14e Dimanche du Temps ordinaire - A 

 Le Christ vivant passe au milieu de nous, 

comme vient de le symboliser la procession de l’évangéliaire.

Il marche au milieu de son peuple et il nous appelle par sa Parole ;

il nous supplie même : «Devenez mes disciples !» (Mt 11, 29).

«Il y a si longtemps que tu me connais» (Jn 14, 9),

es-tu réellement devenu mon disciple ?

Pourquoi tarder, pourquoi rester en arrière ? 

Suis-moi vraiment ! (Mt 8,22 ; 9,9)

Mais comment Seigneur deviendrai-je ton disciple, 

un vrai disciple ?

Le Christ nous répond :

Commence par regarder mon cœur, 

connais l’humilité et la douceur sans comparaison 

de ce cœur ouvert pour toi,

et puis donne-moi ton fardeau.

Si tu fais ces deux choses, tu seras mon disciple (Jn 8, 31)

et vraiment, nous marcherons ensemble.

«Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, moi je vous procurerais le repos, prenez sur vous mon joug, et devenez mes disciples car je suis doux et humble de cœur» (Mt 11,28-30).


Donc, en tout premier, frères et sœurs, devenir disciple de Jésus, c’est avoir entrevu son cœur, 

et dans son cœur avoir un peu découvert 

l’abîme de l'humilité et de la douceur.

Regardons bien, frères et sœurs, dans nos vies, 

qu’est-ce qui nous a mis réellement en marche, 

sinon cette découverte de l’humilité de Dieu ?

Tant qu’on croit à la grandeur absolue de Dieu, 

à sa toute puissance créatrice, 

on l’admire, on l’admire tant qu’on peut, 

mais on ne l’aime pas encore.


Mais quand on commence à percevoir l’abaissement de Dieu, quand on commence à éprouver une sorte de vertige 

devant l’abaissement de l’Incarnation, 

devant l’anéantissement de ce Dieu devenu petit enfant, 

alors on ne l’admire plus seulement, 

on commence à l’aimer vraiment et on se met en marche.

On se laisse toucher par l’étonnante humilité de Jésus. 

Jésus, spontanément prêt à faire grandir les autres, 

à relever des vies ruinées, 

à réveiller la part même infime 

de vérité et de liberté qui reste dans le cœur de l’homme. 


L’humilité, frères et sœurs, Jésus nous l’a montrée.

Il en est l’icône parfaite.

L’humilité, ce n’est pas simplement se faire petit, 

c’est aimer grandir les autres.

La vraie façon d’être petit, c’est de rendre les autres grands. 

Et Jésus fait cela sans cesse.

Il s’abaisse, mais c’est pour élever l’autre.

Jamais il n’a de complaisance pour son propre abaissement,

Jusque dans sa Passion, il ne se regarde pas,

S’il se fait petit, c’est uniquement pour grandir sa création.

Plus nous contemplons cette humilité du Christ, 

plus nous sommes fascinés,

car, derrière cette façon de se faire petit pour grandir l’autre, 

c’est l’être même de Dieu qui se dévoile.


Dieu en effet est mystère d’engendrement.

C’est-à-dire que le cœur de la vie divine, est de susciter l’autre.

Le Père, Source de la vie divine, 

donne tout ce qu’il a, tout ce qu’il est, 

pour engendrer et magnifier un Fils égal à lui-même, éternellement.

Grandir l’autre, voilà l’humilité absolue.

La Personne infinie du Père n’existe qu’en exaltant le Fils, 

et ainsi chaque Personne, au sein de la Trinité, 

se dépouille d’elle-même, s’abaisse en quelque sorte,

dans une infinie humilité pour glorifier les autres.

«Père, glorifie ton Fils, pour que ton Fils te glorifie» (Jn 17,1).


Voilà, frères et sœurs, le mystère !

Le mystère que Dieu ne peut pas révéler aux sages et aux savants, qui se croient grands (Mt 11,25 ; Lc 10,21).

Cette humilité divine ne peut pas nous être révélée 

sans bousculer et dénoncer notre orgueil 

et nous rendre nous-mêmes plus petits.

On tombe devant cette révélation, 

on tombe à genoux, on est saisi de stupeur, 

et on commence à prendre en dégoût notre propre orgueil 

qui apparaît alors, dans toute son absurdité

face à l’incomparable humilité du Christ.


C’est là que nous commençons vraiment à nous mettre en marche, à devenir un peu plus disciples parce que nous sommes ébranlés,

parce que nous avons été séduits

par la beauté de l’humilité de Dieu.

