2e Dimanche de l'Avent - B 

 Laissez-vous consoler par le Seigneur !

 Aujourd’hui, c’est l’apôtre Pierre 

qui parle à travers sa deuxième lettre.

Une lettre forte, exigeante !

Au chapitre troisième, 

Pierre dénonce les « sceptiques moqueurs,

menés par leurs passions »

qui disent : « où en est la promesse 

de la venue du Seigneur ?

Car depuis que les pères sont morts,

tout demeure dans le même état 

qu’au début de la création » (2 P 3, 3-4).


Pierre dénonce une sorte d’aveuglement de croyants 

qui ne voient plus l’œuvre de Dieu dans l’histoire.

Et il ajoute : « Certains prétendent que le Seigneur a du retard

mais la réalité c’est qu’il fait preuve de patience envers nous. »

Et pourquoi cette patience de Dieu ?

« Parce qu’il ne veut pas que quelques uns périssent,

mais il veut, oui, il veut que 

tous parviennent à la conversion » (2 P 3,9).


Le temps que le Seigneur nous donne

avant le déluge par le feu qui viendra (cf. 2 P 3,7),

c’est le temps que le Seigneur nous donne 

pour que nous puissions nous convertir.

Pour que notre vie se transforme peu à peu…


Nous ne sommes pas condamnés 

à rester toujours dans les mêmes misères !

Pierre nous indique deux voies de renouveau :

la « sainteté de vie » (cf. v. 14), c’est-à-dire

la possibilité de comportements autres,

d’un passage à une manière de vivre selon Dieu.

Et : le « respect de Dieu », littéralement 

une belle vénération de Dieu,

une belle adoration, un goût nouveau de Dieu,

une joie nouvelle de vivre avec Dieu.


Tout cela est possible !

Et tout cela, il y a quelqu’un 

qui vient nous l’enseigner aujourd’hui : Jean Baptiste !


Jean Baptiste… quel grand ami de Dieu !

Jean avait tout ce qu’il lui fallait 

pour faire une belle carrière ecclésiastique.

Mais il a pris une direction tout opposée.

Il a quitté Jérusalem, 

il a quitté le milieu sacerdotal,

il a quitté le Temple,

pour s’en aller au désert, sans doute assez jeune.


Au désert, Jean vit de manière très dépouillée.

Une grande pauvreté.

Une grande écoute de Dieu.

Certainement de gros combats spirituels…


Et il a tenu…

Il a tenu bon…


Comment se présente-t-il 

et comment les évangélistes le présentent-ils ?

Comme « la voix qui crie dans le désert » (Mc 1,3).

c’est là une reprise du chapitre 40 d’Isaïe

qui annonce la grande consolation 

pour le peuple d’Isaïe exilé (cf. v. 9-11).


Le peuple est en exil forcé à Babylone

et Isaïe annonce qu’il va sortir de Babylone,

marcher dans le désert, fouler le désert,

traverser le désert,

franchir les eaux du Jourdain

et rejoindre la Terre de la Promesse.

C’est une immense consolation.


Qu’est-ce que cela veut dire 

que Jean reconnaisse là sa mission ?

Le peuple d’Israël n’est pas à Babylone, 

au temps de Jean-Baptiste !

Il est à Jérusalem, il est en Judée !

Mais regardez bien ce qui se passe :

tout le peuple d’Israël vient vers Jean.

C’est-à-dire que tous quittent Jérusalem et la Judée.

Tous viennent au désert,

descendent dans le désert, et y écoutent Jean.

Puis tous, à l’exception des plus arrogants,

descendent dans les eaux du Jourdain, 

confessent publiquement leur péché 

et entrent dans une nouvelle vie :

une vie toute orientée vers Quelqu’un,

vers le Messie qui vient,

vers le Christ qui va baptiser dans l’Esprit Saint

tous ceux qui viennent à lui.


Alors, c’est bien de la fin d’un exil qui s’agit !

Ils étaient en Judée et à Jérusalem,

mais ils étaient en exil loin de Dieu.


Ce qui les a sauvés, c’est de quitter Jérusalem,

c’est-à-dire de quitter une manière d’être croyant, 

de quitter une forme de religion.

Qu’est-ce que cela veut dire.

