28e Dimanche du Temps ordinaire - A

 Invités aux noces éternelles

Frères et sœurs, la liturgie de ce dimanche nous appelle 

à tourner nos regards vers la fin des temps.

Cet au-delà de la mort nous questionne.

Il reste impalpable, mystérieux 

mais Jésus désire nous mettre en paix 

vis-à-vis de cet inconnu 

qui est la destinée de tout un chacun.

Déjà le prophète Isaïe l’annonçait : 

«Le Seigneur enlèvera le voile de deuil 

qui enveloppait tous les peuples 

et le linceul qui couvrait toutes les nations.

Il détruira la mort pour toujours».

La mort avec son aspect ténébreux 

où tout redevient poussière et néant 

n’est donc pas le dernier mot de notre existence.

N’ayons pas peur de le dire, 

la joie fait partie de cet au-delà.

L’image du repas de noces 

renvoie à une réalité beaucoup plus profonde.

Dieu offre aux hommes une alliance 

si intime, si étroite, si intense 

qu’il n’est pas pour l’exprimer 

d’autre image que celle de l’union conjugale. 

La mort n’ouvre donc plus sur le néant

mais plutôt sur l’union avec Dieu pour toujours.

«Vraiment, je te le déclare, 

aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis», 

s’entend dire le bon larron de la bouche de Jésus (Luc 23,43).

Ce «avec moi» est la grande lumière 

qui nous est donnée sur cet au-delà invisible.

Celui-ci n’est pas un lieu géographique

à trouver au bout d’un long chemin initiatique.

Non, le ciel, c’est être uni pour toujours à Jésus.

Notre vie a donc pour terme 

une communion d’amour avec notre Dieu.

Et le tout dans la joie et l’allégresse 

d’une relation qui est plénitude de vie.


*

Tout paraît si beau et pacifiant qu’on a du mal 

à comprendre notre page d’Évangile qui reprend 

l’image bien connue du festin des noces dans le Royaume, 

mais en nous présentant une relation d’amour 

qui a visiblement des échecs.

Il y a d’abord ceux qui refusent de participer à la fête 

et d’autre part ceux qui en sont exclus.

Jésus voudrait-il brouiller notre esprit ?

Non, tout au contraire.

Il veut nous révéler que l’amour de Dieu 

pour nous n’a rien d’un badinage.

L’amour de Dieu est manifestement, 

et cela paraît presque contradictoire, 

un amour exigeant, en quelque sorte sévère, 

ce que l’Écriture appelle un amour jaloux.

Dieu s’adresse à nous sérieusement, voire tragiquement.

Car Dieu n’ambitionne pas de régner 

sur des esclaves prosternés : 

il veut devant lui une assemblée 

d’hommes et de femmes libres, debout, 

et dont il respecte le libre choix.

Si Dieu est exigeant, c’est pour respecter notre liberté.

Voyez ce qu’il en est des premiers invités au festin : 

ils ne veulent pas venir ?

Ils préfèrent «l’un son champ, l’autre son commerce» ?

Eh bien, qu’ils restent chez eux !

On ne les fera pas venir malgré eux.

Dieu n’aime pas les cœurs partagés.

Nous le voyons bien dans le concret de notre vie.

Si nous donnons à moitié, 

nous restons insatisfaits à la fois de nous-mêmes et des autres.

Une relation véritable entre deux personnes 

doit engager tout l’être,

sinon elle est vouée à l’échec.

L’amour de Dieu est donc communion ou il n’est pas.

Voilà pourquoi les ouvriers 

de la première et de la dernière heure 

reçoivent le même salaire.

Le don de Dieu est plénitude.

Cette exigence de Dieu n’a pas à nous 

faire peur puisqu’elle veut respecter notre liberté.

C’est par des petits «oui» quotidiens 

que nous pourrons offrir un «oui» total, bien plein, débordant, 

le jour de l’appel du Seigneur.

Jésus n’a été que «oui» nous dit l’Apôtre Paul (2 Co 1,19-20).

Apprenons dès ici-bas à être libres 

vis-à-vis de toutes nos bonnes raisons 

de refuser les invitations de Dieu.

Quelle place prend la prière dans ma journée, 

ce cœur-à-cœur personnel avec Dieu ?

Est-ce que j’accorde de l’importance 

aux sacrements qui me configurent peu à peu au Christ ?

Toutes nos réjouissances temporelles et immédiates 

n’ont rien à voir avec la paix qui vient de Dieu.

Il faut laisser résonner en nous l’appel de Dieu.

«Viens vers le Père», clame l’Esprit.

Celui qui ne se sent pas joyeusement 

invité par Dieu ne peut connaître Dieu.

Le chrétien n’est pas appelé d’abord

à pratiquer des rites ou à respecter une morale.

Il est en premier lieu un être créé pour une relation d’amour.


*


Pour finir, tournons-nous vers cet «homme 

qui ne portait pas le vêtement de noce», 

et que le roi chasse sans ménagement.

Y aurait-il d’autres conditions que notre «oui» 

pour participer au festin ?

N’oublions pas que l’invitation est si large 

que finalement il y a dans la salle 

«des bons et des mauvais», nous dit la parabole.

Comment ne pas voir le parallèle 

avec les paraboles de l’ivraie ou du filet 

par lesquelles Jésus veut montrer que jusqu’au bout 

les invités de Dieu, quels qu’ils soient, 

garderont une chance de devenir bons.

Ce changement tant espéré par Dieu 

se concrétise par la vêture du vêtement de noces.

Cet habit n’est pas à acheter, 

il est à accueillir comme un don du roi 

à l’entrée de la salle des noces.

Ce vêtement, c’est la conversion, 

le «oui» de tout homme appelé par Dieu.

Nous le voyons, la condition est toujours la même :

Sommes-nous prêts à dire «oui» à Dieu, 

à nous laisser revêtir du vêtement de fête, 

à passer du vieil homme à l’homme nouveau ?

Nous l’avons chanté à l’ouverture de cette eucharistie : 

Nous tous qui avons été baptisés en Christ, 

nous avons revêtu le Christ.

La robe nuptiale nous a déjà été donnée, 

c’est celle de notre baptême.

Et au jour le jour, dans le quotidien de nos vies, 

elle devient notre robe de sainteté.

De pâque en pâque, nous mourons au péché 

pour renaître à la vie.


Frères et sœurs, beaucoup n’ont pas encore dit «oui» 

à l’amour de Dieu.

Allons, nous aussi, à la croisée des chemins 

et témoignons de la miséricorde du Père.

L’amour nous presse car le temps est proche.

«Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau» !

Méditer la Parole

12 octobre 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaie 25,6-9

Psaume 22

Philippiens 4,12-20

Matthieu 22,1-14