Fête de l'Epiphanie

 Pour que nous devenions lumière

 « Où est le nouveau-né, roi des Juifs qui vient de naître ?

Nous avons vu son étoile à l’Orient

et nous venons nous prosterner devant lui » (Mt 2,2). 


Quand il entend cela, 

le roi Hérode est troublé, inquiet, apeuré,

mais il n’est pas le seul :

« Tout Jérusalem est troublé », nous dit saint Matthieu (Mt 2,3).


Aussi violent et sanguinaire que soit Hérode,

on s’était habitué à ce qu’il règne.

Cela fait 36 ans qu’il règne

depuis que le Sénat romain lui a donné le titre de « roi ».

Or voici que des hommes venus d’ailleurs parlent d’un autre roi.


Imaginez qu’à Montréal, 

on annonce qu’un nouveau roi vient de naître.

À Montréal comme dans toutes les grandes villes d’Occident,

il y a aussi de longs règnes.

Règnent depuis longtemps de grandes valeurs de solidarité,

tissées avec de grandes forces de mode, de consommation, 

de finance, de pouvoir médiatique, de corruption.

Or, on vous annonce un règne tout autre.


Alors Hérode tremble.

« Hérode, tu mets à mort les enfants dans la chair

parce que la peur te met à mort dans ton cœur »,

écrivait Saint Quodvultdeus, 

un évêque africain contemporain d’Augustin

(homélie du pape François, 6 janvier 2014).


*


Oui, désormais il y a deux rois, deux royaumes

et aujourd’hui, il nous faut choisir.


D’un côté, il y a le roi Hérode.

Hérode est fils d’Antipater.

Il vient de la terre d’Édom, de l’autre côté du Jourdain.

Il n’est pas judéen, mais l’histoire a lié ces deux terres.


La royauté d’Hérode, 

qui est donc un quasi étranger en Israël,

a toujours été précaire.

Elle ne tenait que par l’appui de Rome.

Appui obtenu en -40  du Sénat romain.

Appui confirmé après la bataille d’Actium en -31

parce qu’Hérode s’est rallié à Octave qui,

devenu Auguste, confirma Hérode dans ses privilèges. 


Hérode est un tyran ombrageux

qui craignait constamment de se voir déposséder.

Il voyait partout des complots, écrit Jean Daniélou.

C’est ainsi qu’il fit tuer sa femme Mariamne,

sa belle-mère et trois de ses fils.

On dit qu’il était aussi très superstitieux.


Hérode est un homme qui veut être roi,

qui veut le pouvoir et, 

qui en fils de Machiavel par anticipation,

juge bons tous les moyens pour cela.


Mais il y a désormais un autre roi : Jésus.

Hérode voulait être roi ;

Jésus est roi. 

Jésus n’a jamais rien fait pour devenir roi.

Il est roi.

Il exerce sa royauté.


Ce n’est pas lui qui va chercher l’adoration des mages.

Ce sont les mages qui écoutent leur conscience,

écoutent la création et écoutent l’Écriture Sainte,

vont à lui, le reconnaissent et l’adorent.


Ce n’est pas Jésus qui convoite et exige l’or, l’encens et la myrrhe.

Ce sont les mages qui spontanément ouvrent leurs coffrets

et lui offrent ces dons précieux.


Voilà deux rois, deux royaumes.


Un homme qui veut le pouvoir 

et qui est prêt à te tuer pour cela.

Un Enfant-Dieu qui est roi 

et qui vient mourir pour toi.


Un royaume qui aboutit à la mort.

Un royaume qui te donne la Vie.


Voilà le roi que notre cœur attend.

Voilà le roi que notre monde attend.

Pour lui, régner, c’est nous libérer.

Régner, c’est nous relever.

Régner, c’est nous envelopper de tendresse.

Voilà le roi qu’aujourd’hui 

nous pouvons re-choisir de tout notre cœur.


Avec une immense action de grâce au Père,

car c’est le Père qui fait briller en nous l’étoile

qui nous conduit au vrai Roi.