Là Jean-Baptiste est très concret.


Il s’agit de quitter toute suffisance vis-à-vis de Dieu.

« N’allez pas dire ‘Abraham est notre Père’ » (Mt 3,9), 

nous sommes des pratiquants, 

et donc nous n’avons pas besoin de nous convertir.

Non… quitte toute suffisance devant Dieu.

Cherche, trouve, retrouve l’humilité du cœur devant Dieu,

entre dans une belle adoration du Dieu trois fois saint !


Inséparablement, Jean appelle à la « sainteté de vie »,

à des comportements nouveaux.

Saint Luc nous rapporte en détail la prédication de Jean

que je traduis en termes plus contemporains.


Tu as deux manteaux d’hiver : partage !

Tu as ton frigidaire plein : partage ! (cf. Lc 3,11).

Tu as pris l’habitude de voler des fournitures au bureau :

c’est fini ! (cf. Lc 3,13).

Tu t’es fait à l’idée d’être désagréable pour les autres

et tu ne te préoccupes plus de ce que tu fais vivre aux autres :

« Ne faites ni violence ni tort à personne ! » (Lc 3,14).


Tout cela, c’est la fin d’un exil.

Nous pouvons quitter une manière d’être au monde

à laquelle nous nous sommes habitués.

Nous pouvons traverser le désert 

et descendre dans le Jourdain,

c’est-à-dire laisser toute suffisance,

descendre de nos piédestaux

et entrer dans une vie nouvelle toute tournée vers Jésus !


Est-ce que tout cela c’est du volontarisme ?

Non !

Pourquoi je dis non ?

Parce que le texte d’Isaïe 

nous révèle quelque chose de fondamental :

quand Isaïe décrit le retour d’exil, 

il nous parle de Dieu lui-même

qui traverse le désert !

Ce n’est pas le peuple tout seul qui quitte son exil

pour revenir vers Dieu.

C’est Dieu qui porte son peuple.

Comme un berger qui conduit son troupeau ;

comme un berger qui de son bras rassemble ses brebis,

qui porte sur son sein les petits agneaux

et procure de la fraîcheur aux brebis qui allaitent (cf. Is 40,11).


Cela veut dire que notre retour d’exil,

oui, c’est un choix, 

une décision que nous devons prendre,

mais c’est inséparablement, 

c’est en réalité, une œuvre de Dieu.

C’est un chemin où nous avançons 

parce que Dieu nous y appelle

parce que Dieu nous y attire, et même nous porte !


Le petit agneau que Dieu porte sur son sein, 

c’est toi, c’est moi !


Regardons bien, frères et sœurs,

est-ce qu’il n’y a pas des appels à la conversion 

qui se manifestent dans notre cœur ?

C’est l’amour de Dieu qui se manifeste

pour que nous revenions de notre exil !


Je termine avec quelques mots 

de l’Angélus du Pape François de ce matin.

« Le prophète Isaïe nous parle au cœur aujourd'hui

pour nous dire que Dieu oublie nos péchés et nous console.

Si nous nous confions en lui avec un cœur humble et contrit,

lui abattra les murs du mal ;

il remplira les trous de nos omissions ;

il aplanira les hauteurs de notre orgueil et de notre vanité,

et il ouvrira la route de la rencontre avec lui.


C’est curieux, mais souvent 

nous avons peur de la consolation,

nous avons peur d’être consolés.

Et même : nous nous sentons plus sécures 

en demeurant dans la tristesse et la désolation.

Vous savez pourquoi ?

Parce que dans la tristesse, 

nous avons le sentiment d’être maître de la situation.

Par contre dans la consolation, 

c’est l’Esprit Saint qui est maître de la situation.

C’est lui qui nous console. 

C’est lui qui nous donne le courage 

de sortir de nous-mêmes.

C’est lui qui nous conduit 

à la source de toute consolation, c’est-à-dire au Père.

C’est cela la conversion.

S’il-vous-plaît, laissez-vous consoler par le Seigneur !

Laissez-vous consoler par le Seigneur ! » 

(Angélus 7.12.2014).

Méditer la Parole

7 décembre 2014

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isaie 40,1-5.9-11

Psaume 84

2 Pierre 3,8-14

Marc 1,1-8