Fête de la Mère de Dieu - Messe pour la paix

Violence et religion 

 Je viens de recevoir une carte de ma tante 

qui demeure en Europe.

Ma tante n’est ni pratiquante ni croyante.

C’est une femme dont j’ai toujours admiré 

les grandes qualités humaines.


Dans sa carte de vœux, 

elle me souhaite de grandes joies pour cette année nouvelle,

mais, elle me confie aussi son inquiétude 

devant ce qu’elle appelle

« les folies destructrices de vies au nom d’un Dieu barbare. »


« Au nom d’un Dieu barbare … »

Cela m’a touché d’entendre ce cri que je comprends bien.

Car, c’est vrai, le lien entre violence et religion 

est tellement marquant aujourd’hui.

Il suffit de penser aux violences inqualifiables de l’État Islamique,

aux violences entre chrétiens et musulmans en Centre-Afrique

ou aux persécutions religieuses dans tant de pays.


La Bible elle-même fait le lien entre violence 

et religion dès l’origine.

Le premier meurtre est celui d’Abel.

Et l’on sait que son origine est religieuse :

Caïn n’a pas supporté que son offrande ne soit pas agréée par Dieu,

alors que celle d’Abel l’était.


En réalité, le péché originel 

a mis l’homme dans une extrême fragilité.

L’homme perçoit que son lien à Dieu est presque perdu,

ne tient qu’à un fil

et dépend entièrement de son comportement.

L’homme perçoit qu’il doit tout faire pour ne pas perdre ce fil,

ou pour nier cette vulnérabilité,

qu’il doit, s’il le faut, mettre à mort celui que Dieu a élu.


Combien de fois la violence religieuse a dévasté les peuples.

Et toujours à cause de la peur de perdre 

ce qui nous rattache à Dieu.


Je pense par exemple à l’intolérance religieuse 

qui a engendré l’Inquisition.

Tout ce qui menaçait l’équilibre religieux 

devait être détruit par le feu…

C’est ainsi que Jérôme Savonarole, 

prédicateur florentin qui prêchait la réforme de l’Église,

a été brulé vif sur la Place de la Signoria à Florence.

Que le Seigneur préserve le Pape François de ce sort …


La grande rassurance de l’humanité face à sa propre fragilité

est cependant la loi.

La loi donnée par Dieu lui-même à travers la conscience,

la sagesse des peuples et la révélation.

Don précieux qui rassure l’homme.

Mais don dangereux quand la loi devient un absolu religieux,

quand l’homme met sa confiance dans la loi.

Que de violence perpétrée au nom de la loi !

C’est le drame du légalisme pharisien 

ou de l’islamisme par exemple.


L’insécurité native de l’homme pécheur 

nous pousse aussi à convoiter le pouvoir, 

la richesse et la gloire humaine,

en se servant de la religion…

C’est le drame des grands-prêtres et de tous les califes

qui ont versé le sang au nom de Dieu pour asseoir leur pouvoir.

Et qui d’entre nous est ici sans péché ?


Que de violences religieuses ou au nom de la religion …


Puisque la violence religieuse est telle dans l’histoire,

Alors … séparons-nous de Dieu !

Vivons sans Dieu !

Et construisons nous-mêmes une société conforme à notre attente.

Cela a donné le marxisme et le fascisme…

L’homme qui veut se défaire de Dieu se fait lui-même Dieu.

Et la violence se déchaîne sans limites.

Ce fut Auschwitz, ce furent des millions de juifs, 

de chrétiens, de tziganes, 

de personnes homosexuelles massacrées…

Ce furent les goulags, 

ce fut la tentative d’anéantir la foi chrétienne…


C’est une autre violence « religieuse »

au nom d’une « religion » athée où l’homme est Dieu !


Où est la guérison de notre humanité 

sans cesse en proie à ces vagues de violence religieuse ?

Où est la paix ?


Elle est sur la croix.


