Solennité de Pentecôte

 Laissons-nous surprendre par l'Esprit Saint !

 Depuis la première semaine après Pâques,

nous avons lu en continu les Actes des Apôtres.

Nous y avons suivi la diffusion de l’Évangile

depuis le Cénacle de Jérusalem

jusqu’au cœur de Rome,

Rome la capitale de l’empire romain

et de la culture gréco-romaine.

À cette époque, on pourrait dire que Rome

était le centre du monde connu.

C’était comme atteindre le monde entier !

Comment cette petite poignée d’apôtres,

de disciples, de saintes femmes,

ont-ils traversé bien des frontières,

ne se sont pas laissés décourager,

et ont dépassé un nombre incalculables d’épreuves ?

 

*

 

Cette aventure avait mal commencé :

il y avait eu la lapidation d’Étienne

sans aucune forme de procès.

Mais bien vite Philippe remplit de joie la ville de Samarie

Pierre évangélise la région côtière avec une force étonnante.

Et le même Pierre accepte d’entrer chez des non-juifs

et l’Évangile pénètre le monde païen…

D’autres chrétiens sèment l’Évangile en Syrie

et ainsi peu à peu toutes sortes de frontières sont traversées.

L’Évangile pénètre l’Asie mineure (actuelle Turquie)

passe en Europe, arrive à Philippes,

irrigue la Grèce et finalement, arrive à Rome.

Les chrétiens auraient eu mille raisons de s’arrêter.

Partout la persécution, le rejet se lèvent contre eux.

 

Déjà à Jérusalem avec les autorités juives…

À Chypre, c’est un magicien qui fait la guerre à Paul.

À Antioche de Pisidie, ce sont surtout des femmes

de haute naissance qui luttent pour chasser Paul et Barnabé.

À Athènes, ce sont les intellectuels païens qui dénigrent Paul.

À Éphèse, ce sont les commençants

qui se sentent menacés et s’élèvent contre les chrétiens.

Et ainsi de suite.

Et combien de fois les chrétiens

auraient pu s’autodétruire par des chicanes.

Parce qu’il y avait ceux qui en étaient restés au baptême de Jean.

Il y avait surtout ceux qui tenaient

à ce que les païens convertis observent toute la loi juive.

Il y avait les frères qui décevaient

comme Jean surnommé Marc qui a laissé la mission.

Il y avait les désaccords entre les leaders

à commencer par Pierre et Paul.

Il y avait les différences de tempérament :

Paul le fougueux et Barnabé l’artisan de paix.

Il y avait les désaccords sur la route…

Et surtout, combien de fois la faiblesse,

la petitesse des communautés

pouvaient les mener à se sentir incapables d’affronter la mission !

Enfin, leur sort n’était pas glorieux :

Combien ont mal finis : lapidés comme Étienne,

jetés des murailles de Jérusalem comme Jacques,

crucifiés comme Pierre,

la tête tranchée comme Paul.

 

*

 

Frères et sœurs, d’où leur venait cette énergie,

ce courage, cette capacité de résilience ?

Il y avait toutes les raisons de démissionner,

de se décourager, de baisser les bras,

d’abandonner la partie.

Et pourtant, ils continuaient,

ils reprenaient la route,

ils se réconciliaient,

ils trouvaient en terrain d’entente au niveau doctrinale.

Bref, ils ressuscitaient tout le temps !

 

Et la mort, les pierres, les croix le glaive

tout cela, ils le voyaient comme les signes

d’un triomphe de l’Évangile,

parce qu’ils mourraient non dans la haine et la rancune,

mais dans le pardon et la bénédiction.

D’où leur venait cette force intérieure,

cette joie que rien ne semblait pouvoir éteindre ?

 

*

 

La réponse nous l’avons aujourd’hui.

La réponse c’est la Pentecôte.

La Pentecôte et les Pentecôtes !

