Solennité de la Trinité

 La Vie éternelle rime avec vie fraternelle

 «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils» (Jn 3,16).

Par amour, dans l’amour,

Dieu qui est Père, nous donne son Fils.

 

Je voudrais regarder avec vous une expérience

très concrète de ce don que le Père nous fait.

 

Un matin vous prenez un bon dix ou quinze minutes

pour lire la Parole de Dieu.

Vous la lisez, la méditez ;

vous réfléchissez, priez, goûtez la Parole.

Et peu à peu vous faites l’expérience 

d’une connexion intérieure avec la Parole.

Vous vous rendez compte

que votre cœur est maintenant habité.

Pas par des mots, mais par quelqu’Un.

Une Présence.

Ça ne s’explique pas… ça se vit…

 

Et quel que soit le texte,

c’est la même grâce que l’on vit,

même si c’est avec des couleurs variées.

Je suis désormais avec Quelqu’Un.

Mon cœur n’est plus suspendu dans le vide et la solitude.

Il n’est plus à la merci des événements.

Comme le dit Jérémie, «ta Parole m’a rendu 

profondément heureux» (Jr 15,16).

 

C’est une expérience que connaissait et connaît Israël.

«Grande est la paix de ceux qui aiment ta loi, dit le psalmiste :

Pour eux plus d’obstacle» (Ps 119,165).

 

Et c’est un secours immense 

quand des épreuves surviennent :

«La détresse et l’angoisse m’ont saisi

mais tes commandements sont mes délices» (Ps 119,143).

 

Cette grâce de la Parole est si forte

qu’Israël proclame :

«La bouche grande ouverte, 

j’aspire avide de tes commandements» (Ps 119,131).

«Et si pour moi tu restes muet,

je ressemblerai aux moribonds» (Ps 28,1).

 

Israël connaissait et connaît cette grâce de la Parole,

mais pour nous, elle a maintenant un visage :

celui de Jésus.

Quand la Parole te donne vie,

c’est que le Père t’a donné son Fils

Et toi désormais tu as le goût de Dieu,

tu as le goût de servir,

tu as le goût d’occuper la dernière place,

tu as le goût d’aimer !

 

*

 

Maintenant, je voudrais regarder avec vous 

une autre expérience.

 

Vous prenez un moment d’intériorité,

ou vous priez avec des frères et sœurs,

ou vous vivez la liturgie avec le cœur…

et vous priez : «Viens Esprit Saint !»

Vous lui demandez de venir.

Ce qui veut dire que vous vous ouvrez à sa Présence

qui est une continuelle venue.

 

Alors vous vous rendez compte

que quelque chose s’est animé, 

s’est allumé en vous.

Il y a en vous une sorte d’élan, de ressort intérieur,

de capacité de résilience inhabituelle.

Il y a aussi le désir d’être surpris par Dieu.

 

C’est que vous avez reçu l’Esprit Saint.

C’est que le Père a envoyé dans votre cœur 

l’Esprit de son Fils.

Alors vous avez la force du service,

une force pour aller occuper la dernière place,

une force pour aimer…

 

*

 

Maintenant, regardons : 

il y a beaucoup de chrétiens

qui s’épuisent dans leur vie chrétienne, 

qui se découragent,

qui quittent leur engagements.

Il y en a même qui se suicident.

 

Il peut y avoir bien des raisons à cela.

Mais souvent ce sont des chrétiens 

qui savent beaucoup de choses,

qui ont de fortes convictions.

Ils sont généreux, ils veulent prier,

ils veulent vivre les valeurs chrétiennes

… mais ils ne se sont jamais ouverts

à cette double amitié :

l’amitié de Jésus, Parole de Dieu,

l’amitié de l’Esprit Saint, hôte très doux de nos cœurs.

 

Pour reprendre les termes de la lettre aux Hébreux,

ils ont reçu la lumière,

ils ont goûté le don céleste, l’Eucharistie,

mais ils n’ont pas eu part à l’Esprit Saint,

ni savouré la Parole excellente de Dieu (cf. He 6, 4-5).

 

Alors ils s’épuisent et n’ont aucun goût ni aucune force

pour sortir d’eux-mêmes pour aller témoigner de l’Évangile.

 

*

 

Alors, aujourd’hui, nous pourrions choisir de recueillir

toute la grâce du Carême, de Pâques, 

du Temps pascal et de Pentecôte.