*


Mais, où est-il ce Roi ?

Il n’est pas à Jérusalem.

Il n’est pas au Temple.

Il est encore moins au palais d’Hérode

sous les dorures et parmi les marbres.

Le ciel y est fermé et c’est la ténèbre qui y règne.


Non ! L’Enfant se trouve dans un petit village,

dans le plus petit des clans de Juda.

Un petit village en périphérie de Jérusalem,

à 7ou 8 kilomètres à peine.

Le Royaume surgit dans les périphéries.

C’est au-dessus d’une demeure pauvre que l’étoile s’arrête.

La lumière créée, l’étoile, conduit à la Lumière incréée

qui a pris chair en cet Enfant déposé dans une mangeoire.


« En voyant l’étoile, 

ils se réjouirent d’une immense joie » (Mt 2,10).

Tout leur labeur, tout leur itinéraire, leur route, 

leur longue marche n’ont pas été vains ni stériles.

Vient l’heure de la rencontre.

Ils ont échappé au royaume des ténèbres d’Hérode

et maintenant, ils entrent dans le royaume de l’Enfant-Dieu

à qui ils offrent l’or parce qu’il est roi ;

l’encens parce qu’il est Dieu ;

et la myrrhe parce que sa divine royauté s’exprime dans l’amour,

l’amour souffrant qui va jusqu’à la mort d’amour

ou, en d’autres termes, jusqu’à la résurrection.

Voilà le règne qui n’aura pas de fin,

le Règne qui nous ouvre l’éternité bienheureuse.


*


Frères et sœurs, nous tous qui sommes ici, 

nous sommes de grands privilégiés

parce que, même bien qu’imparfaitement, 

nous connaissons ce Royaume

qui jaillit de la personne de Jésus.

Et il y a beaucoup, beaucoup de citoyens 

qui ne savent pas que Noël n’est pas un mythe ou une allégorie,

mais bien le plus extraordinaire événement de l’histoire.

Il faut des « mages » pour nos villes soumises à tant de règnes.

Il faut des hommes et des femmes non-conformistes,

des quêteurs de vérité qui scrutent, 

qui écoutent en toute vérité 

et leur conscience, 

et la création, 

et les événements, 

et les Écritures, 

afin de montrer la route qui mène en périphérie, 

qui mène à Jésus,

qui mène au Royaume.


Ne serions-nous pas, nous, 

parmi ces mages dont Montréal a besoin ?

Des hommes et des femmes qui regardent au-delà de l’horizon

pour chercher le visage de Dieu ?

Des hommes et des femmes qui se laissent désinstaller,

qui se mettent en route, qui marchent ?


N’y a-t-il pas une étoile qui brille en toi ?

Une étoile qui t’appelle à te remettre en route ?

Une étoile qui ne brille plus quand tu t’installes dans le pouvoir,

mais qui se remet à briller quand tu obéis à la Parole

et prends le chemin de la pauvreté qui agit ?


Alors, c’est à toi, c’est à nous que s’adresse la prophétie d’Isaïe :

« Mets-toi debout et deviens lumière,

car elle arrive ta lumière :

la gloire du Seigneur sur toi s’est levée.

Voici qu’en effet les ténèbres couvrent la terre

et un brouillard couvre les cités,

mais sur toi le Seigneur va se lever

et sa gloire sur toi est en vue » (Is 60, 1-2).


En accueillant ce Roi, ce royaume,

nous devenons lumière.


Frères et sœurs, aujourd’hui, 

vous êtes sortis de vos logements, 

de vos studios, de vos cellules.

Vous vous êtes mis en route

et l’étoile vient de s’arrêter sur l’autel.

Le Roi est là et aujourd’hui,

Il règne en nous donnant son Corps et son Sang

pour que nous devenions lumière.

Méditer la Parole

4 janvier 2015

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isaie 60,1-6

Psaume 71

Ephsiens 3,2-6

Matthieu 2,1-12