Ces hommes, ces femmes avaient fait place en eux

à Quelqu’un qui était pour eux

comme un ressort intérieur.

«Vous recevrez une force, celle du Saint Esprit,

qui descendra sur vous,

et vous serez mes témoins» (Ac 1,8).

Une force, un ressort, une énergie de résurrection !

Voilà ce que nous donne l’Esprit Saint.

Vous voulez avoir une idée de la puissance du Saint Esprit ?

Écoutez ce que dit Paul :

«Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité

Jésus d’entre les morts habite en vous,

Celui qui a ressuscité Jésus Christ d’entre les morts

donnera aussi la vie à vos corps mortels

par son Esprit qui habite en vous» (Rm 8,11).

L’Esprit Saint est l’artisan de la Résurrection du Christ !

La Résurrection, c’est la puissance de l’Esprit Saint

qui se déploie dans l’humanité.

D’abord dans celle de Jésus.

Et maintenant dans la nôtre.

La Pentecôte, c’est la résurrection

qui entre dans les fibres de notre humanité.

C’est la résurrection du Christ, avec le Christ.

C’est la résurrection qui vient du Père

et nous conduit au Père,

qui rentre dans toutes les fibres de notre humanité.

 

*

 

De cela le Seigneur a voulu nous donner un indice très sûr.

Quel jour le Seigneur a-t-il choisi

pour souffler en nous ce grand Souffle de Vie ?

Le Jour de Pentecôte.

Or que signifiait la Pentecôte ?

Le sens premier de cette fête était le suivant :

à Pâque les Juifs offraient à Dieu

les premières gerbes de la moisson.

À Pentecôte on célèbre la moisson accomplie

et c’était une grande joie.

La première gerbe, c’est l’humanité de Jésus.

La moisson c’est nous !

La Pentecôte, c’est l’accomplissement, l’aboutissement de Pâque.

Si l’on regarde le sens nouveau que cette fête avait pris

surtout dans le milieu pharisien :

Pâque c’était la fête de la sortie de l’Égypte :

la liberté, la libération.

Pentecôte c’était l’Alliance, le don de la Loi.

C’était la possibilité de vivre avec ce Dieu qui nous a libérés,

de demeurer dans la grâce de la libération,

de vivre en hommes et femmes libres.

Là aussi la Pentecôte était le déploiement

de la grâce de Pâque.

C’est ce jour-là que le Seigneur a choisi

pour l’effusion de l’Esprit Saint.

Pour que ce soit bien clair que la Pentecôte,

c’est le déploiement en nous de la grâce de Pâques.

La souffrance imprégnée d’amour,

la croix qui devient glorieuse,

la mort qui est vaincue,

le triomphe aussi humble que puissant de la Résurrection,

ce n’est pas seulement pour Jésus de Nazareth.

C’est pour nous tous.

C’est pour tous les humains qui croient en Jésus.

C’est cela qui faisait que les premiers chrétiens

traversaient les frontières,

entraient dans d’autres cultures,

dépassaient les épreuves,

se réconciliaient.

L’Église c’est le peuple de la résurrection.

Pas comme une idée ou une théorie ou un slogan

mais comme une réalité

une surprise continuelle qui est en nous.

 

Alors frères et sœurs,

comment allons-nous regarder

la faiblesse, la fragilité de l’Église en Occident aujourd’hui ?

C’est simple :

si l’Esprit n’est pas notre vie,

nous allons nous décourager

et notre foi va ou s’éteindre ou se rigidifier comme une momie.

Mais si l’Esprit est notre vie,

si nous accueillons la Personne de l’Esprit,

la situation actuelle certes nous éprouve, nous inquiète

mais elle est certainement le lieu où se manifeste la résurrection.

Laissons-nous surprendre par l’Esprit Saint !

Méditer la Parole

8 juin 2014

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Actes 2,1-11

Psaume 103

Colossiens 12,3b-7.12-13

Jean 20,19-23