33e Dimanche du Temps ordinaire - A

Des talents à faire fructifier

 L’année liturgique va bientôt s’achever

et le thème de la venue du Seigneur

devient désormais premier

dans le choix des textes de la Parole de Dieu

qui nous sont proposés.

Comme l’homme de la parabole

qui est parti en voyage,

Jésus est en effet parti nous préparer une place

comme il a dit à ses disciples (Jn 14,3).

Jésus est parti mais depuis que le tombeau

a été trouvé vide au matin de Pâques,

il passe par la porte ouverte du tombeau

pour nous rejoindre.

Il est l’Époux qui vient à notre rencontre

pour faire alliance avec nous.

Heureux serons-nous s’il nous trouve ardents

dans l’attente de sa venue !

Comme nous devrions être orientés

vers la joie de cette rencontre !

Comme notre âme devrait rester éveillée

dans la pensée de ces retrouvailles !

«Vous savez bien que le jour du Seigneur viendra

comme un voleur dans la nuit» (1 Th 5,2).

Le vrai disciple du Christ se reconnaît à cela :

Son cœur vit dans l’attente du maître.

Et toute sa vie est éclairée

par l’espérance de ce «jour» (1 Th 5,5).

La parabole choisie pour ce dimanche

est donc un appel à une manière d’être

dans notre vie quotidienne qui traduit cette espérance.

Cette manière d’être n’a rien de crispée,

sinon elle n’émanerait plus de l’espérance

mais du volontarisme.

Elle est pourtant une tension vers quelqu’un d’attendu,

mais qui se vit de manière détendue,

paisible, dans la foi confiante

en la promesse du retour du Bien-aimé.

Elle libère une qualité d’attention

à ce qui se donne à nous.

Elle ouvre le réel à ce qu’on ne voit pas encore.

Cette manière d’être, propre au disciple du Christ,

est donc un engagement complet dans le présent

qui est ouverture à tous les possibles.

 

C’est ce qu’explique la parabole à travers les serviteurs

qui reçoivent les biens de leur maître

pour les faire fructifier en son absence.

«À l’un il donna cinq talents ;

 à un autre deux ; au troisième un seul.»

Et Jésus précise : «À chacun selon ses capacités» (Mt 25,15).

Attendre le maître ne signifie pas cultiver la paresse,

comme il sera reproché au troisième serviteur.

Si le maître tarde à venir,

c’est parce qu’il fait confiance à ses serviteurs.

Il leur a donné des talents,

c’est-à-dire des dons spirituels,

pour œuvrer à la croissance

de son Royaume dans ce monde.

Par le don de la foi, la lumière chasse les ténèbres.

Par celui de la charité, les hommes deviennent des frères.

Par le don de l’espérance, la joie dans l’Esprit Saint

est libérée en surabondance (cf. Tm 15,13).

Mais il nous laisse aussi son Corps à rompre en pain de vie,

sa Parole à proclamer,

sa prière à faire nôtre, sa vie en plénitude,

sa miséricorde à partager,

sa joie à libérer,

sa paix à porter au monde.

Bien plus qu’une somme d’argent,

le Christ nous a donné tout cela.

Ce sont nos «talents», les biens les plus précieux,

impérissables, «saints, divins, immortels

et vivifiants mystères» (liturgie byzantine),

faisant de nous des cohéritiers de sa gloire (Rm 8,17).

Nous les avons tous reçus, pour notre part,

lors de notre baptême.

Alors demandons-nous en ce jour :

Qu’avons-nous fait de tous ces dons reçus ?

Qu’avons-nous fait des un, deux, cinq ou dix talents

que Dieu nous a lui-même confiés

dans l’attente de son retour ?

 

Inutile de nous demander

pourquoi nous n’avons pas tous reçus la même part

puisque nous savons que «de sa plénitude,

nous avons tous reçus et grâce pour grâce» (Jn 1,16).