Nous voulons nous mettre à l’école de ce cœur humble du Christ, devant lequel tous les trésors de la Terre deviennent dérisoires.

C’est là, frères et sœurs, l’impulsion première de nos vies,

l’impulsion première à laquelle il faut sans cesse revenir :

contempler Jésus, 

scruter dans l’Évangile et au fond de notre cœur, 

la divine humilité de Jésus.


Est-il possible d’aimer, 

est-il possible d’être disciple,

est-il possible de pardonner, 

si on ne cherche pas d’abord à connaître cette douceur du Christ ?

Mais que se passe-il, frères et sœurs, 

lorsque nous commençons à nous mettre à la suite de Jésus,

à essayer de lui répondre amour pour amour ?

Nous nous levons, nous faisons quelques pas, 

et nous sentons le poids de notre fardeau qui nous entrave.

D’une certaine façon, 

on ne découvre vraiment le poids de ce fardeau 

que lorsqu’on commence à se relever et à vouloir marcher, 

à vouloir répondre à l’appel du Christ. 

On prend conscience de tout ce qui nous alourdit, 

le poids de notre péché, le poids de nos habitudes, 

le poids de nos blessures, le poids des autres, de nos divisions, 

le poids même de Dieu, 

de ce Dieu que nous imaginons, 

que nous déformons au fond de notre cœur.


Le Christ vient transformer ce fardeau impossible à traîner.

Il le transforme en quoi ?

En son joug léger, facile à porter (Mt 11,29).


Le fardeau, qu’est-ce que c’est, frères et sœurs ?

Le fardeau, c’est ce que je porte seul !

Si je tombe, avec mon fardeau, personne pour me relever ; 

si je m’égare, personne pour me guider ; 

si je m’arrête, personne pour me rendre l’élan !


Mais le joug, qu’est-ce que c’est que le joug ?

C’est ce qu’on porte à deux, 

C’est ce même fardeau porté avec le Christ !

Car le Christ le porte avec moi et pour moi ;

si je m’égare le joug du Christ me tient en droit chemin (Ps25, 12) ;

si je m’arrête, le joug me tire de l’avant, 

parce qu’il me relie au Christ.


Marcher avec le Christ, être son disciple, 

ce n’est donc pas ne plus rien avoir à porter ;

Mais c’est ne plus rien porter comme un fardeau, tout seul, 

car désormais on porte tout comme un joug, relié au Christ.

Le Christ est venu mettre son épaule sous notre fardeau, 

il s’est fait petit, il s’est courbé, il le porte avec nous 

et le transforme en un joug qui nous fait avancer.

Notre pauvreté n’a pas disparu. 

Peut-être même qu’elle nous est devenue plus sensible,

mais elle ne nous écrase plus, 

elle nous relie au Christ, 

elle n’est plus notre fardeau, elle est devenue son joug.


Si nous regardons bien ce joug, frères et sœurs,

nous voyons qu’il a la forme de la Croix.

Le Christ s’est abaissé pour porter le fardeau de tout homme 

en  lui donnant la forme de sa Croix.

Toutes ces croix des hommes, ces milliards de croix, 

à chaque fois sont l’unique Croix du Christ, 

car de ces fardeaux, il en a fait le joug que relie à lui.

Chacune de ces croix dessine un sillon dans le champ du monde, un sillon unique, irremplaçable ;

un humble chemin d’amour, souvent indiscernable,

que le Christ fait de chacune de nos vies.

Le monde devient ainsi secrètement un immense labour 

où peu à peu, le monde nouveau se met à germer.


Pour avancer vers la vie éternelle, 

il n’y a pas à prendre un chemin de grandeur

ni de prodiges qui nous dépassent,

mais à tenir notre âme en paix et silence (Ps131),

tout contre le cœur humble du Christ, 

sur ce chemin qui est le nôtre.

Le Christ passe au milieu de nous, 

et nous appelle à être de vrais disciples :

Donne-moi ton fardeau, ne le porte plus seul,

j’en ferai mon joug, il te reliera à moi.

Tout ce qui t’arrêtait, 

j’en ferai ce joug par lequel je t’entraîne avec moi.


En cette eucharistie, frères et sœurs,

Laissons-nous toucher par l’humilité du cœur du Christ 

qui s’abaisse devant nous pour nous élever,

et déposons sur cet autel le fardeau de notre vie

afin qu’il devienne le joug joyeux du Christ.

Amen.

 

Méditer la Parole

6 juillet 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Zacharie 9,9-10

Psaume 144

Romains 8,9.11-13

Matthieu 11,25-30