6e Dimanche de Pâques

 Devenez mes témoins

 «Si vous m'aimez...»
Jésus n'y va pas par quatre chemins !
Comme seuls des amis très proches peuvent se parler,
il nous questionne sur ce qui constitue la nature même de notre relation :
sommes-nous reliés à Jésus par l'amour ?

On est toujours un peu gêné par une telle question ;
nous entourons spontanément nos propos sur l'amour
de beaucoup de pudeur et de nuances.

Jésus, au contraire, s'installe directement dans l'intimité de la relation.
Il n'hésite pas à nous interroger sur notre amour pour lui,
et par une demande directe.
Lui-même, quand il parle d'amour, semble assuré et clair,
là où nous prenons mille précautions.

Peut-être ne voyons-nous pas la même chose que lui
quand nous cherchons à discerner l'amour...
Nous scrutons nos sentiments ; mais nos sentiments sont versatiles.
Le mouvement spontané de notre cœur est imprévisible,
et par nature bien égoïste.

D'ailleurs, peut-on vraiment savoir si nous aimons en vérité ?
N'est-ce pas plutôt nos propres besoins d'affection, de sécurité ou de désir de possession
que nous cherchons à combler ?
Sait-on seulement aimer gratuitement, aimer un autre simplement pour ce qu'il est ?

Pour Jésus, notre amour pour lui ne semble pas se situer en priorité
sur le registre de l'émotion affective,
mais plutôt au niveau de l'engagement effectif.
«Si vous m'aimez, dit Jésus, vous resterez fidèles à mes commandements.»
Et plus loin : «Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle,
c'est celui-là qui m'aime.»

Voilà qui peut nous étonner,
surtout quand on constate que Jésus parle très rarement de ses commandements.
Il emploie plutôt le terme au singulier quand il dit à ses disciples :
«Mon commandement, le voici :
Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés» (Jn 15, 12).

Pour comprendre ce mot au pluriel,
il suffit de continuer un peu notre lecture de l'évangile.
Jésus poursuit en disant :
«Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole» (Jn 14,23).
Dans une même formule, Jésus remplace maintenant mes commandements par ma parole.

Comment donc comprendre la nature de l'amour par lequel Jésus veut nous unir à lui ?
Au long de l'évangile, la parole de Jésus opère des liens et des distinctions,
des rapprochements et des séparations.

Ainsi qu'au commencement, Dieu, par sa parole,
a créé le monde en séparant la lumière et les ténèbres,
les eaux de la mer et les nuées du ciel,
puis la terre et la mer,
ainsi la parole de Jésus nous recrée :
elle nous sépare de ce qui nous enchaîne à la mort et au péché,
et nous relie à ce qui engendre à la vie.

Aimer Jésus, c'est le laisser régénérer en nous la Vie.
Celui qui aime Jésus laisse agir en lui sa Parole pour qu'elle ait une prise sur lui,
il se laisse transformer par l'évangile,
et peu à peu, il y collabore en y mettant toute sa volonté.
L'évangile n'a pas toujours la forme d'un commandement,
mais elle est toujours un appel à se laisser déplacer,
se laisser former à nouveau par Jésus.

Comment aimer Jésus sans aimer l'évangile ?
Comment aimer Jésus sans aimer les autres, qui sont tous appelés à être nos frères ?
Comment aimer Jésus sans désirer être transformé par son amour ?

Jésus nous fait aujourd'hui une promesse ferme et forte :
si nous nous engageons dans cette aventure,
si nous nous remettons joyeusement dans les mains de sa Parole pour en être modelé,
alors il sera toujours avec nous, quoi qu'il arrive.

Il le dit et le répète :
«Je prierai pour vous le Père ;
Je ne vous laisserai pas orphelin ;
Le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant.
Je me manifesterai à vous...»

Si Jésus dit cela aux disciples juste avant sa séparation,
alors qu'il sait que son heure est venue d'aller vers le Père,
c'est parce qu'il est sur le point de les faire entrer dans un mode de relation tout nouveau.

Cette relation des disciples avec lui doit passer à une profondeur radicalement autre.
Non plus une relation d'ordre physique ou psychique,
puisqu'il ne sera plus à leurs côtés : il s'en va vers son Père.
Le lieu de cette relation, désormais, doit être le cœur profond,
l'être spirituel du disciple,
cette vérité primordiale de notre personne que nous connaissons nous-même si peu !

Le monde en est même incapable.
Mais les disciples, eux, bénéficient de la prière de leur Seigneur,
afin que le Père leur envoie l'Esprit Saint qui sera toujours avec eux.

L'Esprit est déjà en nous, qui nous fait frémir à la Parole de Jésus,
qui nous fait reconnaître sa voix
comme une brebis reconnaît entre toute la voix de son berger.

L'Esprit Saint nous fait voir et entendre Jésus vivant
là où le monde ne peut ni voir ni comprendre.
Il nous donne la force de persévérer,
le courage et l'audace pour croire dans les paroles du Christ,
et plus que tout, l'ouverture intérieure pour découvrir
qu'en notre cœur profond, le Père lui-même, attiré par le Fils,
vient faire en nous sa demeure.

La séparation devient en fait une rencontre inimaginable :
Jésus introduit les disciples dans son union avec le Père,
il élargit leur cœur à la dimension de la vie trinitaire,
jusqu'à une profondeur qui est celle du Cœur de Dieu !

C'est ce qui se passe dans la lecture des Actes des Apôtres :
Philippe arrive en Samarie et il y annonce l'évangile.
Les gens de Samarie accueillent la parole de Dieu,
et tous sont saisis par une grande joie !

Mais il fallait que Pierre et Jean viennent imposer les mains aux nouveaux croyants
afin qu'ils reçoivent l'Esprit Saint
et que leur relation au Christ fasse jaillir en eux une puissance de Vie.
Alors seulement, les nouveaux disciples purent transmettre à leur tour la vie nouvelle.

Dans la deuxième lecture,
saint Pierre exhorte les disciples à être toujours prêts
pour «rendre compte de l'espérance qui est en eux».
Cette espérance, c'est la vie même de Dieu transmise par l'Esprit Saint.
C'est l'assurance que Dieu habite en nous
afin que notre vie, transformée par la parole de Jésus, porte beaucoup de fruit.

Osons dès lors devenir des témoins !
Si Jésus est avec nous tous les jours,
plus encore, s'il est en nous et pour nous,
qu'attendons-nous pour annoncer l'évangile et transmettre le Christ autour de nous ?

Nous le ferons «avec douceur et respect», comme le demande Saint Pierre,
nous le ferons sans honte et avec courage, et fort de cette certitude :
rien n'est plus grand et plus nécessaire que de communiquer Jésus ressuscité !

Si la force nous manque,
rappelons-nous la parole de Jésus :
«Demandez, et vous recevrez.
Car le Père céleste donnera l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent» (Lc 11,13).

À l'approche de la Pentecôte,
notre prière doit se faire plus ferme et insistante :

Seigneur, donne-nous l'Esprit de sainteté,
renouvelle en nous ta Vie,
unis-nous davantage à Jésus et à nos frères et sœurs.
Renouvelle ton Église pour qu'elle annonce sans crainte Jésus au monde.

Méditer la Parole

25 mai 2014

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Actes 8,5-8.14-17

Psaume 65

1 Pierre 3,15-18

Jean 15-21