Solennité de la Trinité

 «La lumière est venue dans le monde» (Jn 3,19).

Il est impossible, pour la lumière, de ne pas se donner.

La lumière ne brille qu’en se donnant à l’infini.

Pour elle, être, c’est se donner, et se donner, c’est être.

Dieu est lumière (1 Jn 1,5). 

Lumière au-delà de toute lumière.

Son être infini est un mystère de don infini.

C’est ainsi qu’il s’est révélé à nous, 

tel que nous ne l’aurions jamais imaginé, 

mystère qui n’était jamais monté au cœur de l’homme (1Co 2,9).

L’être qui existe depuis toujours et pour toujours 

est pur don de soi, 

il est donc le mystère de personnes 

qui se donnent réciproquement, éternellement, 

le Père, le Fils et le Saint Esprit.

 

Toute la vie du Père est de donner tout son être et ainsi, d’engendrer éternellement le Fils.

Toute la vie du Fils, «lumière née de la lumière» (Credo), 

est de se recevoir totalement du Père.

L’Esprit Saint est en personne le Don 

que s’échange le Père et le Fils et qui les unit :

le Père donne au Fils l’Esprit sans mesure.

 

Comment les trois personnes divines 

ne sont-elles qu’un seul Dieu ?

C’est évidemment un mystère qui dépasse toute intelligence.

 

Les personnes divines sont distinctes :

En engendrant le Fils, le Père engendre vraiment un autre que lui, un autre à la fois infiniment proche et infiniment différent. 

Au point qu’il n’existe aucune altérité plus grande que celle-ci.

Mais en même temps, le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont «un».

Ils ne s’additionnent pas 

comme les trois parties d’une même réalité, 

d’une même divinité.

La divinité n’est pas partagée entre les trois personnes.

Totalement offerte, totalement reçue, 

la gloire divine n’est jamais divisée.

 

Le Père possède toute la nature divine 

mais il ne la possède qu’en la donnant totalement. 

Le Fils possède toute la nature divine 

mais il ne la possède qu’en la donnant totalement. 

L’Esprit possède toute la nature divine 

mais il ne la possède qu’en la donnant totalement.

 

Ainsi en chaque personne divine 

nous contemplons un mystère de gloire et de pauvreté.

Gloire parce que la personne divine possède entièrement 

la splendeur de la nature divine indivisible.

Pauvreté, abîme de pauvreté, 

car la personne se dépouille éternellement 

donnant totalement à l’autre la nature divine.

 

C’est ce qui se révèle de la façon la plus frappante sur la Croix :

Le Fils se dépouille de toute sa lumière, 

mais de cette mort, il ressuscite : lumière illuminant le monde.

La lumière n’illumine qu’en se dessaisissant de soi.

Cela peut nous paraître difficile et abstrait…

Et c’est vrai que nos mots sont impuissants 

à dire le mystère que nous adorons dans la foi.

Mais ce mystère de la Sainte Trinité est en fait le plus décisif, 

celui qui devrait nous passionner le plus, 

bien plus que ce que tous les mystères du monde et de la vie 

qui peuvent nous fasciner.

C’est le mystère d’Amour 

qui dit d’où nous venons et vers où nous allons.

 

L’unique amour des trois personnes divines 

est la source de tout et le but de tout.

Nous avons été créés par et pour cet Amour.

Nous sommes créés à l’image de Dieu (Gn 1, 26-27).

Cela veut dire que nous ne trouverons jamais la clé de notre être,

la réponse à cette énigme que nous sommes, 

dans l’introspection,  dans la psychologie, dans notre inconscient…

Il faut aller plus profond et bien plus haut !

C’est comme enfants de Dieu, créés à l’image de la Sainte Trinité, que nous devons découvrir notre identité la plus essentielle.

Plus profond que toutes nos blessures 

et que toutes les strates de notre histoire, 

nous sommes images de Dieu, 

créatures faites pour le don, 

capacité d’aimer et d’être aimés.

 

À l’image des personnes divines, 

nous nous découvrons comme êtres de relation, 

personnes n’existant que dans la communion avec les autres.

À l’image de la Sainte Trinité, 

nous découvrons que notre vraie joie n’est pas d’exister 

pour nous-mêmes mais pour et par les autres.

C’est même en nous souciant d’abord des autres, 

en les faisant exister, 

que nous percevons notre propre joie d’exister.

Mais, si nous commençons par nous rechercher nous-mêmes, 

à revendiquer d’abord nos besoins, à penser d’abord à nous, 

nous finissons par perdre la joie d’exister.

Pourquoi ?

Parce que nous portons la marque de ces personnes divines 

qui n’existent qu’en se perdant pour l’autre 

dans l’éternelle extase de l’amour.

À l’image des personnes divines, 

nous découvrirons un jour que c’est en se perdant 

qu’on se retrouve, 

que c’est en mourant qu’on ressuscite,

que c’est en se dessaisissant de soi 

qu’on expérimente la vie éternelle donnée à profusion.

 

Enfin, à l’image de la Sainte Trinité, 

l’humanité expérimentera pleinement au Ciel 

la communion véritable où l’on donne tout, 

où l’on reçoit tout.

Dans l’Amour, tout ce que possèdent les autres sera nôtre 

et tout ce que nous sommes sera pour eux.

Aujourd’hui, nous vivons encore trop les uns à côté des autres comme des parcelles infimes d’humanité dispersée ;

là-haut nous porterons dans notre cœur la multitude de nos frères, eux en nous et nous en eux ; 

nous ne formerons qu’un seul corps dans le Christ (Rm 12,5).

 

Voilà notre avenir.

Chaque fois que nous posons un acte d’amour, ici-bas, 

nous nous préparons à cet avenir, 

nous le goûtons même de façon anticipée.

C’est pourquoi il n’y a rien de plus urgent que d’aimer.

Tout le reste disparaîtra, mais «l’amour ne passera jamais» (1Co 13,8).

 

Déjà la Sainte Trinité est venue nous chercher.

Elle nous attire en elle, et Jésus nous a ouvert la porte 

pour que nous participions au festin.

Amen. Alléluia.

 

Méditer la Parole

15 juin 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Exode 34,4-6.8-9

Ct Daniel 3

1 Corinthiens 13,11-13

Jean 3,16-18