Solennité de la Croix glorieuse

 La croix et la ville

 Par un long chemin de souffrance et d’humiliation,

Jésus a quitté la ville, écrasé par le bois d’une croix.

Pour être crucifié, il a fallu d’abord

que Jésus sorte de la ville, de Jérusalem.

Il fut en effet impensable qu’il soit suspendu au gibet 

à l’intérieur des remparts de la cité sainte.

La ville, enfermée dans sa beauté, 

trop sûre d’elle-même, 

a refusé de voir cette croix ignominieuse la défigurer.

La ville a regardé de loin la croix.

Mais voici que, par la grâce de la Résurrection, 

cette croix, objet de malédiction, 

est devenue un trône de gloire.

Scandale pour les juifs, folie pour les païens

la croix est devenue pour les disciples de Jésus 

le resplendissement de la gloire de Dieu.


Aujourd’hui, paradoxe de 2000 ans d’histoire,

le Golgotha, le lieu où la croix fut plantée, 

n’est plus hors des remparts de Jérusalem

mais bien au cœur de la ville sainte.

On peut voir en cette évolution 

uniquement des raisons de développement urbain.

Mais nous pouvons aussi y trouver un prolongement spirituel.


Pour ce faire, revenons à cet événement de la mort de Jésus.

Que s’est-il donc passé en ce 14 Nisan,

jour où, dans l’enceinte du temple de Jérusalem, 

on immolait les agneaux pour la pâque ?

Sans qu’elle s’en aperçoive,

la ville sainte a célébré la fête des fêtes… sans Dieu !

En rejetant l’Envoyé de Dieu, le Fils de Dieu, 

elle a célébré son Dieu sans Lui.

Elle croyait détenir en son sein le Vivant 

et elle ignorait que c’est Lui 

qui consentait à mourir pour elle sur la croix

en dehors de la ville.

De ses remparts, la ville regardait la croix 

comme une parcelle de terre où Dieu n’est pas.

C’est le plus bas de la terre qu’elle croyait voir 

quand c’est la porte du ciel 

qui, en fait, se laissait entrevoir.

Car il est là le cœur de notre foi 

qui est capable de retourner le cœur de tout homme 

et le conduire à vénérer cette croix.


Paradoxe de cette croix que nous osons 

qualifier de «glorieuse».

Là où la ville sainte avait désespéré de Dieu, 

là même le Dieu Vivant fait éclater sa gloire éternelle.

Le Dieu du ciel s’empare des choses de la terre 

où il était supposé n’être pas.

Dieu est présent à cette terre, 

là même où la terre s’était absentée de son Dieu.


La ville ne peut plus se voir comme avant 

quand elle voit le ciel se cacher 

dans ce qu’elle croyait être du néant.

Elle comprend que c’est de la croix 

que tout se laisse voir en vérité.

La croix glorieuse bouleverse sa vision 

du ciel et de la terre, 

de Dieu et de l’homme.

Que la ville de Jérusalem d’aujourd’hui 

englobe en son sein ce calvaire si honni est plein de sens.

La croix n’est plus une malédiction.

La croix est entrée dans la ville

lui ouvrant un accès vers le ciel.

Accueillir en son sein la croix du Christ, 

c’est accueillir son salut.


Babel avait voulu bâtir une tour pour rejoindre les cieux

et ce fut la dispersion de l’humanité.

Jérusalem peut voir aujourd’hui en cette croix 

dressée sur le monde son avenir en Dieu.

En Jérusalem, toute l’humanité est appelée à se rassembler.

Une fois élevé de terre,

j’attirerai tous les hommes à moi, avait annoncé Jésus.

Désormais en Sion, chacun peut lui ‘Mère’

car en elle, chacun est né, chante le psalmiste (Ps 86),

chacun renaît à nouveau à la croix du Christ.


*


Chers frères et sœurs, 

chers amis laïcs engagés dans la cité, 

notre mission de chrétiens citadins 

n’est-elle pas de conduire la ville 

au pied de la croix du Christ ?

La ville est crucifiée de toute part : 

croix de la solitude, croix de la séparation, 

croix de la violence, croix du chômage, 

croix de l’indifférence, …

Mais dans la croix du Christ, 

toutes nos croix trouvent leur résurrection.


Jésus ne nous abandonne pas avec nos croix quotidiennes.

Il nous propose de les porter, 

de les porter à nos côtés.

Par lui, le poids de notre croix est allégé.

En lui, l’absurdité de nos souffrances est éclairée.

Avec lui, la tristesse de nos épreuves est réjouie.

En souffrant pour nous sa Passion victorieuse,

Jésus ne nous a pas délivrés de nos propres croix.

C’est vrai. Mais il leur a donné un sens.

Il leur a rendu une telle espérance

que toute notre route devient désormais

un passage vers la Vie.

Une marche vers la maison du Père.

Un enfantement qui nous conduit

vers notre naissance éternelle (Rm 8,22-25).

Jésus, par sa Passion, veut remplir d’amour 

le vide de nos vies ! (*)


Contempler la croix glorieuse, 

c’est se convertir à l’amour de Dieu.

Se convertir à l’amour de Dieu (**), 

c’est se tourner vers celui que nous avons transpercé.

C’est laisser cet amour nous rejoindre 

là où nous n’aimons pas, 

là où nous ne sommes pas aimés.

C’est laisser la tendresse de Dieu 

prendre possession de notre mal, 

mal qui fait le mal 

et mal qui nous fait mal.

Tendresse de Dieu qui touche 

et anéantit la dureté du cœur de l’homme.

C’est par ses plaies que nous sommes guéris (1P 2,24).


*

Frères et sœurs, faisons de notre ville une Jérusalem 

qui accueille la croix de son Seigneur.

La croix glorieuse murmure à la ville le secret du ciel 

et murmure au ciel le secret d’éternité 

que porte en lui le cœur de la ville.

Le salut que la croix du Christ apporte à la ville, 

c’est son accomplissement dans la Jérusalem Céleste (Ap 21).

Si la ville s’abreuve des flots d’eau vive 

jaillis du côté du Christ crucifié, 

elle deviendra peu à peu cette Jérusalem belle 

comme une épouse parée pour son époux.


«Au cœur des villes, vis au cœur de toi-même 

et tu seras vraiment moine au cœur de Dieu», 

dit notre Livre de Vie de Jérusalem (n°79).

Que la croix glorieuse de notre Seigneur 

soit notre route vers le cœur de Dieu, 

cœur ouvert et aimant d’un amour brûlant 

qui nous connaît, nous révèle et nous désire.

Amour que nous pouvons dès lors 

connaître, croire et désirer 

selon la démesure même de cet amour, 

c’est-à-dire infini.

 

(*) cf. fr. Pierre-Marie Delfieux, Evangéliques n°5, p.393-394

(**) cf. fr. Jean-Marc Gayraud o.p., recueil de prédications, www.domuni.org

Méditer la Parole

14 septembre 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Nombres 21, 4-9

Psaume 77

Philippiens 2, 6-11

Jean 3,16-17