16e Dimanche du Temps ordinaire - A

 Quand Jésus parle du Royaume

 Le but de Jésus, quand il nous parle en paraboles,

c'est de nous faire entrer dans la connaissance des mystères du Royaume.

Cette connaissance ne vise pas à une plus grande évidence intellectuelle du Royaume,

mais à une perception intérieure de sa présence agissante dans notre vie et dans le monde.


Jésus le dit lui-même :

il vient pour «proclamer les choses cachées depuis les origines».

Ces choses resteront pour partie cachées à l'intelligence,

mais le cœur de l'homme est rendu capable d'accueillir ces mystères

grâce à l'intervention de l'Esprit Saint.


Sur terre, on ne peut parler du ciel que par images,

et ces images sont à recevoir par le cœur, avec la simplicité des tout-petits.


Les trois images que Jésus nous présente aujourd'hui

évoquent toutes la croissance du Royaume de Dieu

au sein d'un monde si peu préparé à l'inouï de la nouveauté divine.


Pour chaque image, 

Jésus souligne un paradoxe :


Dans la première, la semence de Dieu déploie sa croissance au milieu de l'ivraie.

Ce n'est pas Dieu, mais son ennemi qui a semé l'ivraie dans le champ.

Mais Dieu la laisse croître pour ne pas mettre en danger le bon grain.


Dans la deuxième image, 

on pourrait penser à quelque chose d'inverse :

la Pâque juive est célébrée avec du pain sans levain,

et le levain évoque d'abord la corruption et la pourriture dont il faut se débarrasser,

afin d'être pur et digne pour le Royaume de Dieu.

Et voici que le levain de la Pâque chrétienne est enfoui dans la pâte

et il la fait lever toute entière.


Enfin, dans la troisième image, 

le Royaume de Dieu est la plus petite de toutes les semences,

au commencement, elle en est presque insignifiante,

mais elle dépasse finalement toutes les autres plantes.


Ouvrons donc les oreilles de notre cœur pour entendre !

L'accueil du Royaume est en effet profondément déroutant ;

et la logique de Dieu, au delà des images végétales que Jésus emploie,

n'est pas la logique de la nature !


Plus tard, Jésus se comparera lui-même au grain de blé tombé en terre,

ce grain divin qui doit mourir pour porter beaucoup de fruit.

La semence du Royaume de Dieu, à n'en pas douter,

c'est Jésus lui-même, mort et ressuscité pour que nous ayons la Vie.


Il a voulu être la plus petite des semences,

en prenant la condition humaine à Bethléem dans la petitesse et le silence.

Il est resté silencieux pendant trente ans,

en travaillant de ses mains, en recevant sa subsistance de Joseph et Marie.

Il est mort, enfin, dans l'abaissement le plus total,

rejeté de tous, humilié et anéanti.


Aujourd'hui encore, 

la présence du Christ dans son Église ne peut aucunement être triomphante :

le pain et le vin eucharistique enfoui dans notre humanité partagée,

l'évangile comme lumière des chrétiens,

mais il n'y a en elle aucune parole magique ni aucune splendeur d'éloquence.

La communauté chrétienne elle-même reste fragile et pécheresse.

Pourtant, une puissance de vie s'y déploie,

sans bruit, sans splendeur,

comme de l'intérieur de notre condition humaine.

Le Royaume de Dieu est comparable à la plus petite des semences.


Jésus s'est fait aussi levain et ferment.

Un ferment fait travailler la pâte,

il la fait entrer dans un processus de transformation profonde, jusqu'à cœur.


Le contraste est fort entre les démarches de purification qui caractérise l'ancienne alliance, 

et symbolisées par les pains sans levain

et le processus dans lequel nous engage Jésus.


Paul dira que Jésus s'est fait péché pour nous sauver.

Il s'est laissé immerger dans toutes les contradictions et les corruptions de notre humanité,

jusqu'à ployer sous le poids de nos péchés à Gethsémani,

afin d'y faire jaillir, comme de l'intérieur le plus intime,

la puissance de vie de la résurrection.

La résurrection agit non pas comme un désinfection, mais à la manière d'un ferment,

afin de transformer même nos impuretés en fruits pour le Royaume.

