Ascension du Seigneur - A 

Comme les pétales d’une fleur
qui se déploient l’un après l’autre, progressivement,
les événements successifs de la Résurrection,
de l’Ascension et de la Pentecôte
sont en fait un seul et même mystère
qui déploie progressivement toute sa richesse.
 
C’est l’unique mystère pascal,
mystère de l’Amour infini qui s’est anéanti,
comme une semence enfouie en terre
et qui maintenant produit son fruit.
Ce germe c’est Jésus Ressuscité.
Germe de vie toute puissante
qui grandit jusqu’à la fin des temps.
Il grandit au point faire craquer les limites de l’Histoire.
Il est devenu très vite un grand arbre qui aujourd’hui,
par l’Ascension, s’élève jusqu’aux cieux
et qui demain, par la Pentecôte va plonger ses racines,
jusqu’au plus profond du cœur des hommes,
faisant couler dans ces cœurs la sève de l’Esprit Saint.
 
C’est d’un même mouvement que Jésus pénètre aujourd’hui
par l’Ascension,
avec son humanité dans les cieux, dans le cœur du Père,
et qu’il va pénétrer demain,
par la Pentecôte
en son Esprit, dans le cœur de ses frères.
Aujourd’hui, Jésus ne s’éloigne pas de nous,
– comme si le fait de pénétrer dans les cieux,
lui faisait abandonner notre monde –,
non, mais comme un arbre immense,
sa présence grandit, en même temps vers le ciel et dans la terre,
au plus intime de la Sainte Trinité,
et au plus profond de notre humanité.
Le corps ressuscité de Jésus est devenu le trait d’union
entre le ciel et la terre.
 
Ce corps glorifié de Jésus ne nous quitte pas,
mais s’il se dérobe à nos yeux,
c’est parce qu’il est devenu plus grand que le monde,
débordant les frontières du temps et de l’espace
auxquelles nous sommes habitués
– un peu comme une mère est invisible
aux yeux de l’enfant qu’elle porte en elle,
non par défaut de présence mais par excès.
 
Il a tout rempli de sa présence, le Ressuscité,
au ciel et sur la terre.
Dans nos vies, il est là, partout présent,
comme un feu qui couve ;
à certains moments, le feu affleure
et nous percevons
comme un éclat de cette présence vivante du Ressuscité.
Mais jamais il ne nous quitte.
Certes il demeure invisible, et le plus souvent insensible,
En dehors de ces éclats privilégiés,
mais il nous prouve chaque jour, avant tout par l’Eucharistie,
qu’il nous accompagne pas à pas,
que sa présence est fidèle,
que son corps ressuscité est toujours là,
offert continuellement, jusqu’à la fin des temps.
«Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps» (Mt 28,20).
 
*
L’Ascension n’est donc pas un simple événement révolu
qui succèderait à la Résurrection
pour laisser place à autre chose ensuite.
L’Ascension est plutôt une dimension de la vie du Ressuscité.
Comme le pétale dans le bourgeon,
cette dimension de la «montée vers le Père»
est  déjà présente dès le commencement, dès le jour de Pâques.
«Ne me retiens pas !» dit le Ressuscité à Marie-Madeleine,
car je n’ai pas achevé de monter vers le Père» (cf. Jn 20,17).
Le Ressuscité est dès le début en état «d’ascension»,
de «montée vers le Père».
 
La vie nouvelle du Ressuscité
possède deux dimensions inséparables :
totale communion de Jésus, dans toute son humanité, avec le Père, et totale communion avec les hommes.
Si la première dimension se révèle pleinement à l’Ascension,
la seconde se révèle pleinement à la Pentecôte.
Mais, dans les deux cas, le mouvement est sans fin
comme est sans fin la vie du Ressuscité.
Sans fin, il pénètre par son Esprit dans le cœur des hommes,
et il se répand sur l’Église donnant son corps et son sang
y faisant habiter la présence même du Père.
Et sans fin Jésus pénètre dans les cieux, dans le cœur du Père
y entraînant du même coup les hommes qui s’attachent à lui.
Ce mouvement d’Ascension dans le cœur du Père est sans fin.
 
L’humanité transfigurée de Jésus est comme un fleuve qui se jette continuellement dans l’océan de la vie trinitaire :
on ne peut pas plonger dans ce fleuve
sans être entraîné à son tour dans ce mouvement,

comme spontanément,
au-delà de nos espérances vers une vie plus vraie,
plus grande dans l’amour.
Voilà frères et sœurs notre unique avenir, le cœur du Père,
ne lui résistons pas !
Amen. Alléluia.

Méditer la Parole

29 mai 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Actes 1,1-11

Psaume 46

Ephsiens 1,17-23

Matthieu 28,16-20

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