, 13).

Mais le pèlerin est tout joyeux,

car même si sa situation peut sembler précaire,

il sait qu'il entre pas après pas dans la réalisation du but.

Le simple fait de se mettre en marche chaque jour

lui donne l'assurance qu'il est en train d'entrer en possession du but.

Ce but qu'il ne tient pourtant pas dans ses mains,

mais qu'il reçoit du chemin lui-même.

 

Il en est ainsi pour nous, disciples de Jésus.

La parole de Jésus, sa vie humaine,

sa Passion et sa Résurrection sont notre chemin.

Et au fur et à mesure que nous y avançons,

le Christ lui-même se donne à nous, s'unit à nous,

et nous donne l'assurance que c'est lui qui nous tient entre ses mains.

 

Alors notre joie grandit,

et rien ni personne ne peut nous la ravir.

 

Dans la deuxième lecture, saint Pierre utilise une autre image :

non pas celle du chemin, mais celle d'un chantier de construction !

Jésus construit un Temple saint.

Et nous sommes les pierres de construction.

Par elles-mêmes, ces pierres ne valent pas grand chose.

Mais dans les mains du Bâtisseur, elles deviennent «des pierres choisies et de grande valeur» !

 

Et le Temple ainsi construit devient une maison de prière pour tous les peuples,

«un sacerdoce royal, une nation sainte» !

Le seul fait que Jésus nous ait choisi et fasse grandir en nous la foi

nous donne d'annoncer les merveilles de Dieu.

Jésus nous donne les uns aux autres pour que nous formions l’Église,

et cet édifice divin resplendit, non de la lumière des pierres,

mais de la lumière radieuse de Dieu, pour attirer tous les hommes.

 

Frères et sœurs, devenons ce que nous sommes !

N'ayons pas peur de rayonner de la lumière du Christ.

Nous n'avons à en tirer aucun orgueil : ce n'est pas nous, c'est Christ qui vit en nous.

À lui la gloire et l'honneur !

 

Mais si nous n'avons pas à tirer d'orgueil d'avoir été choisi par Dieu pour l'annoncer,

nous pourrions au contraire être couverts de honte pour ne pas être fidèles à notre mission.

Dieu nous a mis sur le chemin, c'est pour que nous y marchions !

Il a fait de nous des pierres vivantes, c'est pour que nous formions le Temple saint !

 

Il nous faut agir selon notre appel,

renoncer à nous-mêmes pour devenir ce que Dieu nous appelle à être.

N'ayons pas peur de nous engager dans les grands espaces du Royaume de Dieu.

 

Pour cela, les apôtres ont pris les décisions qui s'imposaient :

ils ont délégué le service des tables

pour pouvoir assumer pleinement leur mission de prière et de prédication (cf. Ac 6, 1-7).

Chacun de nous a aussi à prendre les dispositions qui s'imposent

afin de pouvoir être fidèle à sa mission,

à une vie de chrétien pleine et féconde.

 

L’Église est appelée à accomplir les grandes œuvres de l'amour et de la réconciliation

au cœur du monde.

Pour cela, chacun de nous est appelé à marcher sur le chemin véritable :

Jésus est le chemin.

En vivant ainsi jusqu'au bout notre foi,

nous serons dans la paix, car nous aurons trouvé notre demeure,

et nous serons dans la joie, car l'Esprit Saint habitera dans le Temple saint de notre vie.

 

Seigneur Jésus,

fait grandir en nous la foi,

vivifie-nous par ta Parole vivante. Alleluia !

Méditer la Parole

18 mai 2014

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Actes 6,1-7

Psaume 32

1 Pierre 2,4-9

Jean 14,1-12