Fête du Baptême du Seigneur

Ce mystère est pour nous !

 Le baptême de Jésus est en quelque sorte programmatique :

tout à la fois, il accomplit et il préfigure.

Il accomplit ce que Dieu avait commencé en créant le monde.

Et il préfigure la nouveauté radicale qui advient pour le monde par Jésus.


Notre baptême est la porte d'entrée dans cette vie nouvelle.

La profondeur de ce que sera la baptême chrétien 

est déjà dévoilée ici comme en un mystère,

c'est-à-dire une vérité déjà pleinement attestée, mais qu'il est impossible de cerner,

car cette vérité est divine,

et les pensées de Dieu sont trop grandes pour entrer totalement dans nos pensées.


À son baptême, Jésus accomplit la Création.

Tout, dans ce bref récit, nous renvoie au texte de la Genèse :

le Jourdain nous rappelle les eaux primordiales,

« et l'Esprit de Dieu planait sur les eaux.

Dieu dit : que la lumière soit ! » (Gn 1,2).

Et la voix du Père se fait entendre : « Tu es mon Fils »,

« Lumière née de la Lumière, Dieu né de Dieu » (cf. Credo).


Mais nous pouvons dès lors repérer une différence fondamentale :

lors de la création, la lumière était créée ; elle était elle-même créature.

Au baptême, la Lumière est incréée : elle est Dieu.

Et cette Lumière vient de la terre, elle remonte des eaux.

Jésus, Lumière du monde, a en effet été enfoui dans la terre,

et notre terre donne maintenant son fruit.

Le baptême est ainsi illumination du monde,

illumination opérée par la Parole de Dieu qui « ne descend pas sans avoir abreuvé la terre,

sans l'avoir fécondé et fait germer » (Is 55,10).


Le baptême de Jésus est aussi l'accomplissement de sa Nativité.

À Noël, Jésus naît du sein de la Vierge Marie.

Le voilà aujourd'hui qui sort à nouveau des eaux maternelles,

mais sa mère est cette fois le monde tout entier.

« Notre terre donne son fruit »,

et Jean le Baptiste est ici comme la sage-femme qui accompagne une nouvelle naissance.


Toutefois, cette naissance est aussitôt suivie d'une adoption.

Le Père, par sa Parole, reconnaît son Fils : « Tu es mon Fils bien-aimé ».

Le fruit de la terre est reconnu par le ciel,

le Fils de l'homme est adopté par Dieu dans la joie du ciel.


Ce nouvel enfantement est conjugué avec un épisode fondateur du peuple élu.

Les Hébreux ont découvert qu'ils étaient le peuple de Dieu alors que le Seigneur les sauvait,

qu'il les sortait de l'esclavage d’Égypte pour leur donner une terre.

Si la traversée de la mer rouge a signifié le début de la liberté,

l'entrée en Terre Promise s'est faite par la traversée du Jourdain.


Le baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain accomplit l'entrée dans la Terre Promise.

Non plus un héritage à conquérir militairement,

et toujours sujet à la guerre et à l'insécurité.

Mais une Terre nouvelle, une Vie nouvelle,

un héritage filial qui provient de l'adoption par Dieu lui-même,

c'est-à-dire le Royaume des cieux.

Par le baptême, le Royaume de Dieu est au milieu de nous.


Le baptême est aussi préfiguration de la Passion de Jésus.

Saint Jean l'affirme dans la 2e lecture :

« Ils sont trois qui rendent témoignage : l'Esprit, l'eau et le sang,

et les trois n'en font qu'un ».

Une naissance ne s'accomplit pas sans le sang.

Nous savons en effet que la plongée de Jésus dans les eaux évoque aussi 

son immersion dans l’abîme de la mort.


Dans l'Évangile selon saint Luc, Jésus parle ainsi de sa Passion sans équivoque :

« C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, 

et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !

C’est un baptême que j’ai à recevoir, 

et comme cela me pèse jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (Lc 12,49-50).

Il doit être plongé dans la mort pour apporter au monde le feu qui purifie.


Ce feu sera pleinement manifesté à la Pentecôte,

quand l'Esprit Saint descendra sur les apôtres avec puissance.

Mais au moment de la mort de Jésus au Golgotha,

ce ne sont plus les cieux qui se déchirent comme ici au Baptême,

mais le rideau du Temple qui s'ouvre de haut en bas.

C'est la terre qui se déchire soudain, tandis que le ciel est fermé par les ténèbres.

Le seul lien qui demeure alors entre le ciel et la terre,

c'est l'humanité de Jésus,

c'est son corps livré pour nous, 

son sang versé pour que les hommes aient la vie en abondance.


Ce lien indestructible entre la terre et le ciel est aujourd'hui reconnu par le Père :

« En toi, je trouve ma joie ! »

En toi, la victoire est remportée sur le monde.

Et quiconque met sa foi en toi, celui-là est vainqueur du monde (cf. 1 Jn 5).


Enfin, le baptême est préfiguration des noces éternelles.

Jésus, en effet, y est paré comme l'époux royal :

son diadème, c'est l'Esprit Saint.

Sa tunique de noce, ce sont les eaux de notre humanité.

La voix qui officie, c'est celle du Père.

L'ami de l'époux est là, qui se réjouit.

Le prophète Isaïe décrit le festin des noces dans la première lecture :

du vin et des viandes savoureuses, sans payer et en abondance.


Il ne manque encore que l'épouse.

L'épouse viendra lorsque l'Époux prendra la Parole.

À ce moment-là, elle reconnaîtra la voix de l'époux,

ses yeux se dessilleront, ses oreilles s'ouvriront,

elle sera purifiée,

et elle courra à sa rencontre.


Voilà la merveille de notre baptême !


Il est nouvelle création, et nous avons à rejeter le vieil homme

pour prendre possession de l'homme nouveau formé en nous.


Il est illumination : la Parole de Dieu fait jaillir l'éclair de la vie divine dans nos cœurs,

et nous avons à nous laisser transpercer par la Parole pour porter un fruit qui demeure.


Il est nouvelle naissance, naissance d'en haut, de l'eau et de l'Esprit,

et tout à la fois adoption filiale,

qui nous fait rejeter ce qui nous colle à la terre pour vivre dans la liberté du fils.


Il est entrée en Terre Promise,

si bien que nous devenons citoyens du ciel,

« étrangers et voyageurs sur la terre », tendus vers les choses d'en haut, 

et libres pour aimer sans mesure.


Il est configuration au Christ souffrant,

si bien que nous n'avons plus peur de prendre notre croix pour le suivre jusqu'au calvaire,

car c'est là que nous recevons sans cesse la vie nouvelle de la Résurrection.


Il est don du Saint Esprit, 

car le feu nous est donné jour après jour pour brûler en nous ce qui doit disparaître

et raviver en nous l'Amour véritable.


Il est enfin célébration nuptiale !

Le baptisé est choisi pour être présenté à l'Époux royal avec tous ses frères,

il est préparé jour après jour dans la joie et les peines 

pour que soit celées les noces éternelles entre Jésus et l'humanité.

Dans le baptême, tout de l'Amour entre Dieu et les hommes doit être accompli.

« Et Dieu vit que cela était très bon ! »

Méditer la Parole

11 janvier 2015

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaie 55,10-11

Cantique Isaie 12

1 Jean 5,1-9

Marc 1,7-11