Vigiles de la Mère de Dieu

 Vivre l'instant présent

L’an 2014 s’en est allé.
Une année nouvelle nommée 2015 vient de commencer.
Ainsi va le temps qui passe.
Les cycles de rotation de notre planète
rythment ce temps qui coule et s’écoule.
Et une fois par an, le monde entier,
de fuseau horaire en fuseau horaire,
semble vouloir maîtriser le temps,
du moins le ralentir.
Mais une fois les douze coups de minuit sonnés,
il semble s’enfuir à nouveau,
nous glisser entre les doigts,
indomptable, libre comme le vent,
quelque peu moqueur devant nos illusions
à vouloir rester toujours jeunes.

En soi liturgiquement, rien n’est prévu pour vivre
cet instant où tout bascule d’une année à l’autre.
Mais il nous est bon de nous associer par la prière,
en cette nuit, à cette aspiration, commune
à tous les humains, à vivre ce passage
comme un instant unique,
si réel et si dérisoire à la fois.

Mais voilà que cet instant n’est déjà plus.
2015 a déjà bien entamé sa course.
L’an est tout neuf
mais il porte déjà sur lui le poids de l’histoire.
Sûrement entendrons-nous d’ici peu qu’il y a 500 ans
avait lieu une bataille … bien connue …
On connaît la chanson !
L’an neuf doit hériter du poids des anniversaires,
des jubilés, des décorations à remettre, des souvenirs à honorer.
Il semble perdre déjà toute l’innocence du nouveau-né !
Et quant au petit jour, on nous annoncera
que le timbre-poste a augmenté cette nuit en catimini
de 10 centimes, 2015 sera déjà accablé
de tous les maux que nous subissons.
Ainsi court le temps.

Mais soyons plus sérieux.
Pour nous, disciples du Christ,
ce passage vers la nouvelle année
nous invite à un regard de foi.
L’année 2015 signifie qu’il y a 2015 ans
un Sauveur nous est né dans la crèche de Bethléem.
Le temps de Dieu a rejoint le temps des hommes.
Le temps qui coule n’est pas une fuite en avant
vers un inconnu insaisissable.
Il est un prolongement infini,
comme une onde de résonance,
de cette plénitude des temps révélée
dans l’histoire des hommes à la naissance de Jésus.
Le temps d’aujourd’hui est relié
à cet événement de la rencontre
entre le divin et l’humain.

Ce qui signifie que chaque instant présent
a pour vocation d’être ouverture à une rencontre.
Peu importe le passé ou le futur,
tout se joue dans le maintenant,
dans l’instant présent qui,
depuis la naissance de Jésus, a une valeur d’éternité.
Chaque instant est un instant favorable
où Dieu nous attend, nous désire, nous appelle.
Le temps est une chance
pour laisser Dieu nous visiter.
Un instant où la grâce qui passe
peut retourner une vie.

Pour cela, habitons le temps de la prière.
Un Ave Maria de-ci de-là dans la journée
et notre esprit redevient attentif à l’Ineffable.
La Parole de Dieu méditée, ruminée
et notre cœur s’éveille aux réalités d’En-Haut.
L’eucharistie célébrée quand cela est possible
et notre âme se fortifie
par delà les combats quotidiens.
Toute notre vie converge vers le Christ,
l’alpha et l’oméga,
le commencement et la fin de toutes choses.
Au centre du temps, c’est Dieu lui-même
qui est présent.
La vie éternelle, par lui, nous est déjà
donnée en partage.
Nos corps peuvent s’user et se fatiguer
mais nos âmes demeurent immortelles.
Nous n’avançons, en finale, sur la ligne du temps
que pour entrer dans le partage de l’Éternité.

Au cœur du monde, disciples du Christ,
nous avons à témoigner de cette espérance.
«Sur les habitants du sombre pays,
proclame le prophète, une lumière a resplendi.
Tu as multiplié leur allégresse,
tu as fait éclater leur joie.»
Et Isaïe nous en donne l’explication :
«Car un enfant nous est né, un fils nous est donné.
On le nomme : Conseiller merveilleux, Dieu fort,
Prince de la paix » (Is 9,1-6).
Si le monde savait accueillir cet Enfant de Bethléem,
la paix coulerait sur lui comme un fleuve !
Car il est venu en nous laissant sa paix,
en nous donnant sa paix (Jn 14,27).

Cette paix, frères et sœurs, nous avons
à la recevoir et à la partager.
«Vous donc, les élus de Dieu,
ses saints et ses bien-aimés,
que la paix du Christ règne dans vos cœurs ! »
Et l’Apôtre Paul ajoute :
«Tel est le terme de l’appel
qui nous a rassemblés en un même corps. »
Et il conclut : «Vivez dans l’action de grâce» (Col 3,15).

Oui, frères et sœurs,
rendons grâce pour toutes les grâces déjà reçues
au cours de ces douze derniers mois écoulés.
Et rendons grâce aussi pour toutes les grâces promises
au long des jours à venir.
Celui qui était, qui demeure et qui vient
reste avec nous chaque jour (Mt 28,20).
Quelle grâce de savoir qu’avec lui
chaque instant a sa valeur d’éternité!

Méditer la Parole

1er janvier 2015

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaie 9,1-6

Psaume 66

Colossiens 3;12-15

Luc 2,16-21

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