Nativité du Seigneur 

 Naissance et commencement

 Au commencement...


La Nativité du Seigneur que nous fêtons depuis cette sainte nuit

mobilise toute la sensibilité de notre humanité,

mais c'est aussi un événement dont les fruits sont à contempler en profondeur.


Au commencement...

Nous pressentons qu'il se joue, à Noël, quelque chose comme une articulation 

entre la naissance de Jésus et un commencement originel ;

cette naissance réalise mystérieusement l'attente qui court depuis le commencement du monde, 

c'est à dire la création,

mais elle dévoile en quelque sorte le commencement-origine qui fut avant le temps.


Entre ces deux origines se trouve chacune de nos vies.

Naissance du Christ et commencement de tout révèlent une vérité fondamentale 

qui fait écho à l'aspiration de chacune de nos vies :

car chacun de nous est né

mais nous crions toujours dans les douleurs d'un enfantement qui dure encore (Rm 8,22-23),

à la recherche de l'origine qui puisse fonder notre vie.

Noël n'ouvre-t-il pas l'homme à son propre commencement ?


Quelle est donc la nature de cet événement qu'est la naissance du Christ ?


La messe de minuit nous a rappelé l'événement historique :

il y a plus de 2000 ans, près d'une bourgade appelée Bethléem,

du temps de l'empereur Auguste et sous le gouvernorat de Quirinius,

un enfant est né d'une jeune femme vierge appelée Marie ;

les anges ont révélé aux bergers que cet enfant est le Sauveur attendu par Israël, 

le Christ,

ainsi que l'avaient annoncé les prophètes,

ainsi que l'ange Gabriel l'avait lui-même annoncé à Marie, puis en songe à Joseph.


La naissance de Jésus est inscrite dans l'histoire des hommes,

et la parole d'une multitude de témoins nous l'atteste :

ce Jésus, né en ce jour, c'est lui le Fils de Dieu,

c'est lui l'Emmanuel, Dieu-avec-nous.


Mais le prologue de l'évangéliste saint Jean, que nous venons d'entendre,

nous révèle la profondeur théologique de l'événement.

Il met en perspective cette naissance avec un commencement bien plus fondamental.

L'expression du prologue est simple : pas de mots compliqués ou de concepts sophistiqués.

Pourtant, ce texte est étonnamment puissant !

Toute la plénitude du plan divin du salut y est déployée devant nous.


Les origines de cet enfant, né de Marie, remontent au-delà de la création du monde.

L'Esprit Saint plonge notre regard au sein même de la vie divine,

dans la profondeur de la Trinité.

Là, il y a le Père, de toute éternité.

Là, il y a aussi le Verbe, depuis toujours également.

Le Verbe est l’Éternel-engendré, il est jaillissement du Père depuis toujours.


En ce sens, il est la lumière, la vraie lumière.

 

En ce sens également, « c'est par lui que tout vient à l'existence,

 

et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui ».

En lui est la vie, en lui est la substance même du Père,

« le rayonnement de la gloire » du Père et « l'expression parfaite de son être »

ainsi que le dit la lettre aux Hébreux.


En cela, Noël est bien davantage qu'un événement historique :

il est l'irruption de l'éternité dans le temps,

le jaillissement de la vie divine dans le monde.

Il est union de Dieu avec l'humanité.


Ô mystère insondable :

le Verbe s'est fait chair ;

la deuxième personne de la Trinité « a habité parmi nous », 

en devenant un homme semblable à nous !

Celui qui était auprès de Dieu dès le commencement

s'est fait si proche de nous qu'il donne part à sa plénitude à tous ceux qui croient en lui.


Déroutante fête de la Nativité de notre Seigneur :

nous célébrons sa naissance parmi les hommes,

et il nous est donné de contempler le mystère de son engendrement éternel du sein du Père,

et il nous est donné de recevoir grâce après grâce 

en participant d'une certaine manière à sa filiation. 


 

L'évangéliste peut s'exclamer : « Nous avons vu sa gloire, 

la gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. »


Vérité veut dire que ce que nous contemplons en Jésus,

c'est bien ainsi qu'est Dieu.