Dans la mesure qui nous a été accordée, «selon notre capacité»,

Dieu a déposé son amour sans mesure,

sa vie en surabondance.

Alors, qu’avons-nous que nous n’ayons reçu ?

Ces semences de vie que le maître

nous a laissées sont des forces

pour croître en enfants de lumière.

Le disciple du Christ est un être en croissance.

Si le vieil homme tombe en ruine,

l’homme nouveau, lui, ne cesse de se renouveler

jour après jour.

Frères et sœurs, si nous savions nous émerveiller

de tous les dons que le Seigneur a mis en nous !

Il nous rend participants de sa nature divine (2 P 1,4)

et héritiers de ses promesses.

Devant une telle masse éternelle de gloire

qui nous est promise, pouvons-nous encore

nous plaindre de bien des choses

que nous croyons manquantes ?

Remplissons plutôt notre cœur d’action de grâces !

Le maître est parti

et pourtant, il nous comble au-delà de nos espérances.

 

La parabole finit par le récit du retour du maître.

C’est bien vers cette rencontre que converge notre vie ici-bas.

Que nous demandera alors le maître ?

Si nous avons fait fructifier les dons qu’il nous a laissés.

Il désire nous voir les mains pleines.

Pleines, non pas de ces richesses

que «les vers et la rouille peuvent atteindre» (Mt 6,19),

ni de tous ces biens

«qu’à sa mort, nul ne peut emporter» (Ps 49,18),

mais pleines de ces talents qui ont pour nom :

la foi, la paix, la justice, la droiture,

la serviabilité, la vérité.

«La gloire de mon Père,

c’est que vous portiez beaucoup de fruits

et des fruits qui demeurent» (Jn 15,8 ;16).

Le maître ne peut donc pas attendre de nous

que nous lui restituions un capital

laissé en dépôt, enterré dans la terre.

Le troisième serviteur de la parabole

qui se fait réprimander n’est pas entré

dans la logique du don qu’il a reçu.

Il a enfoui son don au lieu d’agir.

Au moins aurait-il pu placer son argent

à la banque, lui reproche le maître,

pour en toucher des intérêts.

Comme la petite Thérèse, il aurait pu

«jouer à la Banque de l’amour» !

Cela consiste simplement à se donner soi-même

dans l’amour sans se préoccuper de la retombée

de nos actes de foi, d’espérance et de charité.

C’est le Seigneur qui se sert d’eux

pour affermir la foi, l’espérance et la charité

de bien des personnes tout autour.

Dans le secret des cœurs, Dieu agit

et profite des intérêts de ses placements.

Nous comprenons, frères et sœurs,

que le Seigneur, à son retour, attend

de ses disciples qu’ils vivent la fraternité.

Plus chaque disciple fait fructifier le don qu’il a reçu,

plus les autres disciples se trouvent eux-mêmes

stimulés, encouragés, fortifiés pour faire de même.

Les dons les plus variés se mutualisent entre eux

et c’est ainsi que se bâtit la fraternité

qui est l’œuvre de Dieu.

Alors oui, celui qui a recevra encore

car plus il est dans une logique de don

plus il est prêt à se recevoir des autres.

N’est-ce pas ce qui se vit

au sein même de la Trinité ?

Entrer dans la joie du bon et fidèle serviteur,

c’est entrer dans la joie trinitaire,

dans la joie de Dieu.

Le terme de notre route ici-bas,

c’est le partage de la vie de Dieu

dans son Royaume de lumière et de paix.

 

Seigneur, donne-nous la joie de te servir sans peur.

Enracine-nous dans ton amour

et fais de nous ce qu’il te plaira

pour la louange de ta gloire.

 

Ó FMJ – Tous droits réservés.

Méditer la Parole

16 novembre 2014

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Proverbes 31, 10-31

Psaume 127

1 Thessaloniciens 5, 1-6

Matthieu 25, 14-30