Le Royaume de Dieu est comparable à du levain enfoui, jusqu'à ce que toute la pâte ait levé.


Jésus s'est fait grain de blé tombé en terre.

Mais cette bonne semence doit croître au milieu de l'ivraie.

Le mot grec traduit ici par ivraie se dit zizania.

En latin, le mot est devenu ivraie, c'est à dire «donnant l'ivresse». 

Il s'agit d'une mauvaise herbe qui ressemble au blé avant que les épis se forment.


Les serviteurs de la parabole voudraient arracher l'ivraie 

pour rendre au champ sa pureté initiale.

Le maître, lui, demande à ce qu'on laisse le processus de croissance 

se dérouler jusqu'à maturation.

Maturation du blé, mais aussi maturation de l'ivraie.


Il est clair que ce n'est pas nécessairement ce que ferait un cultivateur avisé.

Jésus, ici, ne donne pas une leçon d'agriculture :

il parle du Royaume.

Et ce qui pourrait surprendre un agriculteur ou un jardinier

est justement destiné à mettre en relief le mystère du Royaume.


Si une tige d'ivraie ne devient jamais un épi de blé,

il en est autrement dans l'économie divine :

la puissance de la Résurrection peut transformer tout pécheur en saint !

Et c'est là la bonne nouvelle. 

Car en effet, il n'a a aucun homme, absolument aucun, qui ne soit pas un pécheur.


La seule bonne semence, c'est Jésus.

Et sans lui, nous serions tous de l'ivraie, bon pour être brûlé.

Dieu a confiance en la puissance qu'il déploie en Jésus son enfant :

puissance tout à la fois insignifiante au regard des hommes, 

et sans limite dans le domaine de la grâce.

Dieu est tout à la fois indéfectiblement optimiste

et infiniment patient.


Tout n'est pas joué pour autant.

Il y faut aussi notre part, notre choix, aussi mystérieux que l'est la patience de Dieu.

Aussi Dieu ne cesse de nous répéter :

«Tu as devant toi la vie et la mort : choisis donc la vie !»

Et à Caïn qui se trouvé abattu par la tentation, le Seigneur dit :

«Pourquoi es-tu irrité, pourquoi ce visage abattu ?

Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas ton visage ? (...)

Le péché est accroupi à ta porte. Il est à l'affût,

mais tu dois le dominer.»


Le processus de maturation, de fermentation, 

doit être pour chacun le choix de la vie et la domination du mal.

Chacun est travaillé de l'intérieur 

entre la puissance de résurrection et le péché tapi à notre porte.


«Choisis donc la vie !» dit Dieu.

Personne ne peut choisir à ta place.

Mais si tu choisis la vie, ce n'est pas par tes forces que la vie viendra à maturité,

mais par la force créatrice de l'Esprit Saint.

L'Esprit nous a été donné comme principe vital.


Ainsi que le dit Paul dans la deuxième lecture :

«Dieu voit le fond des cœurs, il connaît les intentions de l'Esprit.

Il sait qu'en intervenant pour les fidèles, l'Esprit veut ce que Dieu veut.»

Et Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.


Le Royaume de Dieu est comparable à de l’ivraie dans le champ.

Mais Dieu y a enfoui le bon grain, son propre Fils.

En voyant le champ infesté par l'ivraie,

on pourrait désespérer et rêver d'une culture parfaite mis à l'abri dans une serre.


La seule sécurité qui nous est donnée,

c'est ce grain de blé enfoui, 

mort et ressuscité pour devenir pain vivant.

Avec nos yeux de chair, comment ne pas avoir peur ?

Ouvrons plutôt les oreilles de notre cœur.

L'Esprit Saint nous donnera de voir que le champ est déjà mûr,

que la Vie fait son œuvre en nous.


Si nous mettons notre confiance en Jésus,

la présence de l'ivraie, de la zizanie et de l'ivresse du monde

ne doit plus nous terroriser.

Tout est possible à Dieu,

même de donner la vie à l'homme mortel et corrompu que je suis.

Méditer la Parole

20 juillet 2014

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Sagesse 12,13.16-19

Psaume 85

Romains 8,26-27

Matthieu 13,24-43