7e Dimanche de Pâques

 Pourquoi demander l'Esprit Saint ?

 Après que Jésus est remonté aux cieux,

les Actes des Apôtres nous disent que les Onze

quittèrent le mont des Oliviers

pour se rassembler à Jérusalem

dans la chambre haute que l’on appelle Cénacle.

Marie était avec eux,

ainsi que d’autres femmes et des proches.

On imagine sans peine les sentiments mêlés

qui doivent habiter les cœurs :

à la fois la tristesse de la séparation

après le départ de Jésus vers son Père

qui clôt les quarante jours d’apparitions depuis la Résurrection,

et en même temps, la joie de la promesse

que Jésus leur a laissée.

« Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint,

qui descendra sur vous » (Ac 1,8).

Que vont-ils donc faire rassemblés au Cénacle ?

« D’un seul cœur ils participaient fidèlement à la prière »,

nous dit l’Écriture.

Les disciples prennent au sérieux la promesse de Jésus 

et ils vont s’y préparer en priant avec ardeur.

Au Cénacle, ils vont vivre une école de prière

pour rendre leurs cœurs dociles à la venue de l’Esprit.

Et la présence de Marie au milieu d’eux est précieuse.

Car elle qui méditait toutes choses en son cœur,

connaît ce chemin de l’intériorité.

Marie enseigne aux Apôtres

à faire silence, à descendre par la prière dans leur cœur profond

où l’Esprit veut bâtir son temple.

 

Ensemble, ils vivent ce partage de la prière,

tout en privilégiant une forme de prière

qui doit être aussi la nôtre

en ces jours qui nous séparent, nous aussi,

de la fête de Pentecôte.

Cette forme de prière, c’est la prière de demande.

Avec Marie, avec les Apôtres,

notre prière doit se faire suppliante :

Seigneur, envoie ton Esprit,

donne-nous la force  d’En-haut,

recrée-nous au souffle de l’Esprit.

« Demandez et l’on vous donnera »,

a dit Jésus à ses disciples (Lc 11,9).

Et il a même ajouté :

« Si donc vous qui êtes mauvais,

vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,

combien plus le Père du ciel

donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient » (Lc 11,13).

La joie du Père, c’est de nous donner l’Esprit,

alors il ne peut refuser ou faire attendre

ceux qui demandent avec foi ce don de l’Esprit !

Par conséquent, frères et sœurs, comme Marie, comme les Apôtres,

osons demander, invoquons, 

frappons à la porte, supplions.

 

N’est-ce pas ce que Jésus lui-même fait

dans son ultime prière que nous avons entendue

dans l’Évangile : « Père glorifie ton Fils…

Père, donne-moi la gloire… »

Jésus lui-même a demandé,

alors que « tout fut par lui et que sans lui rien ne fut » (Jn 1,3).

Par la prière de demande, Jésus permet

à son Père d’exercer sa paternité

et, par là même, il devient lui-même davantage fils.

 

La finalité de la prière de demande

est effectivement de filialiser celui ou celle qui prie.

La prière filialise notre cœur, elle filialise notre esprit,

elle filialise nos désirs…

Elle nous rend de plus en plus semblables

à Celui qui est le Fils unique du Père, Jésus le Christ.

Plus nous demandons, plus nous devenons comme Jésus.

Nous comprenons donc que la prière de demande

n’est pas un bras de fer entre nous et Dieu.

Elle ne vise pas à informer Dieu

de la précarité de notre situation,

encore moins à lui arracher de haute lutte

un bienfait qu’il ne voudrait pas nous donner.

Non, Dieu sait infiniment mieux que nous

– et avant même que nous le demandions –

ce dont nous avons vraiment besoin (cf. Mt 6,32).

Depuis toute éternité, il le veut pour nous.

Nous pourrions nous dire : dans ce cas,

à quoi bon demander ?

Trois raisons essentielles justifient cette attitude.

 

Premièrement parce que Dieu respecte

et promeut notre dignité.

En effet, en nous inspirant de demander

ce qu’il veut déjà nous donner,

Dieu permet  qu’à notre petite mesure,

par notre prière, nous soyons de quelque manière

la cause de ce don.

 

Deuxièmement, il faut demander

parce que la prière nous transforme.

Ce ne sont pas les dispositions de Dieu

que la prière modifie, ce sont les nôtres !

Si nous laissons venir à la lumière de Dieu

les désirs profonds de notre cœur,

nous désirerons de plus en plus ardemment ce qui est bon.

La prière de demande purifie donc notre désir.

Elle nous met dans une attitude intérieure

de disponibilité à ce que Dieu veut pour nous.

Par notre prière de demande,

nous ne changerons peut-être pas le monde,

mais nous, nous serons changés !

 

Troisièmement, il faut demander

parce que la prière de demande

est un merveilleux pédagogue.

Elle nous enseigne à vivre au quotidien

cette radicale et joyeuse dépendance

vis-à-vis de notre Père du ciel.

« Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » dit l’apôtre Paul.

La prière de demande est un acte

de reconnaissance envers Dieu qui est notre Père.

 

C’est pour ces trois raisons que la prière nous filialise.

Elle libère la grâce de notre baptême.

L’apôtre Pierre nous dit qu’il peut être dur

de porter ce nom de chrétien

car il peut être cause de souffrances.

Mais les tribulations de ce monde ne doivent pas

nous faire oublier que nous avons un Père qui veille sur nous.

Jamais il ne nous oubliera.

Sa joie, comme je l’ai déjà dit,

c’est de nous donner l’Esprit Saint, le Paraclet, notre Défenseur.

 

La prière de demande par excellence,

c’est celle qui invoque la venue de l’Esprit.

Jésus n’a cessé de demander l’Esprit.

Quand il prie : « Père, glorifie ton Fils »,

il demande à l’Esprit qui est déjà

pleinement dans son âme,

d’embraser totalement son corps.

Son corps ressuscité au matin de Pâques

est la réponse du Père à sa prière.

En demandant à notre tour l’Esprit,

c’est le Corps mystique du Christ,

que nous formons tous ensemble,

que nous souhaitons pleinement voir vivant de la vie de Dieu.

Demander l’Esprit, c’est prolonger

en notre humanité appelée à la glorification

la prière de Jésus au soir de sa pâque.

Demander, c’est faire nôtre

une prière qui nous précède.

La prière de demande de l’Esprit

n’est donc pas notre œuvre.

Elle est un don, une grâce.

Elle est déjà l’œuvre de l’Esprit en nous.

Comme il faut du temps pour permettre

au feu de rendre la bûche incandescente,

de la même manière demander l’Esprit

nous permet de collaborer à cet enracinement

progressif de l’Esprit dans notre cœur.

Nous serons totalement embrasés par l’Esprit

quand nous pourrons dire au Père :

« Tout ce qui est à moi est à toi

et tout ce qui est à toi est à moi » (Jn 17,10).

 

Père, tu nous vois ici rassemblés,

comme Marie et les Apôtres au Cénacle,

unis d’un même cœur

pour te demander l’Esprit Saint.

Envoie sur nous la force d’En-haut

que Jésus a promise.

Fais de nous tes fils et tes filles

et des témoins dans le monde de la joie de l’Évangile.

Méditer la Parole

1er juin 2014

Abbatiale du Mont-Saint-Michel

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Actes 1,12-14

Psaume 26

1 Pierre 4,13-16

Jean 17,1-11