1er Dimanche de l'Avent - B

 La vigilance du veilleur

 Il a plusieurs sortes de veilleurs.


Il y a le veilleur qui prend son tour de garde parce que c'est son métier.

Sa vigilance est professionnelle et formelle.

Il est là par devoir, et ce qu'il redouterait, ce serait d'être pris en défaut.

Est-ce à cette vigilance-là que le Seigneur nous appelle ?


Il y a une autre vigilance, une autre manière d'être un veilleur.

Elle est non pas anxieuse ou scrupuleuse,

mais elle ressemble plutôt à un éveil :

une attitude quotidienne, simple, essentielle.

Une vigilance dépouillée, tendue vers une venue « intérieure ».

Une attente qui se fait attention ;

elle ne trouble pas le calme extérieur,

mais elle occupe tout le désir du cœur, comme une écoute profonde,

comme l'élan d'une tendresse amoureuse.


C'est à des cœurs qui aiment que s'adresse l'évangile,

des cœurs qui ont été transpercés par leur rencontre avec Jésus, 

et qui désirent ardemment son retour.


Le désir du retour du Seigneur, 

l'espérance d'une union accomplie avec celui qui est déjà notre vie, 

voilà qui établit dans un état de veille toute spéciale :

une veille nocturne où celui qui est attendu ne vient pas en étranger,

mais doit venir comme chez lui,

comme un familier qui entre sans qu'on s'en aperçoive,

et qui, pourtant, va faire basculer toute notre vie.


Nous pourrions encore la comparer à une jeune femme qui conçoit un enfant.

Dans les tout premiers temps, elle ne sent pas encore l'enfant,

pourtant, elle sait bien qu'il est là.

Il est là comme une part d'elle-même,

et cependant, cet enfant attendu est un autre, 

un inconnu, une personne à rencontrer.


Elle l'attend, elle le désire, 

elle vit sans cesse avec lui et pour lui.

Elle veille avec la pensée continuelle de cet être qui vient en elle :

il est encore à venir, et il est pourtant déjà bien là !


Pour ceux du dehors, la vie de cette femme suit son cours ;

rien ne semble avoir changé.

Mais elle, elle sait qu'un autre est en train d'advenir,

et sa vie en est profondément transformée.

Non pas vraiment son quotidien :

c'est plutôt une affaire de trajectoire...

Sa vie est désormais orientée,

elle est tendue vers une rencontre,

une rencontre déjà vécue mais en même temps encore à venir.


Veillez donc !

Veillez comme une femme enceinte porte en elle un enfant !

Il est intime en elle-même comme le prolongement de ses propres entrailles.

Mais elle attend intensément le jour de sa naissance.

Car, ce jour-là, elle se trouvera face à face avec lui,

face à face à un inconnu !

et alors seulement, elle le connaîtra pour ce qu'il est vraiment :

un autre, un tout autre.


Seul un autre peut vraiment nous réjouir,

car l'amour véritable procède du vis-à-vis,

du don de soi à un tout autre dans un échange profond et total.


Jésus vient...

Il vient comme l'aimé de retour chez lui.

Il vient comme un enfant à naître.

Il est déjà là parce qu'il a fait sa demeure au milieu de nous (Jn 1, 14),

il a marqué nos vies par le baptême

et il est indissociable de notre vie, plus intime à nous que nous-même.


Mais il va se manifester encore, ainsi que l'affirme saint Jean quand il dit :

«Voici comment s'est manifesté l'amour de Dieu au milieu de nous :

Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde,

afin que nous vivions par lui» (1 Jn 4,9).

«Et nous savons que, lorsqu'il paraîtra, nous lui serons semblables, 

puisque nous le verrons tel qu'il est» (1 Jn 3,2).


Alors que nous attendons cette bienheureuse espérance,

l'évangile nous invite à nous mettre plus intensément en état de veille,

à scruter les signes de sa venue, à écouter dans la nuit.

Pour cela, il n'y a pas à monter dans les cieux,

ni même à attendre que les cieux se déchirent !

Le salut qui vient est à notre portée :

il est tout près de nous, 

il est dans notre cœur, il suffit que nous habitions vraiment notre cœur...


Pour nous, concrètement,

ce temps de l'Avent peut devenir premièrement le temps de l'écoute de la Parole de Dieu.

Une écoute patiente et priante,

où nous laissons la Parole enfanter le Verbe en nos cœurs.

Quels moyens nous donnerons-nous pour ouvrir et méditer les Écritures ?


Il peut être deuxièmement le temps de la prière,

une prière persévérante, 

qui laisse à l'Esprit Saint le temps d'enflammer notre désir et vivifier notre foi.

Prier est l'effort qui nous revient en propre : personne ne peut le faire à notre place !

Au cours de ces quatre semaines, 

voulons-nous planter fermement la prière en chacune de nos journées,

ne serait-ce qu'un court instant chaque jour ?


Ce temps de l'Avent est troisièmement le temps de la vigilance contre les tentations.

Dans quel état le Seigneur nous trouvera-t-il à son retour ?

N'est-ce pas le moment de faire le ménage dans notre vie ?

De faire de l'ordre en posant les actes nécessaires, 

en renonçant à ce qui souille notre conscience, 

en posant enfin les choix qui s'imposent ?


L'Avent est enfin le temps de la charité.

Non pas d'abord une charité volontariste et raide,

mais plutôt une charité qui serait le fruit de ce travail d'enfantement 

que le Seigneur opère en notre cœur.


N'ayons pas peur en craignant que ces efforts soient trop grands pour nous.

Car nous avons reçu les forces qu'il faut pour cela,

et les actes à poser sont davantage un soulagement qu'une violence.


Saint Paul nous le dit à sa manière dans la deuxième lecture :

«En Jésus-Christ, vous avez reçu toutes les richesses, 

toutes celles de la Parole et toutes celles de la connaissance de Dieu.

Ainsi aucun don spirituel ne vous manque, 

à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ.»


Le Seigneur nous place aujourd'hui comme des veilleurs qui attendent l'aurore.

Non pas des mercenaires !

Mais des amoureux, des hommes et des femmes de désir et de foi,

qui savent qui est celui qu'ils attendent,

qu'il est leur vie et leur force.


En devenant un veilleur, 

le chrétien est invité à ressaisir ses forces vitales qui se dispersaient,

afin de les orienter vers le but de sa foi : Jésus-Christ.


Entrons dans ce temps de l'éveil intérieur, du réveil de notre foi,

où la Parole de Dieu ravive en nous l'amour pour le Christ,

où notre prière enflamme doucement notre cœur,

où nos audaces de charité disent combien est vitale la bienheureuse espérance qui nous habite.


«Ce que je vous dis-là, je le dis à tous : Veillez !»

Méditer la Parole

30 novembre 2014

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaie 63,16-64,7

Psaume 79

1 Corinthiens 1,3-9

Marc 13,33-37