Ensemble nous avons reçu la Parole,

la Parole de la croix glorieuse.

Faisons-lui place en nous !

Ensemble nous avons fait mémoire

du don de l’Esprit Saint.

Faisons-lui toute la place dans notre cœur !

 

Qu’est-ce qui se passe alors en nous ?

Non pas l’impression d’être remplis, mais d’être ouverts !

Apparaît en nous un amour neuf

qui fait place à toute personne.

Nous n’avons plus besoin d’avoir raison, 

de contrôler, d’être estimé :

il y a soudain de la place en moi

pour celui ou celle qui me conteste, me fait souffrir, m’agresse.

Nous faisons l’expérience d’une liberté intérieure :

la pesanteur de l’ego disparaît.

L’autre devient ma joie.

La personne fragile n’est plus perçue comme une menace

mais comme une joie.

 

Tout cela parce que nous avons laissé venir en nous

la Parole crucifiée et glorieuse

et l’Esprit d’Amour et de Vérité.

 

*

 

Quelquefois nous pouvons nous demander :

accueillir le Fils et accueillir l’Esprit,

comment est-ce possible ?

Et nous pouvons nous sentir submergés, déstabilisés.

Tant mieux !

C’est à ce moment-là que nous devenons 

ce que nous sommes :

des enfants de Dieu !

 

La double amitié de Jésus et de l’Esprit est bouleversante.

Si bouleversante que nous levons les yeux

vers Celui qui est constamment à l’origine de ce don :

Dieu, le Père, qui «a envoyé son Fils unique dans le monde

afin que nous vivions par lui» (1 Jn 4,9).

Dieu, le Père, qui envoie l’Esprit au nom de Jésus.

Dieu, le Père…

Dieu miséricordieux et bienveillant (Ex 34,6)

à qui Moïse demande de marcher avec nous (Ex 34,9).

Dieu d’amour et de paix

qui veut être avec nous

nous a dit l’apôtre Paul tout à l’heure (1 Co 13,11).

 

Dieu de tendresse à qui le psalmiste proclame :

«Que ta miséricorde me pénètre et je vivrai» (Ps 119,77)

 

Nous découvrons qu’il y a quelqu’Un qui nous aime

au point de nous combler de cette double amitié

de Jésus et de l’Esprit.

 

Dans le don, dans l’envoi, du Fils et de l’Esprit,

c’est le Père Lui-même qui Se donne,

qui nous habite :

«Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole,

mon Père l’aimera,

et nous viendrons chez lui,

et nous ferons chez lui notre demeure» (Jn 14,23).

 

La Trinité n’est pas un principe théologique 

enfermé dans des livres savants :

Elle est un «dynamisme d’amour, 

de communion, de service réciproque, de partage»1.

La Trinité nous visite, nous habite.

Notre humanité est infiniment plus digne que nous le pensons !

 

Et lorsque nous prenons conscience de cet amour,

nous sortons de nous-mêmes à la rencontre du Père

et inséparablement à la rencontre des frères.

Nous allons vers le Père, Source de la Miséricorde.

Et nous allons vers les frères dans la miséricorde.

 

Aller vers le Père, c’est aller vers la miséricorde,

c’est aller vers les frères !

«Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu

puisque Dieu est amour» (1 Jn 4,8).

Mais si tu aimes, c’est que tu as découvert Dieu,

que tu aimes sortir vers lui.

 

Cette vie qui sort de soi,

c’est la Vie éternelle.

«Le Père nous a donné la Vie éternelle

et cette Vie est en son Fils» (1 Jn 5,11).

Et Vie éternelle rime avec… vie fraternelle.

La vie éternelle est vie fraternelle.

 

La famille trinitaire vient demeurer en nous

pour que nous demeurions en elle pour l’Éternité ;

pour que nous devenions ensemble une famille

dans l’humilité et la joie mêmes de la Sainte Trinité

 

Voilà pourquoi nous nous approchons de l’Eucharistie

qui est «comme le Buisson ardent»

dans lequel la Trinité «habite humblement et se communique»

avec tant de tendresse2..

 

 1. Pape François. Angelus, 15.06.2014.

2.  Id

 

Méditer la Parole

15 juin 2014

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Exode 34,4-6.8-9

Ct Daniel 3

2 Corinthiens 13,11-13

Jean 3,16-18