Jésus est plein de vérité à tel point qu'en le voyant, nous voyons le Père,

nous pénétrons dans la profondeur de la vie divine !


Mais Jésus est aussi plein de grâce.

Grâce veut dire pur don, totale gratuité.

C'est la nature même de Dieu : Dieu n'est qu'amour,

il ne sait que se donner, sans conditions, 

dans la gratuité déconcertante qu'on découvre en Jésus.


Et la manière dont il se donne, c'est aussi ainsi qu'il accueille.

Il reçoit l'amour avec la même pureté, la même tendresse qu'il se donne ;

dans une délicatesse qui n'accapare rien, qui ne retient rien.

En cela, le petit enfant de la crèche en dit long sur Dieu.


Événement historique : la naissance de Jésus dans le temps.

Événement théologique : le don de Jésus par le Père, Dieu est désormais proche pour toujours.

Il en est encore un troisième, 

et celui-là est destiné personnellement à chacun de nous.


Saint Jean l'exprime ainsi dans son prologue :

 

« À tous ceux qui ont reçu le Verbe,

 

Dieu a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu, eux qui croient en son nom.

 

Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme :

 

ils sont nés de Dieu. »


Il ne s'agit plus seulement de la naissance de Jésus,

il s'agit d'une nouvelle naissance pour chacun de nous.

Celui qui reçoit le Verbe pour ce qu'il est,

 

celui qui croit en son nom, c'est à dire qui se laisse porter par sa parole puissante

et qui se laisse ainsi purifier de ses péchés et illuminer par sa lumière,

celui-là connaît Dieu,

il est enfanté en Dieu, 

il naît à la vie de Dieu.


Comprenons bien : 

ce n'est pas seulement le Christ qui naît alors dans la crèche de notre cœur,

mais c'est la vie divine qui est offerte à notre nature humaine.

Aujourd'hui, la vie de Dieu se donne dans la mangeoire de Bethléem.


Les pères de l’Église ont fait depuis longtemps le parallèle entre l'enfant de la crèche,

donné sans défense à notre adoration,

et le corps de Jésus sur la croix,

livré sans réserve pour notre salut.


À chaque eucharistie, ce n'est pas seulement le mémorial de la Passion que nous célébrons,

c'est aussi celui de l'incarnation donnée en nourriture :

quand saint Jean déclare : « Et le Verbe s'est fait chair »,

nous entendons le Christ dire : 

 

« Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, vous n'aurez pas la vie en vous ».

 

Et au Jeudi saint : « Prenez, mangez-en tous, ceci est mon corps ».


Saint Grégoire le Grand, méditant sur le sujet, écrit :

« Bethléem signifie : Maison du pain,

et Jésus a dit : Je suis le Pain vivant descendu du ciel...

Aussi, quand il naît, le couche-t-on dans une mangeoire :

car il nourrira, du froment de sa chair, tous les fidèles, qui sont le troupeau de Dieu. »


À chaque eucharistie, le Christ se donne en nourriture

afin de nous enfanter à la vie nouvelle,

afin de nous porter dans le cœur de la Trinité sainte et nous faire naître en Dieu.


Aujourd'hui, ce qui se passe est bien plus grand encore qu'au jour de la première création !

Dieu, en Jésus-enfant, fait naître de nouveau tous ceux qui croient en lui.

Dieu se fait l'un de nous afin que le monde soit enfanté à Dieu.

Jésus dira ainsi à Nicodème :

 

« Ne t'étonne pas si je t'ai dit : Il vous faut naître de nouveau,

il vous faut naître d'en-haut » (Jn 3,7).


La voilà, notre origine !

C'est l'enfant-Jésus qui est dans la crèche,

mais c'est nous qui devons naître de nouveau.

L'Enfant, nous pouvons à présent le tenir en nos bras :

c'est lui qui vient pour nous prendre dans les siens, et nous donner sa paix.

Méditer la Parole

25 décembre 2014

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaie 52,7-10

Psaume 97

Hbreux 1,16

Jean 1,1-18