Il n’y a qu’en Jésus que la guérison profonde nous est donnée.

Si tu crois en Jésus, tu ne vis plus dans la peur 

que ce mince lien qui te retient encore à Dieu soit brisé.

Tu sais que cette relation avec Dieu,

Dieu qui est Père, 

la désire, le premier, l’entretient, la sauve …

Et qu’Il est allé jusqu’à donner son Fils pour ne pas nous perdre.


La foi en Jésus crée en nous une confiance de fond, 

une solidité extrêmement profonde 

plus que psychologique.

La peur n’a plus de prise sur nous

et la violence s’éteint.

À la mesure de notre conversion, 

elle cède la place à la compassion, 

à la douceur, à la miséricorde.

Et c’est au prix de la croix où Jésus a pris sur lui 

toute la violence religieuse de l’humanité.


Regardons plus particulièrement notre temps.

L’Occident a pris un chemin complètement nouveau.

L’Occident a hérité de la libération chrétienne offerte par Jésus,

mais, il a choisi exactement 

ce que Paul dénonce quand il écrit aux Galates :

« Prenez garde que cette liberté 

se tourne en prétexte pour la chair » (Gal 5,13).


Saint Augustin disait : « Aime et fais ce que tu veux »

L’Occident aujourd’hui dit : « Fais ce qui te plaît ».


Ce n’est plus l’athéisme idéologique de Marx, 

mais un athéisme pratique.

Jésus nous a libérés de la peur de Dieu.

Maintenant, vivons sans Dieu 

et c’est cela le progrès de l’humanité !

Cela donne la violence quotidienne 

dans le sexe, contre la vie, contre la famille, contre les pauvres.


Qu’est-ce que cela suscite parmi ceux 

qui aujourd’hui vivent encore dans la peur de Dieu, 

vivent de la loi ?

La peur … et même la terreur…

En face de cet athéisme pratique, 

la violence religieuse se déchaîne et devient plus aveugle.

L’islamisme a peur de la contagion de cet Occident athée et amoral,

peur d’être séduit,

peur de perdre le frêle lien qui l’unit à Dieu.

L’islamisme, mais aussi toutes les franges du judaïsme 

et du christianisme qui vivent dans la peur,

accrochées aux lois et aux rites.


Où se retrouvent alors les disciples de Jésus 

doux et humble de cœur ?

Où se retrouvent les juifs et les musulmans au cœur pauvre ?

Où se trouvent les petits et les pauvres ?

Enserrés, pris en otage, massacrés de part et d’autre…


Les tenants de la loi les accusent de blasphème. 

Les tenants du progrès athée les accusent de fanatisme.


D’où viendra la paix ?

D’où viendra le salut ?

De la croix et de la résurrection de Jésus !


La paix viendra des deux bras ouverts de Jésus sur la croix

tendus pour rassurer, réconcilier et guérir ces deux fils :

celui qui tue les enfants et viole les femmes au nom de Dieu

et celui qui tue les embryons et adore la pornographie 

parce qu’il s’est libéré de Dieu !


Jésus est notre Paix.


La vie chrétienne, c’est cela, c’est la croix et la résurrection.

C’est d’être instrument de la miséricorde 

offerte à ces deux violences

qui enserrent et massacrent les chrétiens.

Posture terriblement inconfortable,

mais qui fait des chrétiens et de tous les pauvres de cœur

la bénédiction, l’espérance, la joie de notre monde.


Posture inconfortable, mais éclairée par les Béatitudes.

Heureux es-tu si ton chemin de conversion 

fait de toi un artisan de paix !

Heureux es-tu si tu pardonnes, 

si tu construis la fraternité,

si tu réponds à la violence par l’amour !

Le Royaume de Dieu est à toi !

La Vie éternelle t’est déjà donnée !

Méditer la Parole

31 décembre 2014

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isaie 9,1-6

Psaume 66

Colossiens 3;12-15

Matthieu 5,1-12